Témoignage de Sophie

Il y a un an, je tombais enceinte de toi. Je ne l’apprenais que quelques jours plus tard, le 23 juin, même si j’avais déjà senti que quelque chose se passait en moi.
Cette nouvelle fut une grande joie pour ton papa et moi. On l’attendait avec impatience, mais c’est tout de même arrivé vite, quatre mois, jour pour jour, après ma fausse couche.

Le 24 décembre 2015, ce jour que je ne pourrai pas oublier.

Cela fait trois mois que j’ai arrêté la pilule mais on s’était dit qu’on s’y mettrait « sérieusement » à partir de janvier, plus facile par rapport à notre travail très prenant en décembre et comme ça mon corps aura bien eu le temps d’éliminer la pilule que je prenais depuis dix ans. Alors on a fait attention, on s’est protégés, pas à chaque fois mais surtout quand je pensais être dans ma période d’ovulation. Mes règles auraient dû arriver vers le 22 décembre, mais sans certitude car mes cycles ne sont pas très réguliers depuis l’arrêt de la pilule. Alors ce matin du 24 décembre, je me dis que je vais faire un test, comme cela, je pars l’esprit tranquille pour les fêtes de Noël et puis ça déclenchera peut-être mes règles comme ça avait été le cas le mois dernier (règles arrivées trente minutes après avoir fait un test).

Et là, énorme surprise, le plus beau des cadeaux de Noël, le test est positif. Je n’y crois pas vraiment. Je convoque ton papa dans la salle de bains, alors que mes parents sont chez nous et que je veux qu’il soit le premier au courant. Je ne sais pas vraiment comment il va réagir, ce n’est pas tout à fait ce qu’on avait prévu. En lui annonçant, je me mets à pleurer et lui, me dit qu’il est très heureux. En sortant de la salle de bains, je tombe nez à nez avec ma maman, qui voit mes yeux rougis et comprend en un quart de seconde ce qu’il se passe. Dans la foulée, mon frère, mon père, présents, sont mis au courant. On décide alors de l’annoncer à ma sœur le soir même sous forme de cadeau de Noël. Il en sera de même pour les parents de ton papa que l’on verra le lendemain midi.

À chaque annonce que nous faisons, je précise toujours que rien n’est sûr, j’ai depuis fait deux autres tests, eux aussi positifs, mais pas de prise de sang. Je ne veux toujours pas vraiment y croire. Une fois les Fêtes de Noël passées, je vais voir ma gynécologue qui me prescrit une prise de sang et un bilan complet et le lendemain, nous avons bien la confirmation de la grossesse et que tout va bien pour l’instant.
Arrive le Nouvel An avec nos meilleurs amis, nous ne souhaitons pas manquer cette occasion pour leur annoncer, d’autant plus que je ne sais pas comment cacher le fait que je ne vais pas pouvoir boire !

Deux semaines plus tard, nous faisons une échographie, d’après mes calculs, la grossesse daterait à peu près du 6 décembre. Mais d’après la taille du petit embryon que l’on voit, la gynécologue estime la grossesse au 16 décembre. Une dizaine de jours d’écart qui ne l’inquiètent pas plus que ça, mes cycles n’étant pas réguliers, j’ai bien pu ovuler assez tard. Mais de mon côté, pendant les jours qui ont suivi, je me suis mise à me poser des questions. Pourquoi le test a été positif, seulement huit jours après la grossesse ? Pourquoi la prise de sang indiquait un taux correspondant plutôt à trois semaines de grossesse, alors que je n’en étais qu’à douze jours ?

Et puis, alors que j’avais commencé à sentir des nausées, que j’étais fatiguée, presque du jour au lendemain les symptômes se sont estompés. Pour les nausées, on m’avait conseillé un médicament, alors je mettais ça sur le compte de son efficacité. Mais au fond de moi, je sentais que quelque chose n’allait pas. Je ressassais ces histoires de dates et puis je n’arrivais toujours pas à y croire vraiment.

