Témoignage Anonyme

La PMA est souvent synonyme de parcours long et éprouvant, et la première étape de ce parcours, à savoir apprendre qu’il nous sera très difficile si ce n’est impossible d’avoir un enfant naturellement, est une des plus difficiles à mon sens.

Cela faisait plus d’un an que nous essayions d’avoir un enfant, sans succès. Lors d’un rendez-vous gynécologique, j’ai abordé ce projet d’enfant avec mon médecin qui m’a alors proposé de nous faire passer des tests à mon conjoint et moi (sanguin pour moi, spermogramme pour mon conjoint). Nous avons accepté en nous disant que cela nous rassurerait et nous aiderait à patienter.
Quelques jours plus tard je recevais mes résultats qui ne révélaient rien d’anormal. À partir de ce moment, bien qu’il n’en parlait pas, j’ai senti que mon conjoint commençait à stresser. Et si les résultats sanguins arrivent assez vite, il faut en revanche plus de patience avec le spermogramme.
Trois semaines plus tard, nous recevions les résultats du spermogramme à la maison : le couperet tombait. Les différentes valeurs mesurées par le spermogramme (quantité et qualité des spermatozoïdes) étaient bien différentes des valeurs dites « normales ». Bien sûr la nouvelle fut très difficile pour nous deux. Pour ma part, j’étais assez abasourdie, j’ai eu du mal à y croire et à comprendre les résultats car il n’y avait sur ce bout de papier aucun commentaire, aucune explication de texte, uniquement des comparaisons de valeurs. Puis très vite, c’est comme si je mettais notre projet bébé dans un coin de ma tête, je l’écartais car ma principale inquiétude concernait maintenant mon conjoint qui accusait le coup avec difficulté et refusait d’en parler. Pendant quelques jours, il s’est complètement refermé. J’essayais de le rassurer, de lui montrer que je l’aimais et que je l’aimerai toujours, avec ou sans enfant; j’essayais également de lui proposer des solutions, évoquant la PMA et l’adoption, mais ce sujet était devenu quasiment tabou.
Pendant plusieurs jours, mon conjoint fuyait la discussion, même celle qui concernait des sujets du quotidien. Bien qu’il refusait de dévoiler ses ressentis et émotions, je comprenais que ce petit bout de papier avait remis en cause chez lui son identité, sa masculinité. Et mes différentes tentatives pour lui remonter le moral et le rassurer n’y changeaient rien.

Une dizaine de jours plus tard, une de mes amies apprenait qu’elle était touchée par une endométriose et que cela compliquerait sans doute ses projets de bébé. Connaissant les difficultés de mon conjoint, cette amie profita d’une soirée d’anniversaire pour se confier à lui ; en retour il se livra à elle. Cette discussion leur fut très bénéfique à l’un comme l’autre. Sur le chemin du retour, pour la première fois, mon conjoint m’expliqua le bouleversement que ces résultats avaient provoqué chez lui. Il se confiait, et le tout en étant positif, concluant en parlant de la chance qu’on avait de s’être rencontrés !

Quelques jours plus tard, je revis ma gynécologue. J’attendais beaucoup de ce rendez-vous : j’espérais être rassurée sur nos chances d’avoir un enfant et discuter des solutions possibles, mettre en place un plan d’action… Cela ne se passa pas tout à fait comme ça. Ma gynécologue confirma que les résultats n’étaient pas bons et qu’il nous serait difficile d’avoir un enfant naturellement, mais conclut en disant que ce n’était pour autant pas impossible. Aussi, elle nous conseillait de continuer d’essayer, de laisser passer les vacances d’été sans y penser (nous étions tout début mai 2016) et de revenir en octobre pour parler insémination artificielle si je n’étais pas enceinte d’ici là.
M’étant beaucoup renseignée sur la PMA sur internet, il me semblait que face à une infertilité masculine, la meilleure solution était la FIV ICSI, j’étais donc très déçue de ce que me proposait ma gynécologue, d’autant qu’elle nous demandait d’attendre encore six mois !

