Témoignage de Marine

Je voulais évoquer le sujet de la fausse couche parce qu’avant la grossesse de mon fils, j’ai eu la malchance d’en faire une. C’était une fausse couche précoce, j’étais à trois semaines de grossesse. On ne peut donc pas dire que j’étais très « attachée » à ce qui n’était encore que des cellules (comme on tente fréquemment et maladroitement de vous le rappeler) mais cette fausse couche est venue me voler la part de naïveté et d’enthousiasme avec lesquels j’abordais cette nouvelle étape dans ma vie. C’est pourquoi je ne pouvais pas vous parler de mon premier trimestre sans aborder le sujet, elle a été malheureusement déterminante dans ma manière de vivre les choses lors de cette nouvelle grossesse.

Pour la petite histoire… Nous avons eu de la chance, je suis tombée enceinte dès que nous avons commencé les essais ! Nous allions fêter Noël dans notre nouvel appartement, nous voulions en profiter pour l’annoncer à notre famille proche à ce moment-là. Tout était réuni pour que l’on passe un réveillon inoubliable ! Et la veille au soir, j’ai commencé à perdre du sang. Direction les urgences, on me fait une prise de sang et on me dit de ne pas m’inquiéter, que ces petits saignements ne sont pas forcément synonymes de fausse couche. Il fallait que je revienne 48h plus tard afin que l’on en sache un peu plus sur ce qui se passait. J’ai donc passé le 24/25 décembre dans un état second, intiment persuadée que j’étais en train de faire une fausse couche, ce qui fut confirmé par le diagnostic médical.

Pour tout vous avouer, je n’étais pas sensibilisée aux fausses couches ne connaissant pas directement quelqu’un en ayant fait ou qui aurait pu m’en parler. Je pensais que c’était quelque chose de rare, donc dans un premier temps je fus surprise et prise de court, je ne connaissais pas tous les tenants et aboutissants de cette drôle de chose qui m’arrivait. En parlant avec ma gynécologue j’ai su que c’était quelque chose qui était en fait fréquent, qu’il ne fallait donc pas s’inquiéter, que cela ne déterminait en rien la suite des évènements, et que l’on commencerait à s’alarmer suite à plusieurs fausses couches consécutives.

J’étais déboussolée en rentrant chez moi, je tentais de me familiariser avec cette idée de fausse couche. Je prenais conscience que c’était bien à moi que cela venait d’arriver. Oui, je venais de faire une fausse couche, c’était officiel, ma grossesse s’était arrêtée. Je crois que je commençais à réaliser que c’était le début d’une aventure que je n’avais absolument pas imaginée comme cela, j’étais triste et contrariée en même temps. Moi qui avais toujours eu une image relativement positive de la grossesse (sans doute à tord !), tout mon imaginaire s’écroulait. Je fus rapidement envahie par le sentiment d’injustice et de culpabilité : « Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour que ça m’arrive à moi ? »

Contrairement au fait de tomber enceinte qui était quelque chose de décidé et de désiré, la fausse couche, elle, n’est pas une chose que l’on choisit, elle vous tombe dessus, sans prévenir, elle ne vous demande pas votre avis. Elle est imprévisible, fourbe, impitoyable et irréversible. Elle vient vous prendre au ventre et elle le vide en vous arrachant tout le bonheur qui venait de s’implanter en vous, puis elle part avec tous les espoirs que vous aviez. Elle vous laisse impuissante, dans un état d’effondrement dans lequel vous n’apercevez aucune solution directe.

Afin de surmonter l’effondrement, j’ai essayé de rationaliser les choses, il fallait absolument que je trouve une (LA) raison à ce qu’il se passait pour ne pas que cela se reproduise. Je me suis posé les mêmes questions en boucle, je me suis repassé le film de ces dernières semaines plusieurs fois : « Avais-je mal fait quelque chose ? » « Avais-je eu à l’esprit des pensées négatives qui auraient pu me jouer des tours ? » Je me sentais coupable de quelque chose sans réellement savoir de quoi, j’étais frustrée et déconcertée de me retrouver face à l’inexplicable, à tant d’inconnues et d’incertitudes.

