Témoignage de Céline

Avec mon compagnon, nous nous pacsons, nous décidons d’acheter une maison et avons le souhait d’avoir des enfants. J’arrête la pilule, j’ai 28 ans, lui 34 ans.
Les mois passent et il ne se passe rien. Je me dis que ce n’est pas grave, j’ai pris la pilule pendant dix ans, il faut certainement que la machine se remette en route. Une année passe…
Entre temps nous nous marions.
Une année supplémentaire passe… Je décide de faire des courbes de température, puis je prends rendez-vous avec ma gynécologue habituelle.
Elle regarde mes courbes, tout est normal, elle me dit juste de continuer à faire ces courbes et de reprendre rendez-vous dans quelques mois. Sauf que deux ans ont passé. À ce rythme-là, je serai maman à 50 ans… Ça n’a pas l’air de l’inquiéter plus que ça.

Je décide d’en parler à mon médecin qui me dit de prendre rendez-vous avec une gynécologue spécialisée dans l’infertilité. Le rendez-vous est pris quatre mois plus tard. Je me rends compte qu’apparemment nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. Je m’y rends avec mon mari. On explique notre situation. La gynécologue commence à monter notre dossier et nous explique le déroulement d’une PMA. En gros : cinq tentatives d’insémination/stimulation ovarienne. Si ça ne fonctionne pas, cinq tentatives de FIV. Et si ça ne fonctionne toujours pas, ou un miracle se produit ou c’est l’adoption…
Tout cela demande du temps. Je me demande comment je vais gérer avec mon travail, d’autant plus qu’on ne peut pas prévoir les rendez-vous d’avance car tout se fait en fonction du premier jour de règle.
Je ressors de ce rendez-vous un peu paumée. J’ai trop d’informations dans la tête. Je ne connaissais rien à la PMA. Je suis peut-être infertile. Mon mari et moi avons des examens à faire pour essayer de trouver ce qui pose problème. J’étais arrivée à une période de mon cycle qui fait que j’ai dû prendre rendez-vous rapidement pour réaliser les différents examens.

Je reprends rendez-vous avec les résultats de nos examens. Pas de problème particulier, ni pour moi, ni pour mari. Nous faisons partie des cas « d’infertilité inexpliquée ». Super… On ne sait pas avoir d’enfants et on ne sait pas pourquoi.

J’entame donc le processus pour la première insémination. Je dois stimuler mes ovaires en faisant des piqûres d’hormones. Le but est d’obtenir plusieurs follicules assez gros pour pouvoir faire l’insémination. Et pour voir si des follicules grossissent comme il faut, je dois retourner chez la gynécologue tous les deux/trois jours faire des échographies. Je travaille et même si la gynécologue fait des horaires à rallonge en commençant très tôt le matin, j’arriverai forcément en retard au travail. Le cabinet est plein à craquer de femmes comme moi, j’ai une heure d’attente pour cinq minutes de rendez-vous.

Je décide donc de parler de tout cela à mon patron, des retards et des absences que je vais avoir durant l’année. Ce n’est pas évident pour moi. Je n’aime pas raconter ma vie, surtout pas à lui et en plus c’est très intime. De plus je le connais, il n’est malheureusement pas du genre à tenir sa langue. Je travaille dans une petite entreprise, tout le monde sera bientôt au courant. Tant pis, je n’ai pas le choix. Je préfère lui expliquer mon problème, plutôt que d’avoir des remarques sur mes retards.

Premier jour de règle. Le jour J approche. Je vais à la pharmacie chercher ce dont j’ai besoin avec mon ordonnance. Je dois commencer les piqûres à partir du cinquième jour après le début des règles.
Heureusement que je suis prévoyante, le pharmacien me dit qu’il doit commander le produit. J’y retourne le lendemain et reviens avec mon « stylo piqûre » dans lequel je dois mettre les cartouches de produit avec une certaine dose.
C’est le jour J, il faut que je commence à faire mes piqûres. Je lis et relis la notice pendant quinze minutes un peu stressée de me piquer moi-même. Je ne me voyais pas appeler une infirmière tous les jours et mon compagnon ne se sentait pas capable de le faire.

Entre temps, je retourne voir ma gynécologue pour faire des échographies afin de suivre l’évolution des follicules. Les piqûres et les rendez-vous durent au moins une semaine cette première fois.
Entre les piqûres tous les jours, les échographies tôt le matin et mon travail, la fatigue arrive assez vite. La première tentative ne fonctionne pas. En fait j’avais mal compris le processus, j’ai arrêté les piqûres alors que c’est la gynécologue qui devait me dire quand je devais stopper.