Quelques jours plus tard, lors d’un déjeuner avec un de ses amis médecin, mon conjoint évoqua nos difficultés à avoir un bébé. Son ami lui conseilla de ne pas attendre davantage : en effet, il n’était pas persuadé que nous puissions avoir un enfant sans aide, et il rappela à mon conjoint que les listes d’attente en PMA sont parfois longues, et qu’une fois le parcours PMA démarré la route pouvait être longue également.
Le soir même mon conjoint était décidé à prendre rendez-vous dans un service de PMA. Ravie, je comparais les centres de PMA pour prendre rendez-vous. Nous décidions d’aller à l’hôpital Foch, à Suresnes, celui-ci étant bien classé, et par ailleurs à mi-chemin entre notre domicile et mon lieu de travail (très utile compte tenu du nombre de rendez-vous nécessaires à l’hôpital). Le lendemain, je les appelais et on eut la chance d’obtenir un rendez-vous un mois après (fin juin 2016).

Enfin, le jour du rendez-vous arrivait ! À la vue de nos résultats le médecin confirma qu’elle n’allait pas nous laisser continuer à essayer éternellement sans aide, et indiqua que la meilleure option était sans doute une FIV ICSI.

« Dans la FIV conventionnelle, le biologiste met en contact les spermatozoïdes du conjoint, après leur avoir fait subir une épreuve de « sélection-concentration » pour récupérer les spermatozoïdes les plus aptes à féconder, en nombre suffisants. La fécondation se fait ensuite naturellement dans un milieu de culture dont la composition est proche du milieu naturel. Dans le cadre d’une FIV ICSI (de l’anglais Intra Cytoplasmic Sperm Injection) c’est le biologiste qui va choisir le spermatozoïde avant de le micro-injecter dans le cytoplasme de l’ovocyte, à un endroit bien déterminé pour induire le processus de fécondation. » (Source fivfrance.com)

Pour valider ce diagnostic et démarrer la PMA, il nous fallait passer un certain nombre d’examens au préalable.
Pour mon conjoint : une échographie de l’appareil génital, un nouveau spermogramme et un caryotype.
Pour moi : une échographie (pour dépister d’éventuelles anomalies pelviennes), une hystérosalpingographie (pour dépister notamment d’éventuelles anomalies de la cavité utérine) et un caryotype.

L’été passa. On en profita pour passer tous nos examens (au passage, il est vrai que certains d’entre eux comme l’hysterosalpingographie ne sont vraiment pas agréables, mais pas plus douloureux que ça. Pas de craintes si vous devez en passer par là !).
Je passais aussi l’été à me demander s’il fallait que je parle de la PMA à mon travail. Après une longue hésitation, je décidais d’être transparente avec les quatre associés et de leur annoncer. Il était de toute façon difficile de faire autrement car il me faudrait être un matin sur deux à l’hôpital, il me faudrait m’absenter le jour des ponctions ou transferts d’embryons… Heureusement, j’avais (et j’ai toujours) une vraie relation de confiance avec les associés du boulot.
Dès la rentrée, je leurs annonçais. On fit également le choix de le dire à notre famille et nos amis. C’était d’ailleurs assez étonnant de découvrir les différentes réactions de nos proches : certains semblaient tristes pour nous, tandis que d’autres régissaient en nous disant « Félicitations, on est très heureux pour vous ! » Cette dernière réaction m’a toujours déconcertée… Il faut dire qu’on essayait de donner à notre message une tournure positive. Alors bien sûr ils étaient heureux qu’on ait un projet d’enfant, mais dire félicitations à quelqu’un qui t’annonce qu’il ne peut pas avoir d’enfant naturellement, et que cela fait plus d’un an qu’il essaye sans succès… C’est assez étonnant !

Mi-septembre, on retourna voir notre médecin PMA. Elle confirma le diagnostic et nous expliqua comment allait se dérouler la FIV ICSI (le protocole suivi était un protocole court antagoniste, avec démarrage au 20ème jour du cycle) :

