Témoignage de Marion

Je m’appelle Marion, j’ai 31 ans, je suis mariée depuis maintenant six ans et l’heureuse maman d’une petite Lila de trois ans. Je suis infirmière puéricultrice depuis maintenant dix ans et je travaille dans un service de réanimation néonatale depuis sept ans. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours su que je travaillerai avec des enfants et j’aime un peu plus mon métier chaque jour. Chaque bébé dont je m’occupe, chaque parent me fait grandir un peu plus chaque seconde et me dit que j’ai trouvé ma voie.

Il y a maintenant cinq ans, nous avons décidé avec mon mari de fonder une famille après avoir profité de notre début de vie de couple pour voyager. Le début d’un long parcours qui n’est toujours pas fini aujourd’hui.
J’ai d’abord fait une première fausse couche en septembre 2013 à neuf semaines d’aménorrhées pour laquelle j’ai eu droit à un premier curetage au bloc opératoire. Puis un mois plus tard, à un second cette fois-ci à vif, seule dans le cabinet de ma gynécologue de ville comme il restait le sac gestationnel à l’échographie de contrôle. Et des premiers mots difficiles à entendre et à accepter :  « Une grossesse c’est comme lorsqu’on plante des graines, une prend et les quatre autres meurent. »
Quatre mois plus tard, au mois de janvier 2014, nouvelle fausse couche cette fois-ci plus précoce du coup pas de passage au bloc opératoire, mais un immense sentiment de culpabilité, d’être responsable de ne pas pouvoir porter un enfant et une première descente aux enfers pendant laquelle on se sent vide, on ne veut plus voir personne malgré tous les messages bienveillants reçus, on ne mange plus et on se pose beaucoup de questions par rapport à l’avenir.
Ma gynécologue de ville décide alors de m’envoyer consulter un gynécologue à l’hôpital et j’ai l’immense chance d’avoir un rendez-vous le jour même. Comme je lui ai écrit un peu plus tard, je rencontre vraiment un médecin extraordinaire qui rayonne à la fois par sa gentillesse, sa disponibilité, sa grande qualité d’écoute et surtout son humanité. Il m’explique que malheureusement des analyses ne sont faites qu’à partir de trois fausses couches… Sur le moment, j’ai l’impression de repartir au « casse pipe »  pour avoir droit à des examens mais avec un espoir quand même celui d’avoir un traitement lors  d’une troisième grossesse. En effet, il me prescrit de la progestérone à prendre dès que j’apprendrai que je suis de nouveau enceinte.
Au mois d’avril qui suit, nouveau test de grossesse positif et c’est début de deux mois de panique malgré le traitement. On ne veut pas y croire et se réjouir trop vite et en effet dès cinq semaines d’aménorrhées comme pour les précédentes grossesse, apparition de saignements… Le sol s’écroule et mon gynécologue à l’hôpital me voit trois jours plus tard sur son week-end de garde pour faire le point. Et là, à l’échographie que je ne peux plus regarder suite aux précédentes que j’ai eues, le cœur bat et l’embryon paraît bien accroché. Un peu de repos et poursuite de la progestérone pendant deux mois qui me donne des vertiges sans arrêt, jusqu’au 3 juin 2014, où l’échographie des douze semaines d’aménorrhée confirme que nous allons bien devenir parents. Pas d’effusion de joie tout de même, sur le coup on reste prudent. S’en suit une grossesse de rêve, je travaille jusqu’au dernier jour, et le 10 décembre 2014, naît notre jolie Lila, un petit bébé en pleine forme…

Lors de l’été 2016, ayant toujours voulu des enfants rapprochés et installés dans notre nouvelle maison, nous décidons d’agrandir la famille…
Fin septembre, je ressens une pesanteur en bas du ventre, je me dis  que peut-être, je suis de nouveau enceinte… Je fais un test de grossesse, le jour où mes règles devaient arriver mais le test se révèle négatif… Mes règles arrivent deux jours plus tard cependant la pesanteur persiste. Travaillant de nuit  à ce moment-là, je me résous à me dire que ça doit être une infection urinaire. Malheureusement, une semaine après la fin de mes règles, de nouveaux saignements un soir. De nature pas trop stressée habituellement, je sens que quelque chose ne va pas et je m’inquiète pour de bon.
Le secrétariat de l’hôpital ne pouvant pas me donner de rendez-vous, il m’envoie consulter aux urgences gynécologiques. J’hésite à y aller par peur de déranger encore et pour ne pas les embêter (mais ma meilleure amie ne me laisse pas le choix!). Chose que je me dis encore plus quand à l’accueil, une soignante me dit c’est : « juste un dérèglement hormonal. » Toujours ces mots difficiles à entendre. L’interne de garde m’examine et me prescrit une prise de sang des bêta hCG sanguines malgré le fait que je lui dise que mon test urinaire était négatif une semaine auparavant et que j’ai bien eu mes règles. Et heureusement ! Il m’annonce à la fin de journée que les bêta hCG sont positives, que je suis donc enceinte et peut-être en train de faire une nouvelle fausse couche. Je repars de l’hôpital complètement sonnée.
Deux jours plus tard, il me convoque de nouveau pour une échographie et une nouvelle prise de sang et les saignements persistent toujours. Les bêta HCG continuent d’augmenter mais ne doublent pas comme pour une grossesse normale, il m’explique qu’ils craignent que ce soit une grossesse extra-utérine mais rien n’est certain car rien de visible à l’échographie. Le samedi, nouvelle prise de sang, les bêta hCG n’ont toujours pas doublé mais aucune échographie de contrôle.
Le lundi suivant, je demande à mon mari d’appeler directement mon gynécologue, je veux que ça s’arrête et qu’une décision soit prise. Les saignements persistent toujours et je ne vois pas comment une grossesse peut se dérouler normalement.
Cette journée-là, le jour pile de mes trente ans, j’apprends que je fais une grossesse extra-utérine du côté droit (j’ai fait une péritonite appendiculaire à l’âge de deux ans et demi pouvant l’expliquer) et je reçois une première injection intra musculaire de méthotrexate, avec la consigne formelle de revenir si une douleur abdominale survient brutalement ou si je ne me sens pas bien.
S’en suivent plusieurs échographies et prises de sang dans la semaine et ces fameuses bêta hCG qui continuent de monter malgré tout et du sang dans le péritoine lors des échographies. Sept jours après la première injection de méthotrexate, nouvelle injection. Et intervention chirurgicale évitée de justesse. Deux mois de prises de sang hebdomadaires jusqu’à que le taux devienne négatif. Et cette fois-ci, l’impression d’avoir littéralement tué l’embryon qui se développait en moi,  mais pas au bon endroit alors que jusque là, j’avais lutté pour qu’ils restent accrochés.

Marion

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