Témoignage de Tifanie

J’ai l’habitude d’obtenir rapidement ce que je souhaite…
Lorsqu’en 2008 nous décidons qu’il est temps de devenir parents, il ne faudra que quelques mois pour savoir que notre bébé est en route. Grossesse sans encombre ou presque (un petit problème de cordon bouché à cinq mois qui s’est vite résolu), accouchement chaotique mais normal, notre première fille naît en février 2009.
Dire que ce n’est que du bonheur serait fortement exagéré mais en tout cas, elle nous comble et c’est bien là l’essentiel.

Deux ans et demi après, il nous semble qu’il est temps de devenir quatre… Nous ne sommes pas pressés et sans doute un peu maso mais l’envie est bien là malgré les tracas habituels que rencontrent bien des parents. Nous n’avons toujours pas de nuit complète et notre Number One n’est pas des plus faciles… Elle mange peu, dort peu, elle est constamment malade et possède un caractère bien affirmé.
À la mi-octobre 2011, enceinte d’un bon mois déjà j’apprends ma grossesse par hasard, je pensais à un ulcère ! Très vite, je me réjouis et je me prépare à ce nouvel événement. Tout va pour le mieux, les deux premiers contrôles sont parfaits. J’ai la nette impression que ce sera à nouveau une demoiselle et j’en suis ravie.
Le 14 décembre, mon mari fête ses 30 ans, nous profitons de l’occasion pour annoncer cette nouvelle à tout le monde. J’avais déjà informé mon employeur en prévision des vacances d’été qui sont déjà compliquées à organiser au bureau, il m’a couverte lors des diners de l’entrepris, en buvant mes verres de vin pour que je n’ai pas à me justifier, c’est lui-même un papa poule.
Le 22 décembre, je ne me sens pas bien. Surmenag, préparation des fêtes, après-demain c’est Noël. Je me prépare tout de même à partir au travail mais je sais que quelque chose ne va pas. Je peux dire très exactement comment j’étais habillée, maquillée et coiffée ce jour-là… Arrivée au travail, je constate que je perds un peu de sang, j’appelle ma gynécologue qui me demande un passage aux urgences pour un contrôle et me dit de ne pas m’inquiéter. J’informe alors mes collègues de cette grossesse comme s’il fallait que je le dise avant qu’il ne soit trop tard… Je crois qu’au fond de moi je savais déjà…
L’attente est longue, le contrôle douloureux… Le cœur s’est arrêté il doit y avoir deux semaines, le diagnostique est formel, sans appel et après-demain c’est Noël.
En attendant, il faut prévoir un curetage, j’ai de la fièvre ce n’est pas très bon signe. S’en suivent beaucoup de coups de téléphone… Informer mon mari, ma maman qui devra s’occuper de Number One et retourner au travail, boucler mes dossiers.
Après-demain c’est Noël. On me dit de rentrer chez moi… On me dit qu’on est là… Mon mari est un peu sous le choc. Nous partons dîner tous les deux. On parle peu… On en parlera d’ailleurs presque plus… Jamais.  Le soir, seule, j’allume une bougie et décide que c’est la vie…
Après-demain c’est Noël… Le lendemain, je suis admise à l’hôpital mais je sais que cette nuit, mon bébé est parti… Comme ça… Sans adieux autre qu’une chasse d’eau tirée. Un nouveau contrôle dans la douleur la plus affreuse le confirmera et on me laisse rentrer à la maison avec des médicaments anti-douleur et d’autres pour évacuer ce qui reste de ce bonheur en devenir déjà oublié.
Demain c’est Noël… Je range mes habits de grossesse déjà achetés… Je finis d’emballer mes cadeaux et passe à autre chose, parce que c’est la vie… Et puis que… demain c’est Noël.
J’ai souffert, beaucoup… Rnormément… Je n’ai pas parlé, parce que je suis de ces filles très fières qui taisent la douleur morale de peur de paraître faiblardes et géniardes… Mais merde, ce bébé c’était le mien, je l’aimais déjà…

Quelques mois plus tard, je suis à nouveau enceinte… Demain ce n’est pas Noël mais on part chez Mickey… Je décide de ne pas m’inquiéter… Tout ira bien cette fois. Si mes calculs sont bons, j’en suis à trois semaines. Je prends rendez-vous pour la semaine d’après. Au contrôle cependant, quelque chose ne va pas… Il est peut-être un peu tôt, elle ne sait pas. On décide d’attendre dix jours et on verra. Le week-end suivant, alors que je ramène ma nièce chez ses parents, je me sens mal et constate que je perds du sang.
Je sais que le cauchemard recommence… On me le confirme quelques heures après… Rebelote… Prévision de curetage, rebelote, adieux dans la nuit… Rebelotte : « Rentrez chez vous, deux comprimés. » « Au revoir, à bientôt Madame, ça ira vous verrez. »
Et ça a été… Je n’ai même pas pleuré… J’ai tu encore une fois cette douleur, moins forte et plus habituelle déjà que la fois d’avant. Mon mari, lui, n’a pas compris… Cette fois, pas un mot : « C’est la vie ma chérie. »
À la suite de cela, je me dis qu’on va s’arrêter là. Je reprends une contraception… On verra plus tard, là, j’en ai marre… Février de l’année suivante, terrassée par la grippe, je suis à la pharmacie pour acquérir des fébrifuges et des vitamines C. Au fait, on a mal au sein quand on a la grippe ? Par acquis de conscience j’achète un test de grossesse. Positif…
J’en perds mes moyens et même mes mots. Je téléphone à ma gynécologue avant même d’avertir mon mari. Le lendemain, je suis reçue et on met en place un protocole de traitement pour tenter de faire tenir ce bébé. La doctoresse a étudié mon dossier en long en large et en travers… Cette histoire de cordon bouché : peut-être la clef…
Cette grossesse sera suivie chaque semaine pendant quatre mois, elle est difficile, fatiguante, nauséeuse mais les traitements font leurs effets.
Le 14 octobre 2013, Ninon arrive comme un boulet de canon… J’accouche debout, habillée, maquillée en vingt-quatre minutes très précisément. Elle est belle comme un soleil, elle me réconcilie avec la vie… La suite est moins drôle… Beaucoup moins… Mais c’est un autre sujet. Le reste, on en parlera plus jamais… Mais moi je sais.

Tifanie
https://attachiantesblog.wordpress.com/