Témoignage Anonyme

Nous avons rapidement consulté un spécialiste de la PMA après que le désir d’enfant se soit installé. L’arrêt de la pilule plus d’un an auparavant pour des raisons autres, l’absence de règles naturelles depuis lors et un spermogramme peu probant pour mon compagnon ont conduit ma gynécologue à nous digérer vers ce dernier.

Considéré comme un ponte dans notre région, nous avons attendu notre rendez-vous sereinement, en nous documentant sur l’infertilité, ses causes et surtout ses conséquences. C’est alors que nous avons appris la différence entre infertilité et stérilité. Le parcours serait semé d’embûches mais n’était pas impossible.

Nous avons déchanté lors de ce premier rendez-vous : le médecin que nous avons eu en face de nous était peu loquace et plutôt désagréable. Il m’a prescrit une prise de sang pour déterminer ma réserve ovarienne et une échographie de mes trompes. Il a prescrit un second spermogramme à mon compagnon. En me donnant les ordonnances, il a froidement lâché : « La prise de sang n’est pas remboursée, elle coûte une cinquentaine d’euros. » Sortis de là perplexes et déçus, nous avons décidé de réaliser les examens, retourner le voir et décider ensuite si nous allions poursuivre avec lui ou un(e) confrère/consœur.
Le bilan est rapidement tombé : je souffre du syndrome des ovaires polykystiques. Il s’agit d’une anomalie hormonale qui se caractérise par de nombreux symptômes dont entre autres l’acné et les troubles menstruels. En bref, les ovaires sont paresseux. Ils ne délivrent pas les ovules, qui s’accumulent et forment des petits kystes. C’est ce qui bloque l’ovulation.

À ce moment-là, nous sommes entrés dans le parcours de la PMA. Le médecin nous a abreuvés d’informations : le dossier à remplir et à adresser à la sécurité sociale pour la prise en charge à 100% de six inséminations artificielles et quatre FIV, le protocole qu’il nous proposait – Insémination Artificielle avec sperme du conjoint –, le traitement, le suivi médical. Les protocoles sont lourds : une injection quotidienne dans le ventre du second jour du cycle menstruel à maturité des follicules soit une dizaine de jours, des prises de sang à réaliser tous les deux jours. Pendant cette période, le médecin devient LA personne qu’on appelle le plus. Interprétation du résultat de l’analyse sanguine, modification du dosage de l’injection le cas échéant, date de la prochaine échographie, etc. Il nous a également dirigés vers une cellule psychologique dédiée en cas de besoin. Cela faisait beaucoup à digérer d’un coup. D’ailleurs, nous n’avons pas tout compris tout de suite.

Nos questions restées en suspens lors de la première consultation sont revenues : quels sont les effets secondaires ? Comment justifier des absences/retards au bureau ? Quel est le pourcentage de réussite ? Nous avons ainsi appris que la loi autorise des absences rémunérées aux salariées pour les actes médicaux nécessaires au bon déroulement du protocole de PMA. Leur conjoint bénéficie quant à lui de trois absences rémunérées par protocole. Pour y être éligible, il est toutefois nécessaire d’en avertir son employeur. Après en avoir longuement parlé, nous avons préféré ne rien dire. Nos situations professionnelles nous le permettaient : les prises de sang se font le matin et me laissaient le temps d’arriver au bureau à l’heure habituelle. Les échographies se font selon le résultat de ces analyses sanguines, à la demande du médecin, et peuvent attendre la fin de la journée. Un « problème » réglé.
Un autre sujet nous taraudait : devions-nous en parler à notre famille et nos amis ? Là encore, nous avons choisi la discrétion, à une poignée de personnes près. C’est une décision propre à chaque couple, à chaque situation. Nous ne voulions pas avoir à répondre aux questions incessantes, certes de bonne foi, de type : « Vous en êtes où ? », « Ça a marché ? », « Toujours pas ? », etc. Nous ne voulions pas non plus ressasser notre impatience, notre frustration, notre tristesse lors d’événements joyeux tels que des repas de famille. Être plaints nous aurait dévastés davantage. Nous avons parfois dû faire face à des : « Faudrait peut-être vous y mettre, depuis le temps que vous êtes ensemble. » Il était facile de couper court. Je répondais systématiquement : « Pas de panique, on est jeunes, on a le temps. » J’étais tellement convaincante que l’annonce de ma grossesse a été une vraie surprise !

Cette grossesse, nous l’avons attendue deux ans. Deux longues années de traitement, de doutes, d’espoir et de désespoir au cours desquelles nous avons vécu quatre protocoles d’IAC dont deux échecs et deux tentatives inachevées et un protocole de FIV. Ces tentatives inachevées ont été difficiles à vivre : la première fois, l’ovulation est arrivée trop tôt et pendant un week-end, rendant l’insémination impossible. La seconde a été interrompue car mes ovaires ont trop travaillé. Toute grossesse aurait pu s’avérer multiple et dangereuse. La procédure de FIV nous a quant à elle anéantis. Contrairement à la fois précédente, mes ovaires n’ont pas travaillé comme espéré. L’échographie a révélé un unique follicule. Or ce n’était pas « rentable » pour réaliser une FIV. J’ai fondu en larmes, ce qui a totalement déstabilisé le médecin. Il a suggéré de la transformer en IAC, ce que nous avons accepté, prêts à encaisser un nouvel échec plutôt qu’un inachèvement. Après tout, je n’avais pas subi quinze longs jours de traitement pour rien !

Deux semaines après cette fameuse insémination, j’ai filé au laboratoire pour faire évaluer mon dosage de bêta-hCG. Un test de grossesse de routine. Nous étions effondrés et impatients d’en finir avec ce calvaire. Quelques heures plus tard, le résultat est arrivé dans ma boîte e-mail. Je l’ai ouvert sans grande conviction. Et là, ô joie, il était positif : j’étais enceinte ! E N F I N !