  • Pendant deux semaines, je prendrai des œstrogènes par voie orale matin et soir, afin de régulariser les follicules et les homogénéiser.
  • Puis une semaine d’injections pour stimuler la production ovarienne (notre traitement : Gonal F 300).
  • Après une semaine de Gonal, on ajoute une deuxième injection pour bloquer l’ovulation (Cetrotide 0,25 mg) pendant une semaine environ.
  • Enfin, lorsque mes follicules auront suffisamment grossi, une dernière injection pour provoquer l’ovulation.
  • 36h après cette dernière injection nous aurons rendez-vous à 7h du matin à l’hôpital afin de :
    • pour moi : réaliser une ponction des follicules, sous anesthésie générale;
    • pour mon conjoint : procéder au recueil du sperme.
  • Les biologistes de l’hôpital sélectionneront alors les meilleurs spermatozoïdes et les injecteront directement dans les ovocytes ponctionnés. On laissera alors les embryons se développer pendant deux à trois jours avant de procéder au transfert d’embryon(s) (1 ou 2 en fonction de notre choix). Les embryons restants, non transférés, (si bien sûr il en reste !), seront « surveillés de près » en espérant qu’ils continuent de bien se développer jusqu’à atteindre le stade de blastocyste (Cet état embryonnaire caractérise le moment où les cellules périphériques s’unissent pour créer l’embryon. Le blastocyste se compose d’une petite centaine de cellules.) Les embryons qui atteignent le stade de blastocyste seront alors congelés.
  • Une semaine plus tard nous recevrons un mail de l’hôpital nous indiquant combien d’embryons ont pu (ou non) être congelés.
  • Une nouvelle semaine plus tard, une prise de sang permettra de savoir si oui ou non je suis enceinte.

Pendant le traitement nous irons un matin sur deux à 7h à l’hôpital pour une prise de sang et une échographie vaginale afin de contrôler l’impact et la réussite du traitement. Elle nous appris également que le taux de réussite moyen d’une FIV ICSI est de 30% environ.

Malheureusement l’hôpital accueillant déjà beaucoup de couples en PMA, nous ne pouvions démarrer le traitement de suite. Il nous fallut attendre un mois, pour démarrer fin octobre.
En amont du démarrage, nous avons rencontré la biologiste du service pour échanger avec elle autour de notre projet, du traitement et du nombre d’embryons que nous souhaitions implanter. Elle nous expliqua qu’aujourd’hui ils n’implantaient pas plus de deux embryons, les grossesses multiples étant risquées. Pour autant implanter deux embryons permet de maximiser les chances de réussite. En effet, le taux de réussite moyen d’une FIV ICSI est de 30% avec une implantation de deux embryons de 2 jours. Il est de 10% lorsqu’on implante uniquement un embryon de 2 jours. Ce taux de réussite peut monter à 50% si les deux embryons implantés ont 5 jours ou plus, c’est-à-dire lorsqu’ils ont atteint un stade de développement appelé le stade de blastocystes. Pour autant, généralement l’hôpital procède au transfert d’embryons au bout de deux à trois jours : en effet attendre que les embryons atteignent le stade de blastocyste c’est aussi prendre le risque qu’aucun n’atteigne ce stade et dès lors qu’aucun embryon ne soit transféré.

Pour ma part j’étais prête à implanter deux embryons pour nous offrir plus de chances de succès. Mais ce n’était pas le cas de mon conjoint. Il était en effet persuadé que nous avions de grandes chances de réussite dans la mesure où je n’avais pas de « problème », et préférait éviter une grossesse gémellaire. Après de longs échanges, on décida alors que, le moment venu, nous n’implanterions qu’un seul embryon.

Il faut savoir également qu’en France on a la chance que la PMA soit prise en charge par la sécurité sociale, mais dans une certaine mesure : quarte tentatives de fécondations in vitro sont prises en charge à 100% (si toutefois la patiente a moins de 43 ans) ; le transfert d’embryon(s) congelé(s) ne compte pas comme une tentative aux yeux de la sécurité sociale.

En octobre, je guettai de près mon cycle, attendant avec impatience le 20ème jour pour démarrer le traitement. Le 24 octobre, je prenais la progestérone pour la première fois. J’étais confiante, excitée et impatiente !
Début novembre, une infirmière du service nous appris à réaliser les injections. Cette infirmière (nous l’appellerons A.C.) était (et est toujours) formidable : elle nous a suivis tout au long de notre parcours, elle a toujours eu un mot gentil, un geste attentionné à notre égard… Mais je reparlerai d’elle plus tard !
D’ailleurs, en démarrant le parcours PMA, je trouvais qu’il y avait tellement de couples comme nous dans le service que j’avais la sensation d’être dans une usine à bébés… Finalement au bout de quelques rendez-vous j’ai vite changé d’avis ! Oui effectivement, le service accueillait beaucoup de couples avec des difficultés à concevoir, mais toute l’équipe médicale veillait à personnaliser au maximum le parcours du patient. De la secrétaire médicale, aux infirmières, sage-femmes, jusqu’aux médecins : on a toujours eu un bonjour personnalisé. Au bout de quelques rendez-vous, tous connaissaient notre nom, tous étaient attentionnés. Ça n’a l’air de rien mais ça aide beaucoup ! Quand on va tous les deux jours à l’hôpital à 7h du matin, ça aide d’avoir un sourire et un mot gentil !
Quelques jours plus tard, on eut rendez-vous avec l’anesthésiste (en amont des ponctions d’ovocytes qui se font sous anesthésie générale), et on fit la première prise de sang et première échographie vaginale.

