Témoignage Anonyme

Ma première grossesse avait plutôt été un long fleuve tranquille : une conception réussie dès le premier essai, peu d’ennuis de santé si ce n’est une grand perte de poids les trois premiers mois, un col vite raccourci et une arrêt définitif à 31 SA pour maintenir bébé au chaud. Mais finalement, bébé décide de pointer son nez la veille du terme, parfait, évidemment.

Alors forcément, au moment de penser au deuxième, on se remémore les petites difficultés de la fin. Mais je n’étais pas préparée à l’année que j’ai vécue. D’ailleurs ma gynécologue non plus. Pour elle, j’ai cumulé en une grossesse tout ce qu’elle vit en une année avec des patientes différentes.

J’ai d’abord fait une fausse couche. Ou une grossesse chimique comme on dit. Détectée tout de suite, à seulement 3 SA. Le 6 mars. Un moment douloureux. Auquel je repense encore, et chaque année depuis deux ans.

Un peu plus de quatre mois plus tard, nouveau test positif. Joie, bonheur, crainte, tout se mélangeait. La première consultation aurait dû me rassurer, mais l’embryon parait petit, trop petit peut-être pour la moyenne à 4 SA. Première angoisse. Deux semaines de vacances passent, tout va bien finalement. L’embryon a la bonne taille, le cœur bat, petit test sanguin pour vérifier que tout est bon et que je suis bien non immunisée à la toxoplasmose. Les résultats arrivent : toxoplasmose négative, mais CMV positif.

Le CMV. Cet acronyme que j’avais découvert en lisant un livre lors de ma première grossesse, le cytomégalovirus. Un virus dont peu de médecins parlent, que peu de médecins demandent à tester. Un virus qui s’attrape par d’autres enfants, en les embrassant sur la bouche, en partageant une cuillère ou en récupérant un peu de bave. Un virus contre lequel on ne peut rien faire, même si la sérologie est positive et que l’infection a eu lieu pendant la grossesse. Un dépistage rare, un traitement inexistant. Les conséquences du CMV ? Potentiellement, de très lourdes malformations, notamment cérébrales. Quinze jours de tests suivirent, pour déterminer la date de mon infection, heureusement à priori primo-confectionnelle. Nous sommes fin août, je suis enceinte de presque deux mois.

Dix jours après cette bonne nouvelle, six mois après ma fausse couche, premiers saignements. Décollement de membrane, arrêt d’une semaine. Suivra une alternance de dix jours de travail, quinze jours d’arrêts jusqu’à un arrêt définitif le 6 décembre. Neuf mois après cette fameuse fausse couche, quel hasard.

C’est lors de ce rendez-vous du 6 décembre que ma gynécologue m’annonce qu’elle demande une nouvelle échographie morphologique, alors que tout s’est bien passé lors de l’écho  numéro deux. Mais elle nous annonce que l’échographie morphologique a détecté une artère ombilicale unique et surtout que les mesures des ventricules cérébraux sont limites. Nouveau coup de bambou, sachant qu’on ne nous a rien dit à l’échographie. Elle est toute aussi surprise de notre surprise.
Finalement, l’échographie ne révèle rien au niveau cérébral, confirme l’artère ombilicale unique mais bébé n’a pas l’air d’être en retard de croissance. Donc tout va bien.

Mi-janvier, alors que mon terme est prévu pour le 29 mars, petite soirée aux urgences en raison de contractions répétées, mais heureusement, le col raccourci ne bouge pas davantage. Et après de nombreuses semaines passées allongée, je retrouve l’usage de mes jambes début mars pour un dernier mois idyllique. Car évidemment, après plus de quatre mois de menace d’accouchement prématurée, j’accouche finalement… à 41 + 2, d’un bébé en parfaite santé.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, les grossesses non plus. Pourtant, malgré toutes ces péripéties, je pourrais être enceinte et accoucher dix fois. Ce que je retiens de cette grossesse ? Le CMV évidemment. Ce virus si méconnu et qu’il faudrait systématiquement tester en début de grossesse pour alerter les futures mamans et les sensibiliser. Pour veiller à ne pas l’attraper, comme on le fait aujourd’hui pour la toxoplasmose ou la listériose.