Témoignage de Solenn

L’envie de devenir parents, nous est venue il y a trois ans. Nous étions confiants, enthousiastes et détendus. Et après un essai, je suis tombée enceinte, BIM !

Je l’annonce à l’amoureux ultra surpris qui fond en larmes. Notre bonheur est immense. Quinze jours après, un dimanche matin, je perds du sang. Je suis abasourdie, je fais une fausse couche et je ne m’y étais pas du tout, mais alors pas du tout, préparée. L’amoureux non plus, nous sommes infiniment tristes. Nous nous rendons aux urgences obstétriques, dans le service Mère/Enfant. (Quel cynisme quand même ce nom de service pour une femme qui n’est pas mère et plus une enfant ! )
Et là, c’est comme si après avoir arraché mon cœur, on venait le piétiner doucement.

Nous sommes le 14 février, nous attendons, entourés de femmes très enceintes, elles, et je les déteste un peu… Mais pas longtemps parce que je suis dans un service d’urgence et je réalise assez rapidement que ce qu’elles sont entrain de traverser doit être autrement plus angoissant.
C’est mon tour, on m’examine et on me dit de revenir dans 48H pour confirmer ma fausse couche. (Ça aussi c’est un peu cynique, vue mon taux de béta hCG (hormone sécrétée uniquement chez la femme enceinte), nous n’avions absolument aucun espoir.)
Mais bon, nous confirmons donc la fausse couche 48H plus tard, le médecin de garde nous recommande d’attendre trois mois pour recommencer nos essais, c’est mieux nous dit-il pour mon corps et nos petits cœurs meurtris.

C’est comme un rebondissement dans un film romantique qui vient faire tout capoter, faire disparaître en une seconde l’insouciance des héros. Comme une claque dans le réel.
J’ose en parler à une copine, puis deux, puis trois, et toutes les trois ont déjà connu une fausse couche. Je me dis que j’ai été un peu naïve de ne pas m’y être préparée, je me dis que ça fait du bien d’en parler, de ne pas être la seule.
L’amoureux et moi, nous obéissons. Trois mois plus tard, on recommence. Les mois passent et se ressemblent… et RIEN.

Enfin rien, façon de parler. Deux fois de suite, j’ai un signe « sympathique » de grossesse, plutôt envahissant d’ailleurs, j’avais les seins HYPER douloureux, mais vraiment comme jamais. Mais bon RIEN, il ne se passe rien d’autre. Alors nous laissons un peu tomber parce que la vie doit continuer, nous déménageons, l’amoureux change de poste et puis c’est lassant tous ces mois qui se suivent et se ressemblent.
Quelques semaines après notre déménagement, je suis de nouveau enceinte, et là, dx jours après, rebelote…
Euh… Quoi ? Pardon ? Vous êtes sérieux ? On peut rembobiner ?!

À Paris, les gynécologues considèrent qu’à partir de trois fausses couches consécutives nous pouvons parler de fausses couches à répétition. Dans ce cas, ils commencent des investigations pour en comprendre la raison.
Nous ne sommes plus à Paris mais en Provence. Je prends rendez-vous avec le gynécologue le plus réputé pour le suivi des grossesses médicalement assistées et comme nous sommes en province, ils sont sympas, ils ne vont pas nous faire attendre une troisième fausse couche pour lancer des analyses.
OH MERCI !!! VRAIMENT MERCI ! Entre impatience et appréhension, nous attendons donc notre premier rendez-vous.
Je dis à l’amoureux qu’on va quand même réessayer tout de suite et pas attendre trois mois cette fois-ci ! Que pour beaucoup de copines ça a marché tout de suite après une fausse couche.
Et hop ! Ça y est, c’était parti pour un marathon de sexe. Nous étions littéralement épuisés.
Au même moment, le meilleur pote de l’amoureux nous apprend qu’il va devenir papa et je dois bien l’avouer… J’étais VERTE. L’amoureux m’a trouvée absolument horrible d’avoir réagi comme ça mais je ne pouvais pas faire autrement et c’est là que j’ai compris que lui et moi nous n’endurions pas la même chose exactement.
Moi, tous les mois, j’attends, je guette, j’ai peur et mon corps devient mon pire ennemi. Il me fait y croire, puis la seconde d’après me vole mes espoirs.