Le 8 novembre on commença la première injection de Gonal. C’est mon conjoint qui me piqua. J’aurais pu réaliser ma piqure seule mais c’était important pour nous de tout faire à deux ! On ne concevait peut-être pas notre enfant naturellement, mais on le faisait à deux malgré tout ! J’ai eu beaucoup de chances, mon conjoint a participé à tous les rendez-vous (chaque prise de sang, chaque échographie), et il m’ a fait quasiment toutes mes piqures.
C’est difficile de vivre un parcours PMA pour un homme lorsque l’infertilité « vient de lui ». Peu importe que le « problème » vienne de la femme ou de l’homme, c’est la femme qui va devoir supporter le traitement, les hormones, l’anesthésie générale… J’ai toujours essayé de faire en sorte qu’à aucun moment mon conjoint ne culpabilise de la situation, mais c’est difficile à empêcher. C’est pourquoi participer à tous les rendez-vous était d’autant plus important pour lui je pense.

Le 13 novembre, après une semaine de Gonal on ajouta une deuxième injection (Cetrotide) chaque jour, pour bloquer l’ovulation.
Le 15 novembre, comme à notre habitude depuis une semaine, on se rendit à l’hôpital pour une prise de sang et échographie. Malheureusement l’échographie montra que j’avais beaucoup de follicules mais ils grossissaient lentement… La sage-femme qui réalisa l’échographie évoqua plusieurs options : on change les doses du traitement, on continue le traitement aux mêmes doses ou encore on arrête le traitement et on recommence sur mon prochain cycle en modifiant les doses. Je n’avais qu’une crainte : celle d’arrêter le traitement !! J’attendis toute la journée avec impatience qu’une infirmière m’appelle pour me dire de continuer le traitement aux mêmes doses. Ouf, on continuait !
Deux jours après, même constat, même crainte, et même conclusion.
C’est là une des grandes difficultés de la PMA, un jour on est confiant, le lendemain on a une mauvaise nouvelle, puis on y croit à nouveau… Bref nos émotions sont mises à rude épreuve et notre moral est bien souvent en dent de scie.

Le 21 novembre, six follicules étaient arrivés à maturité, on pouvait donc passer à l’étape suivante : le soir même ce fut injection d’Ovitrelle pour déclencher l’ovulation.
36h après, le 23 novembre, on procéda à la ponction pour moi et au recueil du sperme pour mon conjoint. L’intervention se passa très bien de mon côté, et bonne nouvelle : vingt ovocytes ont pu être récupérés. Nous étions ravis, et plus confiants que jamais !
Je pensais que le traitement s’arrêterait après la ponction mais ce n’était pas le cas : il fallait maintenant préparer mon corps à accueillir l’embryon. Je continuais donc avec un traitement principalement constitué d’œstrogène et progestérone (sous forme de capsules vaginales).

Deux jours plus tard, le 25 novembre, nous nous rendions à l’hôpital pour transférer un embryon. Le médecin qui nous accueillit nous a appris que nous avions désormais quatorze embryons (nous partions de vingt ovocytes, donc vingt ovocytes fécondés, mais six ne se sont pas bien développés en deux jours). Elle nous demanda combien d’embryons nous souhaitions transférer. Elle fut très surprise quand on lui demanda d’en transférer un seul, et réagit assez « violemment » : «  Vous vous rendez bien compte que vous avez très peu de chance que cela fonctionne et si les treize embryons restants n’atteignent pas le stade de blastocyste il vous faudra recommencer de zéro ?! » Malgré son insistance, on resta sur notre décision : un seul embryon.
Le transfert est un moment assez fou à vivre. Tout se fait sous échographie, aussi on voit très clairement une petite goutte (l’embryon) être déposé dans l’utérus. C’est magique comme moment (malgré le manque de tact du médecin présent ce jour là) !
Si j’avais pu, je serais restée allongée longtemps sans bouger si cela avait pu garantir une meilleure implantation de l’embryon, mais cela n’aurait rien changé !

