Témoignage de Mélissa

À travers ce témoignage, j’aimerais que toutes celles qui ont fait des fausses couches puissent en parler sans tabou.

Après avoir eu ma fille en mars 2014 (grossesse et accouchement qui se sont bien passés si on oublie les vomissements), nous avons décidé, mon compagnon et moi, de réitérer l’expérience en 2016.
Pilule arrêtée en février 2016, je suis tombée enceinte en avril 2016. Très contents, nous avons partagé cette nouvelle avec nos proches très rapidement (avant l’écho du 1er trimestre). Les vomissements étaient de retour (génial !!), rien ne laissait paraître ce qu’il allait arriver. Ce 7 juillet 2016, nous nous préparions à aller passer cette fameuse première échographie. On voulait y emmener notre fille (deux ans et demi, très mature et qui aurait bien compris la grossesse). Au dernier moment, j’ai préféré laisser ma fille à ma mère (c’était également l’heure de la sieste pour elle).

Arrivés à la maternité (pas celle que j’avais choisie pour accoucher, rendez-vous plus rapide dans celle-là), nous avons été pris en charge par un gynécologue que je n’avais jamais vu. Il procède à l’échographie pelvienne sans vraiment nous parler. Au moment d’écouter le cœur de bébé, rien… Pas un bruit… Il ne bougeait pas… J’avais compris…
Le gynécologue éteint l’appareil et nous dit que le cœur ne bat pas. J’étais à 12SA mais il avait la taille d’un embryon de 9SA. Il nous a dit que parfois la nature fait bien les choses. Il devait surement y avoir une malformation chromosomique qui l’a empêché de se développer. J’ai commencé à pleurer. Chéri-chéri est resté stoïque.
J’ai donc demandé ce qu’il fallait faire. Le gynécologue m’a demandé quand je voyais ma sage-femme pour mon suivi de grossesse. Ce rendez-vous allait avoir lieu le lundi 11 juillet, soit quatre jours après.
Il m’a juste répondu : « Ah bah vous verrez avec elle alors. » Perdus, furieux, en pleurs, nous sommes rentrés chez ma mère afin de récupérer notre fille.

Le temps d’avaler la nouvelle et de mettre nos proches au courant (par messages, impossible de leur parler de vive voix), la journée est passée.

Le lendemain, le vendredi matin, je me suis dit que je ne pouvais pas attendre jusqu’à lundi avec « ça » en moi. J’ai donc appelé les urgences gynécologiques de l’hôpital où je comptais accoucher. La sage-femme que j’ai eue au téléphone m’a demandé de venir rapidement pour l’ « extraire » et qu’il ne fallait pas le garder jusqu’à lundi, question médicale et psychologique.
Connaissant bien Chéri-chéri, je savais que ça aurait été douloureux de m’accompagner autant pour lui que pour moi. J’ai donc appelé une de mes meilleures amies (qui était au courant de la situation) pour m’accompagner. Elle a accepté.
Aux urgences gynécologiques, je peux remercier le personnel pour leur douceur, leur prise en charge et leur compassion. Échographie refaite (sans que je vois l’écran) pour voir s’il fallait prendre les cachets ou faire un curetage. Verdict : les cachets.

Je suis passée à la pharmacie en rentrant chez moi et j’ai commencé les cachets pour évacuer l’embryon. Le plus douloureux : les contractions, les saignements abondants, c’était le samedi. Ma mère a eu la bienveillance de garder ma fille ce jour-là, chez moi, pour ne pas me laisser seule.
Le dimanche, beaucoup moins de saignements et plus aucune douleur. J’ai donc rappelé les urgences gynécologiques pour leur dire que je pensais avoir évacué l’embryon. Ils m’ont dit d’y retourner pour refaire une échographie. Echographie repassée, embryon évacué, douleurs passées mais vomissements et nausées encore là. La sage-femme m’a dit que ça allait durer deux/trois jours encore.

Le lundi, je n’avais pas annulé le rendez-vous avec ma sage-femme afin de lui parler de ma fausse couche. Elle m’a dit que ce n’était pas vraiment une fausse couche. Une fausse couche, c’est lorsque l’embryon se décroche et on le perd. Là, il s’agissait d’une interruption spontanée de grossesse.
Puis les jours passent, on se fait une raison, on se dit que le gynécologue avait peut-être raison, la nature fait bien les choses, on n’oublie pas mais on doit être forte, surtout pour la fille qu’on a déjà. Et puis, on se dit qu’on a déjà un enfant et que même si on n’arrive pas à en avoir un deuxième, on a déjà Théa. C’est elle qui m’a permis de vite remonter la pente. Elle a été ma source de courage, mon envie de refaire surface rapidement, ma raison de sourire au quotidien, mon tout.

Je n’ai pas repris de contraceptif après ma fausse couche.
Je suis tombé enceinte en janvier 2017. Entre juillet 2016 et janvier 2017, le temps m’a semblé tellement long…
Cette fois-ci, seuls nos parents ont été mis au courant. Nous avons attendu l’écho du premier trimestre pour l’annoncer autour de nous.

À cause de ma fausse couche, j’ai plutôt mal vécu ce début de grossesse. Tant que je ne sentais pas le bébé bouger, j’étais sceptique quant au bon déroulement de ce début de grossesse.
Grossesse qui s’est bien passée. Notre deuxième fille (oui encore une fille et non il n’y aura pas de troisième pour tenter le garçon) se porte à merveille, notre Emmy.

Je parle ouvertement de ma fausse couche, il ne faut pas la cacher, il faut en parler, ça peut aider certaines femmes qui le vivent très mal. En en parlant autour de moi, j’ai découvert que deux amies en avaient faites aussi et j’ai aidé une autre amie a en parlé et à extérioriser sa peine. Ma fille, Chéri-chéri, ma mère, ma belle-sœur, mes meilleures amies, ont été mon soutien. Voilà pourquoi il faut mettre des mots sur une épreuve malheureusement très difficile à vivre, voilà pourquoi il faut en parler.

Mélissa
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