Témoignage de Maud

Alors que tout laissait présager une grossesse sans maux ni autres désagréments, le dernier trimestre me réserva une mauvaise surprise.

Après un passage aux urgences de la maternité à 33 SA et plusieurs examens sanguins le diagnostic était posé : cholestase gravidique. À dire vrai, je m’y attendais compte tenu des symptômes présentés : des démangeaisons intenses sur les régions palmaires à devenir dingue ! Toutefois je n’osais y croire puisque la prévalence pour cette pathologie est de l’ordre de 0,8%. J’étais pourtant bel et bien touchée par cette maladie du foie qui se développe pendant la grossesse et disparaît après l’accouchement avec un risque de mort fœtale in utero.

Résultat : un suivi toutes les semaines à la maternité pour contrôler mon taux d’acides biliaires et le cœur du bébé. Prises de sang à jeun et monitoring programmé… Jusqu’à ce que les derniers résultats tombent : des acides biliaires à 166 micromoles/litre alors que le taux normal est inférieur à 10 et que l’on est considéré en situation critique au dessus de 40. Suite à mon rendez-vous avec l’anesthésiste à la maternité, je me suis retrouvée hospitalisée en unité de grossesse à risques sans avoir été préparée. Le coup de massue arriva quelques heures plus tard, alors que mon compagnon n’était pas encore arrivé. Trois gynécologues obstétriciens arrivèrent dans ma chambre pour m’annoncer mon déclenchement le lendemain matin. J’étais dans ma 35ème semaine d’aménorrhée mais il fallait agir vite et ne pas prendre de risque pour le bébé. Impossible d’attendre la fin de la période de prématurité et que le traitement médicamenteux fasse effet. S’entremêlent alors des sentiments d’angoisse, de peur pour mon bébé mais également d’excitation à l’idée de le rencontrer.

Durant mes deux jours d’hospitalisation en grossesse à risque, j’ai partagé ma chambre avec une autre future maman qui elle était hospitalisée depuis plusieurs semaines. Outre nos pathologies gravidiques différentes et nos parcours de vie opposés, nous avions en commun notre âge et attendions notre premier enfant. Nos échanges furent pudiques et bienveillants et tellement réconfortants, surtout la nuit, quand nous n’étions plus que toutes les deux sans nos conjoints et sans les va-et-vient du personnel soignant. Sans besoin de se le dire, nous avons veillé l’une sur l’autre. Nos présences réciproques étaient rassurantes. Je remercie ma voisine de chambre pour ce moment passé et pour son soutien durant mes contractions nocturnes.

Par chance mon déclenchement s’est bien passé. Après, la mise en place pendant 24 heures d’un tampon de prostaglandines pour faire murir mon col, j’ai reçu des injections d’ocytocines. J’ai accouchée par voie basse d’une magnifique petite fille de 2kg800. Elle est restée hospitalisée en néonatalogie pendant deux semaines, le temps qu’elle puisse s’alimenter de façon autonome et reprenne du poids. Cette période passée à la maternité en post-partum fut longue mais m’a permise de rester aux cotés de ma fille, de gagner en confiance dans mon nouveau rôle de maman et de mettre en place l’allaitement, entourée par une super équipe de sages-femmes, puéricultrices et auxiliaires de puériculture disponibles.

Le pourcentage de récidive de cholestase gravidique est très élevé lors des grossesses suivantes. Aussi, il est conseillé aux femmes enceintes ayant déjà été touchées par cette pathologie de faire leur suivi de grossesse directement à la maternité et non en médecine de ville afin de bénéficier au cours du suivi des examens les plus appropriés.

Ce que je retiens de cette expérience est qu’une grossesse, un accouchement ne se passe pas toujours comme on aurait pu se l’imaginer. Toutes les futures mamans fantasment, de façon tout à fait légitime, ce moment de vie magique. Toutefois, l’imprévu malheureux voire dramatique, doit également être envisagé. Tout en profitant sereinement de sa grossesse, il faut garder à l’esprit, même dans un tout petit coin de ses pensées qu’un pépin peut vite arriver. Je pense que pour vivre de façon moins traumatisante ces évènements indésirables, nous devons être préparées, soit à travers les cours de préparation à l’accouchement qui permettent d’appréhender les situations à risques de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum, soit lors d’entretiens avec l’équipe médicale lors de l’hospitalisation ou avant tout acte médical. Aucune interrogation ne doit rester en suspens. L’information délivrée doit être adaptée au niveau de compréhension de la patiente. Aussi, n’hésitez pas à reposer des questions aux sages-femmes ou médecins si vous n’avez pas bien compris les risques pour vous et votre bébé liés à votre pathologie car le jargon médical n’est pas toujours aisé à comprendre même s’il est expliqué en des termes adaptés au grand public.

De même, je conseillerai aux femmes touchées ou ayant été touchée par une grossesse à risque à ne pas hésiter à solliciter l’aide d’un psychologue pour être aider pendant et/ou après la grossesse si la pathologie gravidique et les évènements liés sont difficiles à accepter ou à surmonter.

Bon courage à toutes.

Maud

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