Même si mon conjoint s’est montré d’un support sans faille et que nous communiquons énormément, je n’ai pas résisté au fait de me plonger dans une recherche sans fin sur internet afin de lire tout ce que je pouvais trouver sur le sujet. Je suis rentrée dans une sorte de « boulimie » de lecture, comme pour combler le vide qu’avait laissé cette fausse couche. Tout y passait : forums, blogs, articles scientifiques… Tout était bon à prendre, j’étais à la recherche d’un remède miracle qui panserait ma blessure. Le plus ironique dans cette situation, c’est que je passais le plus clair de mon temps sur divers forums alors qu’habituellement je suis la première personne à déconseiller la lecture des forums (on y trouve toujours les histoires les plus dures et les plus sympa ne sont évidemment jamais relatées, du coup on dramatise encore plus !). Je me surprenais alors à déposer à mon tour des messages, avec des questions auxquelles j’avais déjà les réponses… Avec du recul, je crois que j’avais besoin d’une certaine validation de ce qui venait de m’arriver à travers le regard des autres ou par leurs réponses. J’avais besoin de dire que mon malheur existait bien, j’avais aussi le droit de me plaindre et d’exprimer ma tristesse, je cherchais de la compassion et que l’on me réconforte. J’avais alors le sentiment d’appartenir à un groupe, moi à qui il semblait que plus rien n’appartenait. Mon histoire résonnait quelque part, elle trouvait une surface de projection, j’avais besoin de mettre des mots sur mes maux.

Lire les autres récits/témoignages m’apaisait et me soulageait, je m’appuyais inconsciemment sur l’expérience et le malheur des autres filles afin d’essayer de sortir la tête de l’eau. Vous savez, j’ai conscience qu’une fausse couche précoce n’a rien à voir avec une fausse couche de quelques mois ou des fausses couches à répétition, même si je ne suis pas du genre à penser que le monopole du malheur existe réellement et que chacun a le droit de vivre les choses à son échelle sans que personne n’ait le droit de vous juger sur ce que vous vivez. Mais c’est en lisant ces récits de vie très douloureux que j’ai commencé à relativiser et à arrêter de regarder mon petit nombril. À l’aide de ces (futures) mamans, j’ai surtout compris ce qu’était la force de la maternité, ce sentiment de vouloir devenir mère que rien n’arrêterait et que nous partagions toutes. Et c’est cette même force qui entraînait une entre-aide sans limite des (futures) mamans entre elles. L’empathie, la bienveillance et la solidarité dont elles faisaient part à l’égard de chaque histoire m’a réellement touchée et émue. Je remarquais alors que petit à petit les rôles commençaient à s’inverser sur les forums, c’était aussi à mon tour d’aider les autres femmes en les réconfortant. En les réconfortant, je me réconfortais moi aussi, l’effet était auto-cicatrisant, quel miracle ! Je faisais petit à petit mon mini deuil. Je me suis résolue à penser que si ce n’était pas ce bébé qui était destiné à vivre, c’est que ça devait être le prochain, un peu comme si c’était la loi de la nature qui décidait, je ne contrôlais rien, je laissais la Vie faire ses choix.

En apprenant à relativiser, j’ai compris que rien n’était de ma faute, il me fallait juste accepter cette fatalité et prendre cette nouvelle direction. Cette nouvelle direction qui n’était ni bien, ni mal, elle était juste synonyme d’une nouvelle étape dans mon parcours, il fallait l’embrasser et continuer à avancer. Parfois dans notre vie nous devons faire face au destin, à l’inconnu, à l’impondérable, à des choses que l’on ne choisit pas, tout n’est pas contrôlable. Mais nous avons le choix d’être fort face à tout cela et de faire en sorte d’avancer à notre manière. Être une future maman, c’est aussi apprendre à être solide face aux évènements et mon rôle commençait avec cette épreuve bien qu’elle soit déstabilisante et différente de ce que j’avais imaginé.

Marine

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