Témoignage de Noémie

C’est très souvent assise sur une chaise de la cuisine à observer la brise du matin, le ciel encore grisâtre et les gouttelettes qui coulent le long de la fenêtre que je pense à cet enfant. Mon fils dort encore dans son lit et mes pensées s’évadent. La buée s’échappe de mon thé noir bien trop chaud encore une fois. Je ne l’oublie pas. Je pensais qu’il y avait des degrés de tristesse, de solitude et de morosité à la perte d’un enfant, mais il n’en est rien. La peine reste la même, pure, intacte et puissante. Cet enfant qui aurait dû naître début juin 2016 est en chacune de mes pensées, mes doutes et mes projets.

Nous ne cherchions pas à avoir d’enfant avec mon conjoint. Bien que nous en ayons déjà longtemps parlé auparavant puisque nous savions que les essais bébés allaient rythmer l’année 2016. Cela fait bientôt sept ans que nous sommes ensemble, et nous avions une seule certitude : celle d’en avoir jeunes. Je n’aurais jamais pensé que cette fausse couche allait atteindre autant mon couple. Assise au bord de la baignoire, je me réfugie dans ma solitude, avec ce chagrin que cette perte m’a faite. Ce petit soleil a existé au creux de moi. Et parfois je me demande à qui il ou elle aurait ressemblé, quel aurait été son doux caractère. Et puis ce court instant s’efface, comme si mon esprit revenait immédiatement à la réalité.

Et je pense qu’on ne peut pas réellement se détacher de cette culpabilité, aussi profonde qu’elle puisse être. Parce que j’étais censée protéger ce petit être non !? Et même si les gens nous répètent sans cesse que c’est « quelque chose qui arrive très souvent », et bien non. Nous n’avons pas tellement envie d’accepter que cela puisse nous arriver. J’avais tous les symptômes qui annonçait une grossesse et puis tout s’est emballé, j’avais mal au ventre. Trop mal au ventre au gout de Monsieur. Et cela depuis plusieurs semaines, la douleur allait crescendo. Après avoir vu un médecin et un gynécologue, après avoir fait une prise de sang avec un taux assez élevé de béta hCG mais qui était anormal au vu de l’avancée de la grossesse, après avoir écarté la question de la grossesse extra utérine et de ses multiples examens et échographies, les spécialistes ont été formels : j’avais perdu cet enfant. Les prises de sang qui suivront valideront les dires des différents médecins.

C’est dans ce tendre malheur que nous avons pris la décision d’avoir un bébé dans la foulée. De ne pas attendre la nouvelle année comme nous en avions parlé. Non pas pour soulager notre peine ni même pour remplacer cet enfant. Mais nous étions prêts. C’est alors que quatre mois plus tard mon petit garçon venait se nicher au creux de moi. Il est ma force de tous les jours et même si durant ces neuf mois d’aventure on nous a demandé sans cesse s’il s’agissait de ma première grossesse. Je me devais de répondre que non, c’était la seconde, mais que c’était la première qui arrivait à terme.
Et au mois de juin 2016, nous nous sommes évadés le temps de quelques jours avec mon amoureux et le petit panda dans mon ventre. Nous avons loué un petit appartement et avions même embarqués le chat, pour son plus grand bonheur. Nous avons passé cinq jours entre le port de la Rochelle et l’île de Ré. Ça nous a fait un bien fou. Nous avons pu nous ressourcer et penser à notre enfant qui allait arriver, quatre mois plus tard.
C’est un deuil, comme la page d’un très gros livre que l’on doit tourner… Mon fils aurait pu être le petit frère de quelqu’un et mon coeur de maman aimera toujours cet enfant pour lequel j’ai perdu la bataille.

Mais aujourd’hui si mes maux ont trouvé leurs mots c’est parce que la vie doit être mangée à pleine dent, il faut continuer de la voir du bon côté, je suis la plus heureuse des mamans depuis octobre 2016. Et je sais que je ne suis pas à l’abri que cela m’arrive de nouveau mais aujourd’hui malgré la culpabilité, je suis guérie de cette blessure grâce à mon fils. Une douce étoile brille dans le ciel, c’est la notre. Si mes maux ont trouvé le réconfort dont ils avaient besoin alors vous aussi vous arriverez à affronter la tempête. Face à ces épreuves il ne faut pas se taire. Et puis finalement la vie continue, elle a juste un autre goût. Ces épreuves t’apprennent à en savourer chaque seconde un peu plus qu’avant.

Noémie
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