Témoignage de Mathilde

« Et c’est pour quand le bébé ? »
Et hop ! Les deux pieds dans le plat !
Blanc.
Alors tu prends un air, un peu mythomane sur les bords, en disant : « Chaque chose en son temps, on est pas pressés ! »
En espérant que ce petit air de rien, soit passé inaperçu, pendant qu’au plus profond de toi, tu vis l’ascenseur émotionnel. Tu as envie de hurler et pleurer à la fois, ce bébé dont tu rêves tant, et qui te sembles si inespéré encore. Alors mon esprit se ressaisit, après avoir pu une seconde en vouloir à la personne qui pensait bien dire, après tout, on ne peut deviner quel est le visage de la fertilité!
Quel mot celui-là…
Naïfs que nous étions, K et moi, on rêvait d’un bébé un peu surprise. On savait qu’on pouvait l’accueillir, mais nous ne voulions rien calculer. Il arriverait, quand il le devra.
À croire que son heure ne devait pas, et ne doit toujours pas arriver…
Alors on s’arme de patience, et puis presque un an plus tard, les séries d’examens débutent, et le verdict tombe :  « Si vous voulez un enfant un jour, c’est chez mon confrère en PMA que je vous envoie Madame ! »
Et là, je connais une période de vide le plus profond. Bourrée d’hormones et anéantie, j’ai l’impression de ne plus être moi-même, de ne plus rien ressentir. Le plat.
Un peu honteuse aussi, peut-être d’être « différente ». Je me sens seule. Et incomprise. Moi qui aime tant me confier, communiquer. Rien ne sort. Pourquoi moi ? Pourquoi nous ?
Si la maladie faisait des castings, ça se saurait !
Les semaines passent, et je refais surface petit à petit. Beaucoup de questions nous trottent dans la tête, et on a que peu de réponses. Ça va être long ? En quoi ça consiste vraiment ? Jusqu’où iront nos limites ? Et puis, un jour on nous a même demandé si on se sentait assez forts, assez prêts pour affronter cela.
À l’heure actuelle, je ne peux même pas être sûre d’être assez forte, assez prête. Nous savons où nous voulons aller, quitte à faire quelques détours, quelques pauses en chemin, mais à deux on est toujours plus forts, et on va toujours plus loin. Alors peut-être pas « assez » forts et « assez » prêts. Mais motivés pour croire au bonheur.

Étant soignante, franchir l’autre côté de la barrière est étrange, mais on se laisse guider par les étapes, les examens, les essais médicamenteux que nous donne le médecin. On attend avec impatience chaque prochain rendez-vous, pour en savoir un peu plus, tellement nous nous sentons dans le flou. Un peu désemparés aussi par le temps d’attente d’un rendez vous à l’autre, des mois qui nous semble des années ! Mais de cette attente, finalement, j’ai décidé de l’utiliser positivement: d’en faire, un but, un objectif, une échéance, ma motivation. Chaque date, m’aidera à aller de l’avant. Jusqu’à la prochaine où noir sur blanc, le médecin a écrit : « Début de protocole pour la FIV. » Le professeur nous reçoit, pour nous annoncer les résultats et verdict : « Roule ma poule, on débute la FIV le mois prochain. »

Quoi ? Comment ça « roule ma poule» ? Ça veut dire quoi « roule ma poule»? Un mois?
Une échéance, encore plus motivante que les autres. On sait vers quoi on se dirige, même si on a aucune idée de ce qui nous attend réellement. Après deux ans de galères, nous voilà sur le bon chemin! Ou comme dirait mon médecin : « le début des vraies galères. »
Cette annonce qui arrive presque brutalement, on ne sait même plus comment la prendre. Le doute. Un mois , un mois, mais est-ce le bon moment ? Je viens de changer de job, dans quoi on se lance ? Quelques minutes, voir quelques heures de tornade dans nos cerveaux.
Jusqu’à la prise de conscience. Le flash, de toutes ces larmes que j’ai pu verser, en pensant que je ne pourrais jamais avoir d’enfant. On semblait toucher du doigt une solution ! L’espoir renaît de plus bel. Ce rêve de donner la vie, de transmettre, de fonder une famille. Plus fort que tout. La route sera longue et semée d’embûches. Je le sais. Je sais aussi qu’il faudra que l’on se protège, que les chances ne sont pas très favorables, mais tant qu’il y a de l’espoir, de l’amour, il y a de la vie.
De chaque épreuve on sort grandi, de chaque difficulté on apprend, et surtout on avance ensemble main dans la main sur le chemin de la PMA, en espérant très fort, que lors de cette balade ou randonnée si l’on préfère, nous y croisions une cigogne…

Mathilde
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