Une semaine plus tard, le 2 décembre, alors que j’animais un séminaire chez un client, je recevais un e-mail du laboratoire de l’hôpital nous indiquant qu’aucun embryon sur les treize restants n’avait pu être congelé. La nouvelle fut terrible. Jusque là nous avions toujours été relativement confiants. On s’était imaginés que sur les treize embryons, peut-être que quatre seraient congelés (on l’espérait). Ce fut un choc d’apprendre que l’on avait perdu nos treize embryons. Ce n’était pas un bon présage pour l’embryon transféré une semaine plus tôt. D’un seul coup, on n’y croyait plus…. Et l’attente du test de grossesse devenait insoutenable. D’autant que je supportais assez mal l’après ponction : je ne savais pas si c’était l’effet de la ponction ou bien de la progestérone que je prenais matin et soir mais j’avais des douleurs au ventre, je me sentais ballonnée, j’étais fatiguée. Pourtant, jusque là j’avais parfaitement bien réagi au traitement : pas de saute d’humeur, pas de prise de poids… Rien ! Mais si je supportais bien le traitement avant-ponction, je supportais mal l’après-ponction.
La journée de travail me parut terriblement longue, et il fallait pourtant que je fasse bonne figure car j’étais en clientèle. Je n’avais qu’une seule envie : retrouver mon conjoint ! Et également voir ma meilleure amie, mais ces derniers temps elle était assez peu présente, répondait peu (voire pas) à mes appels… C‘était assez étrange, mais je n’y prêtais pas plus attention que ça.

Le 8 décembre, enfin ce fut l’heure du verdict. Prise de sang à 7h du matin, résultats à 11h. Sans surprise, le résultat était négatif. Malgré la déception, c’était la fin d’une longue période d’attente. Je suis assez peu patiente en général, aussi le plus difficile à supporter pour moi dans le parcours PMA ce ne furent pas les piqures, les rendez-vous à 7 du matin à l’hôpital, les échographies vaginales tous les deux jours, les ponctions… Mais très clairement l’attente !!! L’attente m’était insupportable.
Là, enfin on était fixés, cela n’avait pas fonctionné ; mais tant pis on était prêts à recommencer !!! Désormais on n’avait plus qu’une hâte, relancer le traitement !

Le 20 décembre, nous avions rendez-vous avec notre médecin pour avoir des explications sur cette première tentative et parler de la suite. Malheureusement elle n’avait pas vraiment d’explications à nous donner, elle ne comprenait pas bien pourquoi cela n’avait pas fonctionné, « C’est pas de chance. » dit-elle. Nous programmions donc la deuxième FIV, même protocole (court antagoniste) mais avec un traitement différent (la première piqure serait une piqure d’Elonva qui a un effet prolongé pendant six jours, puis à la place du Gonal nous prendrons du Puregon).

Quelques jours plus tard, c’était l’anniversaire de ma meilleure amie. Elle m’avait invitée via Facebook. Depuis début décembre je n’avais pas réussi à la voir ou à lui parler par téléphone… C’était très étrange (et bien sûr difficile à vivre). Je me posais dix mille questions et commençait à me dire que peut-être, elle était enceinte. En effet, au moment où je démarrais la première FIV, fin octobre, elle m’avait annoncé qu’elle arrêtait la pilule….
Le soir de son anniversaire, voyant qu’elle ne buvait pas d’alcool, mes « craintes » se confirmaient. Elle ne me dit rien. Je ne lui posais pas de question (ce n’était pas le lieu ni le moment). Mais je savais. Et j’étais tellement triste et déçue qu’elle ne m’ait rien dit ! Bien sûr ça me ramenait à mon échec, mais j’aurais pu comprendre et être heureuse pour elle ! Je partis tôt, extrêmement déçue. C’est ça aussi la PMA : des proches qui n’osent pas annoncer leur grossesse, ou qui n’osent pas nous demander comment on va, où on en est dans le traitement… Le sujet bébé tout entier devient tabou avec certaines personnes, même celles dont on pense être très proche.

