Témoignage d’Éloïse

C’était il y a deux ans, on essayait d’avoir un enfant depuis presque un an. Un an c’est long quand on attend vraiment quelque chose, quelqu’un… Et puis finalement, un an c’est court, quand on sait qu’on a qu’une « chance » par mois de concevoir un petit être. Mais enfin c’est arrivé, il s’est installé en moi en mai 2016. Un an pile après notre mariage, comme un signe du destin, comme une preuve d’amour. J’apprends que je suis enceinte au mois de juin, mais je m’en doutais un peu. Le bébé est donc prévu pour le 14 février : jour de la Saint Valentin !

Vu que c’était ma première grossesse, je ne connaissais pas du tout les symptômes du début, mais j’avais entendu parler de poitrine douloureuse, de nausées. Et c’est vrai que je n’avais pas vraiment tous ces désagréments. Dans ma tête je savais déjà inconsciemment que quelque chose clochait. Et je me surprenais même à parler de fausse couche avec le peu de personnes qui étaient déjà au courant. On avait décidé de n’en parler à la famille qu’au bout des trois mois, pour être sûrs et leur faire la surprise. Mais on se projetait quand même en commençant à acheter des petits habits.

Et puis arriva le 13 juillet, l’été c’est le rush au boulot, et ma responsable était sur mon dos… Alors j’étais un peu speed et stressée. J’ai perdu quelques gouttes de sang ce matin-là. Je ne me suis pas trop inquiétée car j’ai lu que l’on pouvait en perdre au début de la grossesse, et c’est ce que m’a confirmé le médecin de garde le lendemain matin. Mais voilà, je perdais toujours un peu de sang et je commençais à m’inquiéter. Ce soir-là, on a décidé d’aller aux urgences à trente minutes de chez nous. C’était le 14 juillet et il était difficile pour nous d’accéder à l’hôpital à cause du feu d’artifice. Arrivés sur place, une sage femme nous accueille, l’hôpital était vide car il devait être 22h. Rapidement on me fait une échographie, j’étais à deux mois de grossesse. Et là, la sage-femme me dit que l’embryon est petit pour un bébé de deux mois, la taille ne correspond pas, elle n’arrive pas bien à m’expliquer. Elle part donc chercher sa responsable, qui elle a sût mettre les mots, et a fini par nous dire que notre bébé était déjà mort dans mon ventre depuis deux semaines. Que mon corps était déjà en train de vouloir « l’évacuer »… Les larmes sont montées très vite, et elles montent encore aujourd’hui en l’écrivant. Tout de suite, on nous parle de procédure et que nous avons trois options : laisser faire les choses naturellement, prendre un médicament pour l’évacuation ou faire un curetage. J’ai choisi la première option, parce que j’avais quand même le choix pour cela, parfois on ne choisit pas. Je me souviens qu’à ce moment-là on se sent seul, dans ce long couloir blanc de l’hôpital, on s’est serrés très fort et j’ai beaucoup pleuré. Nous sommes repartis avec une ordonnance de Spasfon, un arrêt d’une semaine et le feu d’artifice en arrière plan. J’étais inconsolable, rapidement est venue la culpabilité de n’avoir rien pressenti, de se dire que c’est de notre faute. On nous explique qu’il n’y a pas vraiment de raison, que le bébé n’était pas viable, et qu’on ne saura jamais vraiment de quoi il est mort. Petit à petit, ça va un peu mieux, on fait le deuil. Oui mais voilà, je souhaitais désormais que l’embryon sorte au plus vite, et je trouvais ça horrible de penser cela.
Trois jours plus tard, je sentais comme des contractions, le Spasfon ne faisait plus effet et j’avais très mal au ventre. C’était un dimanche et nos amis nous invitaient à sortir prendre l’air, on s’est dit que ça nous changerait les idées. C’est à ce moment là qu’une amie nous annonce sa grossesse, et que je lui ai annoncé que la mienne se terminait. L’après-midi se passait plutôt bien, même si je souffrais toujours. Et puis, la douleur s’est accentuée, je perdais énormément de sang. On est vite rentrés, j’ai crié et pleuré pendant tout le trajet jusqu’à la maison. Une fois arrivée, tout était fini. J’ai dis à mon mari : « Je crois que c’est bon. » Je peux dire maintenant que cette douleur-là était plus forte que celle pendant un accouchement, peut-être à cause du côté psychologique qui va avec.

Deux mois plus tard, je tombais enceinte de notre petit Lorenzo, qui a maintenant 9 neuf mois. C’est sûr qu’au début on est méfiante et on repense toujours à cette fausse couche. Mais j’ai eu de la chance de retomber enceinte rapidement, et je soutiens vraiment celles pour qui c’est plus compliqué. J’aurais toujours cette cicatrice au fond de moi, mon mari aussi, cet enfant qu’on aura jamais eu et qui aurait plus d’un an maintenant. Cette petite fille ou petit garçon qui veille sur nous.

Éloïse