Témoignage d’Anne-Laure

PMA… J’ai connu cet acronyme pour la première fois lors de mes études. Infirmière de profession, il est longtemps resté dans ma tête comme l’USIC (unité de soins intensifs cardio) ou le SSR (soins de suites et rééducation), un service hospitalier lointain, que je ne connaîtrai jamais professionnellement et encore moins en tant que patiente.
Il y a quatre ans, j’ai voulu accentuer mes activités physiques. Effet de mode, envie de m’évader en musique, d’être en plein air, je choisis la course à pied. Très vite je me rends compte que quelque chose n’était pas normal. Des douleurs insoutenables dans le bassin. Une vessie qui brûle systématiquement après la course. Des règles hyper douloureuses… Mais c’est normal après tout, j’ai mes règles, non ? En tout cas c’est le sentiment populaire véhiculé par un nombre encore trop important de professionnels de santé.

De médecin en médecin, après échographies, IRM, cœlioscopie d’exploration… Le diagnostic tombe. Endométriose stade IV. J’avais 27 ans à l’époque, je n’avais pas d’enfants. Me voilà avec des kystes aux ovaires aussi gros que des balles de tennis. Un a pu être retiré, les autres ont été laissés en place pour me laisser assez de tissus ovarien pour pouvoir avoir une chance de récupérer quelques ovules.

S’en suit une orientation immédiate à ce fameux service de PMA pour entamer directement un protocole de FIV.
L’effondrement total.  Une énorme claque sachant que nous n’avions même pas encore évoqué, mon compagnon et moi-même, la possibilité ou l’envie d’avoir un ou plusieurs enfants.
Rendez-vous pris, nous débarquons donc avec un optimisme sans borne au service de PMA. Un service situé à la maternité de Strassen, au milieu de toutes ces femmes qui viennent consulter, le ventre bien rond, le sourire aux lèvres. Au début, on arrive à faire face. Puis, plus le temps passe, plus les rendez-vous sont une torture.
Ajoutez à cela l’hormonothérapie qui occasionne des sautes d’humeur et change ma personnalité. La situation est difficile à gérer. À fleur de peau par moment, irritable au possible la plupart du temps, psychologiquement je souffre et fais souffrir mon entourage. Puis viennent les réjouissances plus « visibles », la prise de poids, la peau qui régresse… Et les critiques, souvent faciles, de gens qui ne nous connaissent pas. Sans compter que chaque piqûre me rapproche un peu plus de complications médicales importantes.
Bref un parcours glamour, qui vend du rêve dirais-je ironiquement.

Le temps passe.
Mon couple en pâtit.

Malgré le soutien immense de mon compagnon, la culpabilité de devoir être accompagnés médicalement pour concevoir est lourde à porter.
S’en suit un parcours semé d’embûches. Une fausse couche en décembre. Une fermeture du centre FIV pour congés. Des petits blastocystes qui meurent à la décongélation en janvier. Une ultime tentative à deux embryons est effectuée.
Épuisée mentalement et physiquement, je me voyais mettre en pause les traitements le temps de me retrouver avec mon conjoint, de reprendre des forces, de partir en congés, de déconnecter.

Je prends cet ultime transfert à la légère. C’est un 14 février, jour de St. Valentin que nous ne fêtons jamais avec mon homme. Je travaille la semaine là de nuit, je ne reste pas à la maison pour me ménager comme les autres fois.
Puis le jour de ma prise de sang arrive. Positif. Avec un « excellent taux » selon la laborantine au téléphone. Un bonheur en demi teinte. Un espoir de plus. Sans trop vraiment y croire.
J’ai fini par saigner à huit semaines de grossesses. Détour par les urgences. Une journée de perdue à attendre pour recevoir la plus belle des surprises : les deux embryons sont accrochés. On entend battre pour la première fois deux petits cœurs à l’intérieur de moi.

Puis vient l’écho de contrôle à la PMA, les félicitations sont de rigueur et, comme on dit ici au Luxembourg : « Äddi a Merci, prenez rendez-vous chez votre gynécologie pour le suivit grossesse. »

On se sent abandonné d’un coup. Lâchée dans le « cursus » normal d’une grossesse sans risque alors que tout a été ultra médicalisé jusqu’alors.
Peut-on profiter réellement de sa grossesse après une PMA ? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Cela nous donne la possibilité d’atteindre un but, un idéal. La prise en charge se veut la plus humaine possible. Mais il est difficile de se construire un semblant de normalité après tout ce parcours. J’ai eu une chance immense d’accueillir deux bébés en bonne santé. J’aimerais que mon parcours apporte de l’espoir à celles, trop nombreuses, dans le même cas.

Cependant je garde cette amertume à chaque question sur ma grossesse. Je ressens cette nostalgie à chaque remarque « bienveillante » des personnes qui veulent savoir s’il y a des jumeaux dans ma famille ? Savoir à quand le petit prochain ?

Anne-Laure

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