Notre rendez-vous avec le gynécologue approche. C’est le week-end, il fait beau, comme souvent ici. L’amoureux a dans l’idée de nous offrir une après-midi au bord d’une piscine privée dans le Vaucluse pour se faire du bien, se DÉTENDRE, siroter un cocktail au soleil, piquer une tête.
Et quoi ? quoi ? Je n’y crois pas, je suis de nouveau enceinte. Mon rendez-vous tombe le jour de mon anniversaire, je suis triste et fébrile. Nous n’osons plus y croire… Terrorisés. Je ne bois pas d’alcool (normal me direz-vous) ni d’eau, pour aller le moins possible aux toilettes… J’ai trop peur de voir du sang dans ma petite culotte.
Lors du rendez-vous, le gynécologue me dit qu’il faut serrer les fesses et couver comme une poule à la maison, il me dit que je dois éviter d’avoir des orgasmes pour ne pas trop contracter mon utérus et que nous pouvons continuer notre vie sexuelle mais en mode « à la papa ».
(L’amoureux et moi, nous n’avons toujours pas compris ce que voulait dire « à la papa » ? La position du missionnaire peut-être bien…)

Il me prescrit de l’aspirine et de l’Utrogestan et nous explique que mes fausses couches sont très précoces (elles surviennent avant 12 semaines d’aménorrhée) et que dans 90% des cas, la raison est chromosomique. Par sécurité, l’Utrogestan va venir booster ma progestérone. Il faut attendre, couver et croiser les doigts.

C’est après la première échographie que nous avons pu enfin réaliser que ça avait vraiment marché cette fois. Que nous ne rêvions pas. J’entends encore son petit cœur battre la chamade. Ces trois mois ont été interminables, la peur vissée au ventre. Je me souviens, que quand je n’arrivais pas à réprimer un sourire, il était immédiatement suivi d’une larme. Et puis l’amoureux m’a dit quelque chose :  «  Si nous perdons ce bébé, nous serons tous les deux malheureux, comme les pierres. Alors faisons-nous du bien dès maintenant, savourons chaque moment, au présent. » (L’escargot* avait ouvert son cœur pour soigner le mien.)

 Maintenant que je suis maman, je me dis qu’il est vraiment important de ne pas laisser ce sujet sous silence. Parce qu’il ne faut pas en avoir honte, une femme sur quatre connaîtra une ou plusieurs fausses couches dans sa vie et entre 2 à 5% d’entre elles en feront plusieurs à la suite. Que pour fabriquer une vie, il ne faut pas simplement une femme et un homme. Et surtout qu’il ne faut pas attendre après une fausse couche (sauf si émotionnellement vous ne vous sentez pas capable de réessayer tout de suite ou que votre gynécologue a dû faire une intervention qui nécessite que votre corps se repose). Parce que l’attente créée de l’angoisse et dramatise encore plus la situation. 
Que c’est normal de jalouser les femmes enceintes, de psychoter et d’être complètement obsédée. D’autant que passé 30 ans, l’entourage (pour moi, il s’agissait de mon entourage professionnel), n’attend que ça et vous demande à tout bout de champs si c’est en projet.(Non mais ALLO ? Je vous demande moi si votre utérus est habité ? Si votre prostate se porte bien ?)
Et surtout ne vous culpabilisez pas et parlez-en autour de vous, à votre gynécologue, votre maman, vos grands-mères, vos amies, parce que ne l’oublions pas, les fausses couches sont naturelles et fréquentes. Il faut savoir que lors d’un rapport pendant la période d’ovulation, il y a très souvent fécondation mais nous ne le savons pas, parce que ça ne tient pas et l’œuf s’en va, dans nos règles. Ensuite les tests de grossesse « à détection précoce » ont considérablement augmenté le nombre de fausses couches connues, forcément. Et surtout nom d’une pipe en bois, en parler fait du bien. J’ai une amie maman qui a connu comme moi, deux fausses couches d’affilées, le savoir m’a donné de l’espoir. Je n’étais pas la seule à qui c’était arrivé. Je ne suis pas la seule à qui c’est arrivé.

 *Escargot : Petit nom affectueux pour décrire la psychologie parfois un peu au ras des pâquerettes de l’amoureux. 

Solenn

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