Le 31 décembre, pour nouvel an, je redémarrai le traitement (des œstrogènes matin et soir).
Le 10 janvier, nous faisions les premiers examens de contrôle (prise de sang et échographie).
Le 11 janvier, on lançait la première injection (Elonva cette fois).
Le 16 janvier, suite du traitement avec du Puregon 300mg (en remplacement du Gonal) et du Cetrotide 0,25mg (pour bloquer l’ovulation). Mon conjoint continuait bien sûr de réaliser toutes mes piqures. C’était un infirmier de talent !!
Le 25 janvier fut le soir de l’injection de déclenchement (Ovitrelle 250mg + Decapeptyl 0,1mg).
36h plus tard, nouvelle ponction. Mon infirmière chouchou, A.C., dont j’ai parlée plus haut, ne travaillait pas ce jour là mais elle m’envoya un texto d’encouragements. C’était adorable !! Cette fois dix-neuf ovocytes furent prélevés. C’était un bon score ! À côté de moi, en salle de réveil, se trouvait une jeune femme à qui le médecin annonça qu’aucun ovocyte n’avait pu être prélevé… Cela m’avait crevé le cœur pour elle… Je trouvais ça tellement terrible pour elle. Mais cela me réconfortait d’autant plus avec mes dix-neuf ovocytes !

Comme la dernière fois, on continuait le traitement post-ponction, mais cette fois nous avions même des injections de progestérone (en plus des capsules vaginales). Ces injections (Progiron 25 mg) n’étaient pas remboursées par la sécurité sociale, donc facultatives, mais le médecin nous indiquant qu’ils obtenaient de meilleurs résultats avec… La question ne se posait même pas, on paierait !
Peu de temps après, j’allais boire un verre avec ma meilleure amie, que je n’avais pas revu depuis son anniversaire. À nouveau, elle ne prit pas d’alcool. Je lui dis alors que j’avais compris et que j’étais extrêmement triste qu’elle n’ait pas osé m’en parler. J’avais raison, elle confirma sa grossesse. À peine la pilule arrêtée, elle était enceinte… Bien sûr je comprenais qu’elle n’ait pas voulu me faire de peine en me parlant de sa grossesse si rapide, je comprenais l’intention positive mais je ne pouvais m’empêcher d’être déçue… Je vivais cela comme un manque de confiance : bien sûr j’aurais été (et j’étais) heureuse pour elle ! Peu importe ma situation ! J’étais blessée, profondément, mais prête à reposer des bases d’amitié (reposant à mon sens sur la confiance et la transparence).

Le 30 janvier était le jour du transfert d’embryons. Bien sûr, avec mon conjoint, nous avions rediscuté du nombre d’embryons à transférer ; et nous avions appris de nos « erreurs ». Cette fois nous étions prêts et bien décidés à transférer deux embryons. À notre arrivée, le médecin nous indiqua que nous avions treize embryons de très belle qualité. À nouveau on observa avec émotion le transfert de deux embryons sur l’écran de l’échographie, et on croisait fort les doigts !

Bien sûr, je n’en avais pas parlé plus haut, mais après le transfert on vit quinze jours très étranges : en effet, les médecins nous demandent de vivre comme si de rien n’était, le plus normalement possible. Pour autant, comme des embryons ont été transférés et qu’on est potentiellement enceinte, il convient de suivre le même régime qu’une femme enceinte (pas d’alcool, pas de lait cru, pas de poisson ou viande cru, etc.). C’est une période assez déroutante. On fait comme si on était enceinte, on y croit, on espère, on attend…
Le 3 février, e-mail du laboratoire : « Suite à votre tentative d’AMP, il a été congelé cinq embryons : un au 5ème jour de développement, et quatre au 6ème jour de développement. » Wahou ! Quel bonheur, quelle joie !!! Enfin une bonne nouvelle !!! On y croyait plus que jamais ! On avait l’impression de n’avoir jamais été aussi proches du but ! Allez, plus qu’une semaine de patience….
Le 10 février, nous allions à l’hôpital pour réaliser la prise de sang. Le verdict approchait. J’avais posé ma journée cette fois ; pas question de revivre la situation infernale du 2 décembre dernier chez un client… Et je savais que les 3 à 4h d’attente pour connaître le résultat seraient terriblement longues et que je n’arriverais jamais à me concentrer et travailler dans cette attente. Malheureusement, le résultat fut négatif. J’étais comme anéantie. J’y avais tellement cru…. Sur les deux embryons transférés, aucun n’avait réussi à s’implanter. Je n’étais toujours pas enceinte.