Je recommence le mois d’après. C’est long, les follicules ne grossissent pas vite. La gynécologue finit par me dire de faire la dernière piqûre pour déclencher l’ovulation le soir même. On laisse passer une journée. Puis le jour suivant, mon mari doit se rendre à la clinique tôt le matin. Il doit recueillir son sperme… Glamour. Moi je dois y aller deux heures après, récupérer la préparation. Me voilà dans la rue avec mon petit gobelet pour me rendre au cabinet de la gynécologue à côté de la clinique. Il est environ 10h, c’est l’heure des inséminations. On est plusieurs femmes à attendre notre tour.
J’ai pris ma matinée pour me faire inséminer, sans stress. Quinze minutes plus tard, je ressors en espérant que ça fonctionne. Je fais la prise de sang quinze jours après, rien… Raté.

Je fais une pause d’un mois, j’en ai ras-le-bol de ces piqûres et de ces rendez-vous, je suis fatiguée.
Je recommence, troisième tentative, rien. Le mois suivant, quatrième tentative, rien. Je refais une pause.

Il nous reste une dernière tentative, après ce sera les FIV. Je commence à regarder sur internet comment se passe une FIV et je panique un peu. C’est encore un peu plus compliqué que l’insémination. Comment je vais faire avec le boulot ? Je laisse passer deux, trois mois.
On parle de notre problème à des amis et on se rend compte que plusieurs d’entre eux avaient le même problème que nous. Pour certains cela a fonctionné, pour d’autres ils en sont à l’étape d’après, les FIV.

Je décide d’entamer la dernière tentative. J’étais plus en forme et détendue, on verra bien… Le printemps n’est pas loin, l’hiver est passé, je revis.
Je fais les piqûres, les échographies, ça se déroule plutôt bien. Cette fois, c’est assez rapide. Puis un jour la gynécologue me dit, c’est bon, on a deux beaux follicules. Rendez-vous deux jours plus tard pour l’insémination. La dernière tentative est réalisée. Je laisse passer les jours, je ne vais même pas faire la prise de sang quinze jours après, je ne veux pas me faire de faux espoirs. Durant la PMA je n’ai fait la prise de sang qu’une fois, jamais après.
J’attends mon prochain cycle pour passer à l’étape suivante, les FIV.
Un mois passe. Mon cycle n’arrive pas. Ça ne m’inquiète pas plus que ça. Mes cycles sont assez irréguliers. Je continue à faire du sport mais je me sens épuisée. J’ai mal aux seins. Je me dis que ce sont mes règles qui arrivent.
On part quelques jours en vacances. Moi qui aime marcher, j’ai super mal au dos, je suis même bloquée de temps en temps. En revenant, je décide quand même de faire un test de grossesse sans en parler à mon compagnon qui y croyait encore moins que moi.

Je fais pipi sur ce fameux bâtonnet et j’attends. J’ai lu quinze fois la notice.
Une barre apparaît, puis une deuxième ? J’en parle à mon compagnon en lui laissant sur son bureau un petit paquet contenant une paire de chaussons bébé. On a du mal à y croire, ces tests ne sont pas fiables à 100 %.
Je fais la prise de sang. Je reçois les résultats j’ai un taux d’HCG assez important, mais je n’y connais rien. Je téléphone à la gynécologue pour avoir plus d’infos et lui annonçant le taux et elle me dit : « Ah oui quand même ! ». Je suis enceinte !! Enfin !
Je fais la toute première échographie et la gynécologue me dit « oui, vous êtes bien enceinte et surprise… Il y en a deux ! « Bichoriale biamniotique » ! Et en français, ça veut dire quoi ? Des faux jumeaux, chacun dans sa poche. Elle me dit : « Vous devez être sur un petit nuage. » Je ne savais pas trop quoi en penser en réalité. Je ressors de ce rendez-vous abasourdie. Je n’arrive pas à réaliser, en même temps je panique, comment je vais faire avec des jumeaux ? On verra bien, je suis enceinte, c’est le principal, ça a fonctionné ! On l’annonce peu à peu à nos parents respectifs.
La PMA avec les pauses aura duré un an.

Ma grossesse se déroule très bien, de la fatigue, mais pas de nausées. Je fais tout de même une pyélonéphrite en début de grossesse avec un petit séjour à la maternité. Je continue à travailler jusqu’à mon congé maternité. Les échographies se déroulent bien, les petits « haricots » grandissent normalement. Je viens juste d’avoir 34 ans, deux jours avant l’accouchement. J’ai accouché à terme le 13 décembre 2017 d’une fille et d’un garçon qui vont très bien. Le choix du roi comme on dit. Joli cadeau de Noël. On a rattrapé le temps perdu finalement !

Céline

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