J’attendais avec impatience mais aussi appréhension, notre prochain rendez-vous, le 4 février. Le rendez-vous était prévu à 12 h 30 et dans la matinée, je fais une petite crise d’angoisse. Je ne veux pas aller ce rendez-vous, j’ai peur, je suis trop inquiète. Toutes les angoisses accumulées depuis le dernier rendez-vous surgissent à l’approche de cette nouvelle échéance. Ton papa me rassure comme il peut et essaie de me raisonner, tout va bien aller.
La suite, elle, est toujours aussi dure à raconter. Alors que l’on a prévenu la gynécologue que j’étais angoissée, qu’elle nous explique qu’elle aussi pour sa dernière grossesse, elle avait été plus angoissée que d’habitude, le verdict tombe. Ce petit bébé, qui n’est encore qu’un embryon, n’a quasiment pas grossi depuis le 14 janvier. « En effet » me dit alors la gynécologue comme pour me dire que mes angoisses étaient justifiées. Je ne sais pas si on peut parler d’instinct maternel dans ce cas mais je peux dire que je le sentais, je m’y attendais presque. À l’inverse de ton papa, qui a tellement voulu me rassurer, qu’il n’avait pas imaginé une seule seconde cette hypothèse. Je crois que le choc est plus violent pour lui sur le moment.
La gynécologue nous explique le déroulement pour la suite : prise de médicaments sous sept jours si pas « d’évacuation naturelle ». Elle me dit que je peux pleurer si je veux. Mais là, je suis sonnée, tout s’est écroulé en quelques secondes et on se demande ce que l’on a fait pour mériter ça. On sort du cabinet et là je pleure dans ses bras. Je m’excuse, j’ai l’impression que c’est de ma faute. J’appelle ma maman, qui à nouveau en un quart de seconde comprend ce qu’il se passe. Nous sommes en pleurs toutes les deux.

Puis s’ensuit les annonces à nos proches, le minimum syndical mais pour éviter qu’on nous demande des nouvelles. C’est là qu’on me dira qu’on l’a peut-être dit trop tôt. Mais ça, c’est bien quelque chose que je n’aurais pas fait autrement. Les Fêtes de fin d’année étaient une trop belle occasion pour annoncer cette nouvelle. Et si nous ne l’avions pas dit à nos proches, comment aurions-nous pu expliquer ensuite cette mauvaise nouvelle, cette tristesse qui s’en est suivie ? Nous ne l’avions pas dit à « tout le monde », mais aux gens les plus importants pour nous, ceux que nous voulions avoir à nos côtés dans les moments heureux comme dans les moments difficiles, et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas.

Le 8 février, comme rien ne s’est passé pendant quatre jours, je prends le fameux médicament. Jusqu’au lendemain après-midi, je ressens ce qui ressemble à des contractions (ou au moins à des très grosses douleurs de règles) qui m’obligent à rester couchée presque tout le temps.

C’est le 9 février, dans l’après-midi, que tout s’arrête. J’ai fait une fausse couche.

On me dit que d’ici quelques mois j’aurais oublié cette mésaventure, cela me semble totalement impossible. On me dit que ça arrive souvent, mais cela ne change rien à la souffrance, ça atténue peut-être juste la culpabilité. On me dit que c’est à cause de la pilule, que c’est à cause de mon rythme effréné de travail au mois de décembre, mais ce n’est pas ça que je veux entendre. Je m’en fiche de savoir pourquoi ça s’est passé. Je voudrais juste que ça ne se soit pas passé. Revenir en arrière, que ce 24 décembre le test soit négatif pour ne pas avoir à vivre ça. Mais ça n’est pas possible.
Et au fil des semaines on reprend pied, on reprend espoir en l’avenir et on se dit que c’est le destin. Que tout ça n’a pas servi à rien. Que ce début de grossesse a fait prendre conscience à ton papa qu’il était vraiment prêt à être père. Que dans la vie, rien n’est jamais gagné. Et que de réussir à avoir un enfant est un chemin semé d’embûches.

Mon retour de couches arrive au bout d’un mois et demi. On nous dit que c’est trop tôt mais moi je souhaite retomber enceinte très vite, pour pouvoir tourner cette page. Le premier cycle s’éternise. Quarante jours sans règles, je fais un test qui est négatif. C’est au 48ème jour du cycle que mes règles arrivent. Avec à la clé, une immense déception.

Quelques jours plus tard, j’ai un rendez-vous avec une amie de ma maman, qui est kinésiologue. Je découvre cette discipline et je ressors de cette séance plus détendue et prête à attendre le temps qu’il faudra pour retomber enceinte. Il faut laisser le temps, à mon corps et à ma tête d’être prêts. Puis je vois ma gynécologue, pour parler de ce cycle précédent, très long, et vérifier que tout va bien. Elle m’annonce que tout fonctionne bien et que je devrais justement ovuler dans les prochains jours. Certes, je suis prête à être patiente, mais on ne va pas louper cette occasion !

Nous sommes le 2 juin et 48H plus tard, je tombe enceinte de toi mon bébé. Le 4 juin 2016, quatre mois pile après avoir appris ma fausse couche, le 4 février 2016.
Je n’oublierai jamais cette première grossesse. Aussi brève fût-elle. La seconde, la tienne, a été source d’angoisses forcément. Mais j’ai pu savourer cette chance de te voir grandir à l’intérieur de moi, de te sentir bouger et de te porter pendant neuf mois.
Non, je n’oublierai pas ce rendez-vous manqué, tout comme je n’oublierai pas notre rendez-vous à nous, le 27 février 2017. Pour que février redevienne un mois joyeux et pour écrire un nouveau chapitre à notre histoire.

Sophie

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