Le soir même nous étions attendus chez un couple d’amis (amis qui, pendant nos années de tentatives à devenir parents, avaient eu le temps de vivre une IVG suite à une grossesse non désirée, une nouvelle grossesse et ils étaient maintenant parents d’une petite fille de trois mois…). Je n’avais aucune envie d’y aller. Ce n’était pas contre eux, mais j’avais passé ma journée à pleurer, je n’avais juste pas envie de sortir. Après discussion avec mon conjoint, j’acceptais tout de même d’y aller. Après tout, ce n’était pas une bonne solution non plus de rester pleurer à la maison.
Bien sûr, une fois sur place, on avait à peine dit bonjour que je m’effondrais en larmes…
Cette fois-là, j’ai eu beaucoup de mal à accepter l’échec. J’ai pleuré tout le week-end… C’était ma manière à moi de réagir. J’avais l’impression d’être dans un jeu vidéo : quatre vies au départ (quatre tentatives remboursées par la sécurité sociale), et je venais de perdre ma deuxième vie. (Je ne suis pourtant pas du tout amatrice de jeu vidéo.)
Mon conjoint ne pleurait pas, mais il était tout aussi triste que moi.
Mais, malgré la douleur, on se sentait plus amoureux, plus soudés, plus forts que jamais. C’est ça aussi la PMA : c’est une véritable épreuve pour le couple. Je pense que c’est tout ou rien. Soit ça fait exploser le couple, soit ça le soude plus que jamais. Heureusement nous étions dans le deuxième cas de figure.

Le 7 mars nous avions rendez-vous avec notre médecin. À nouveau elle ne savait expliquer pourquoi cela n’avait pas fonctionné. Mais cette fois, on démarrait un nouveau protocole : le transfert d’embryons congelés (TEC). Globalement le traitement était le même que celui post-ponction, l’idée étant de préparer le corps à accueillir les embryons pour favoriser l’implantation.
Le 18 mars, je recommençais le traitement, deux semaines d’œstrogènes pour commencer.
Le 31 mars, je démarrais le traitement de progestérone (piqure et capsule vaginale).
Cette fois je me faisais mes piqures seule la majeure partie du temps.
Sur les deux premières tentatives, les piqures d’hormones (avant ponction) devaient rester au frigo, ce qui m’imposait de rentrer tous les soirs à la maison pour faire ma piqure (je me voyais mal mettre mes piqures au frigo du boulot !). Mais les piqures post-ponction (Progiron) n’avaient pas besoin de rester au frais, ce qui me permettait de partir avec en début de journée, et de sortir le soir voir des amis après le travail (j’avais pris l’habitude de me faire ma piqure dans les toilettes des bars ou restos).

Le 5 avril avait lieu le transfert d’embryons congelés (un embryon avait cinq jours de développement, un autre avait six jours de développement). Cette fois, je ne me projetais pas. Je n’étais ni positive, ni négative. J’essayais dans la mesure du possible de ne pas y penser. Avec mon conjoint on décidait de partir faire le tour de la cote ouest des États-Unis cet été. Si toutefois je tombais enceinte d’ici là, on serait heureux d’annuler ! Mais on en avait assez de ne pas faire de projet vacances depuis si longtemps en se disant que je ne serais peut-être pas en mesure de prendre l’avion…
Le 15 Avril, week-end de Pâques, nous avions prévu de partir en Bourgogne avec un couple d’amis. Mais c’était aussi le jour du verdict ! On hésita longuement à annuler le weekend, en se disant que ce serait terrible d’être sur la route avec ce couple d’amis à attendre le résultat…. Finalement on décida de maintenir notre weekend. À 7h du matin nous étions à l’hôpital pour faire la prise de sang. À 8h, en voiture avec nos amis direction la Bourgogne. Autant dire que je ne fus pas très loquace. J’étais cramponnée à mon téléphone, attendant avec impatience (comme toujours) l’appel de l’hôpital pour avoir les résultats.
À 11h environ, le numéro de l’hôpital s’afficha sur mon téléphone. Je décrochais la gorge nouée, la main sur la jambe de mon conjoint (qui conduisait). C’était une de mes sage-femme préférée qui m’appelait. Elle faisait durer le suspense mais avait l’air heureuse. Enfin, elle m’annonça que le résultat était positif ! J’étais enceinte !!! Je pleurais de joie. Je n’arrivais même pas à lui répondre. Je lui dis merci avec difficulté, en sanglotant. Mon conjoint (qui avait bien compris) pleurait aussi.
Bien sûr il ne fallait pas trop s’emballer non plus. Trois jours après, il fallait repasser une prise de sang pour confirmer le résultat. Idem deux jours après.
Mais quel bonheur !!! C’était complètement fou !
Trois jours après, nouvelle prise de sang. Nouveau stress en attendant le résultat. Mais ouf, c’était toujours positif !
Deux jours après idem !!!! Wahou on commençait à voir le bout du tunnel, mais on refusait toujours de trop s’emballer. Désormais on avait une seule crainte : un œuf clair, une fausse couche…

