Témoignage de Virginie

C’était en mai 2016, je me suis levée avec la sensation d’être enceinte, poitrine plus volumineuse, pantalon serré… J’ai donc fait un test de grossesse le jour même, en me disant on verra bien. Le résultat est apparu en à peine quelques secondes : Positif. Quelle surprise ! Mes médecins m’avaient toujours dit que ça serait pour moi impossible d’attendre un enfant au vu de l’absence de mes règles dû à mon anorexie. Comme quoi, je suis la preuve vivante, c’est possible. J’étais alors enceinte d’un mois, dès le début de la grossesse, j’avais quelques saignements accompagnés de petites douleurs. Mon ancien gynécologue m’a alors dit que c’était des douleurs ligamentaires donc rien d’alarmant.

Deux semaines après la bonne nouvelle, mon mari et moi partions en Thaïlande, c’était un voyage prévu depuis longtemps et mes médecins m’avaient donné leur feu vert.
Arrivée là-bas j’avais toujours quelques douleurs et des légers saignements mais c’était supportable, cela ne m’empêchait pas de profiter des vacances et de prendre plusieurs fois l’avion pour découvrir la Thaïlande, de Bangkok au nord. Enfin la première semaine…

Alors qu’on avait décidé d’aller se reposer sur trois îles différentes, je n’ai pu en voir que deux. Les premiers jours étaient reposants : baignade, siestes et lectures… Mais un soir j’ai eu des douleurs persistantes et je saignais abondamment. Mon mari regardait sur internet pour essayer de se rassurer mais les symptômes étaient clairs : je faisais une fausse couche. Le lendemain, nous avons écourté notre séjour, pris un taxi, puis un bateau. Dans ce dernier, je voyais ma vie défiler, je faisais des aller-retours incessants aux toilettes.

Tout le monde me regardait sans comprendre ce que j’étais en train de vivre. Au port, nous avons dû encore prendre un van pour rejoindre une ville mais il devait obligatoirement s’arrêter à l’aéroport de Surat Thani. Dans le van c’était pire que dans le bateau. Le conducteur conduisait à une vitesse folle, mon mari a dû lui crier dessus pour qu’il se calme, je me vidais littéralement de mon sang. À l’aéroport, nous sommes allés demander de l’aide à l’accueil pour appeler une ambulance. Les Thaïlandais sont d’une gentillesse incroyable, ils m’ont installée dans un siège handicapé le temps d’attendre les secours. Ils me réconfortaient, m’essuyaient le visage, mes jambes et ma robe qui étaient complètement rouges.

L’ambulance est arrivée, m’a prise en charge et m’a emmenée dans un petit hôpital de village. Là-bas on m’a fait une échographie et on m’a expliqué qu’il n’y avait rien. Ils ont alors demandé à mon mari de partir pour m’ausculter. Les médecins m’ont mis un spéculum et là ils m’ont montré le fœtus sur un grand coton. J’ai hurlé en pleurant. Mon mari a entendu et a alors poussé les rideaux pour savoir. Puis il a vu et il a compris. Je ne l’avais jamais vu dans cet état, c’est tellement rare de voir un homme pleurer…
À côté de moi je me souviens qu’il y avait un vieil homme qui faisait une crise cardiaque. Il est mort au même moment, je m’en souviendrais toute ma vie.
On a dû me transférer dans un plus grand hôpital car je risquais de faire une hémorragie interne. Là-bas on m’a prise en charge au bout de quatre heures… Mon mari en a alors profité pour téléphoner à nos proches pour leur annoncer.

On m’a expliqué que je devais être opérée, j’apprenais donc le sens du mot « curetage ». Je ne voulais pas de cette opération, j’étais à l’étranger, j’avais peur…
Plusieurs médecins sont venus m’expliquer que si je rentrais en France comme ça je prenais le risque de mourir dans l’avion. Après avoir appelé ma famille pour me rassurer, j’ai accepté l’opération. On est venu me chercher vers minuit. J’étais seule à pleurer sur mon brancard à attendre pour rentrer dans le bloc opératoire, je me souviens de l’infirmière qui ressemblait au docteur Bailey dans Grey’s Anatomy, c’est un détail mais tout marque dans ce genre de situation. Tout le monde parlait thaïlandais, c’était compliqué. Au début, je les voyais « trifouiller » alors que je n’étais toujours pas sous anesthésie générale. J’ai alors crié en anglais : « Je ne dors pas, qu’est-ce que vous faites ? »
Et puis plus rien, le trou noir, une sensation dans le bras et j’étais endormie.
Le réveil a été difficile, j’étais seule dans le bloc opératoire. J’ai alors de nouveau crié et les médecins sont arrivés et m’ont emmenée à mon mari.
J’étais installée dans une immense pièce avec vingt autres femmes et leur mari ou leurs enfants qui dormaient par terre sur des tapis. Une était enceinte, c’était éprouvant pour moi de voir ce ventre rond que j’avais tant voulu.

Mon mari a réservé une chambre d’hôtel pour y installer les valises mais il a dormi comme tous les Thaïlandais qui accompagnaient leur femme au pied de nos lits. Je n’arrivais pas à dormir alors que mon corps en avait rudement besoin. J’avais acheté le dernier livre de Foenkinos, il me restait quelques chapitres, mon mari me l’a lu. Pour la première fois de sa vie, il me lisait une histoire pour que je me sente bien.
Ce n’était pas comme en France. Il y avait des sanitaires pour toutes les femmes et la famille devait aller chercher à manger dehors pour l’emmener aux patients de l’hôpital. Il faut dire que je n’avais pas faim. J’avais vraiment envie de mourir. Un voyage anodin s’était transformé en cauchemar.
Je n’avais alors qu’une intraveineuse, des Spasfons et du fer car j’avais perdu beaucoup de sang.
Le lendemain de l’opération j’ai pu quitter l’hôpital. Nous nous sommes installés dans l’hôtel qu’avait réservé mon mari. J’ai repris la cigarette et j’ai arrêté de manger. Alors que j’avais fait tous les efforts pour ce petit être, il était mort. Je culpabilisais, j’avais l’impression d’être responsable, de mériter ce drame. Quand je dormais ça allait mais dès que je me réveillais je prenais conscience que tout ça était réel. Nous avons alors écrit une lettre à notre « bébé », puis nous l’avons déposé à l’arrière de l’hôpital, on avait envie de lui dire tant de choses.
Nous sommes rentrés en France une semaine après. Durant le vol du retour je n’ai fait que pleurer, j’avais l’impression de le perdre une nouvelle fois, de l’abandonner. C’est peut-être bête mais vu les circonstances je voyais les choses comme ça. Après cette expérience, on a su mon mari et moi que si notre couple résistait à cela, il résisterait à tout.

En rentrant je ne pensais qu’à une seule chose : avoir de nouveau un bébé. J’avais peur de ne pas y arriver, ça devenait une obsession. Je faisais des tests de grossesse tous les jours.
Un jour j’ai eu l’impression de voir une légère bande rose mais j’ai jeté le test en pensant que ce n’était que dans ma tête. Un mois après ma fausse couche, je n’avais toujours pas eu de retour de couches, je me suis dit alors que la petite bande rose était peut-être réelle. J’ai fait de nouveau un test de grossesse : positif ! J’étais enceinte de mon petit Charlie.

Virginie

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