Bien sûr on annonça quand même la bonne nouvelle à notre famille et nos amis les plus proches (après tout, tout le monde avait connaissance de notre parcours en PMA alors on ne pouvait pas ne pas leur dire). On attendit quand même pour l’annoncer à notre travail.
Le 16 mai, c’était le jour de notre première échographie. Pour ma part je n’attendais qu’une seule chose : avoir la confirmation qu’on attendait un bébé. Je voulais entendre un petit cœur battre !!!! Quant à mon conjoint, il avait la certitude qu’on avait au moins un bébé, mais il espérait qu’on en ait deux !! Alors qu’il n’avait pas souhaité transférer deux embryons sur la première tentative de FIV, maintenant il espérait une grossesse gémellaire.
Une sage femme réalisa l’échographie : on vit tout de suite un tout tout petit bébé (ça ressemblait plutôt à un petit haricot avec quatre minuscules membres). À nouveau, sans surprise, je pleurais. Mon conjoint, lui, attendait d’en voir un deuxième. Il questionna tout de suite la sage femme : « Il n’y en a qu’un ? » Elle lui répondit que oui, et je vis la déception dans ses yeux. Mais dix minutes plus tard, alors que l’échographie allait se terminer, en bougeant la sonde, la sage femme nous annonça qu’il y avait un deuxième bébé caché par le premier !!! Cette fois, je vis mon conjoint verser une larme ! Quel bonheur, nous attendions des jumeaux !!!

J’ai eu une grossesse formidable. J’ai eu la chance de n’avoir aucune nausée, absolument aucun maux de grossesse ! J’ai aussi, bien entendu, fait extrêmement attention : je suivais le régime alimentaire et les différentes consignes médicales à la lettre (pas plus d’une heure et demi de voiture par jour, examen de contrôle chaque mois, etc.), je n’ai pris absolument aucun risque ! Autant dire que nous ne sommes pas partis sur la côte ouest des États-Unis, nous sommes restés sagement en France ! On était tellement impatients, que passer trois premiers mois de grossesse (le risque de fausse couche étant normalement à peu près écarté), la chambre de nos bébés étaient prêtes ! Il faut dire aussi qu’on a su très vite (à peine trois mois de grossesse) qu’on attendait deux petites filles.

Aujourd’hui nous sommes les heureux parents de deux petites filles absolument merveilleuses de bientôt 4 mois (en toute objectivité bien sûr ! ).
L’équipe médicale PMA a été formidable jusqu’au bout : A.C. est venue nous voir le jour de l’accouchement émue aux larmes, mon médecin nous a appelé pour nous féliciter…
Et, en écrivant ces lignes je me suis rendue compte que j’avais oublié finalement les difficultés passées. Pendant le parcours PMA je tenais un petit carnet dans lequel je notais mon traitement et mes humeurs ; c’est ce qui m’a permis de retranscrire tous ces détails. Car, comme souvent, on ne retient que le meilleur !!!

P.-S. : ma meilleure amie est aujourd’hui maman d’un magnifique petit garçon, et je suis très heureuse qu’elle soit la marraine d’une de nos filles, et que nos enfants aient peu d’écart d’âge.