Témoignage de Karine

8 Janvier 2009, je me souviens exactement de ce jour, car il s agissait des deux ans de mon ainé Maxence, anniversaire particulier car on le fêta à l’hôpital.
À cette époque je suis enceinte d’un peu plus de quatre mois de notre deuxième enfant, nous voulions des enfants rapprochés, mais cette grossesse était depuis le début source d’angoisse.
Très vite des saignements ont débutés (décollement du placenta) et il fallut un repos forcé, mais malgré tout, cela n’avait  pas suffit et il fallut m’hospitaliser en urgence.
D’abord une première semaine (pendant l’anniversaire de Maxence) : au cours de cette semaine le bébé se portait bien, le placenta se recollait et nous avions même appris que c’était un deuxième petit garçon qui allait agrandir notre famille, je reprenais espoir et j’essayais de me projeter de nouveau.
Mon gynécologue confiant après cette semaine prit la décision de me laisser rentrer à la maison avec comme directive de rester coucher.

Disciplinée, je fis tout ce que l’on m’avait dit… Mais le retour à la maison ne dura pas longtemps. Je fus de nouveau admise en urgence à l’hôpital, en plus de saignements cette fois, le travail avait commencé… J’étais terrorisée.
Le gynécologue de garde réussit à stopper le travail à l’aide d’injections. Le placenta était énormément décollé, mais mon fils allait toujours très bien, il s’accrochait.
Moralement je commençais à ne plus supporter ses montagnes russes émotionnelles, j’étais déjà très attachée à ce bébé mais je souffrais beaucoup physiquement et psychologiquement. Je culpabilisais de vouloir que par moment tout s’arrête, je gardais cela secrètement en moi. Mon mari était là pour moi, bienveillant et attentif, ainsi que ma maman et son mari, mais difficile d’exprimer sa peine ou sa douleur car elle est propre à chacun.

Le 14 Janvier 2009, après plusieurs jours de contractions et de saignements, cette grossesse s ‘arrêta et j’accouchais de ce bébé qui s’était accroché jusqu’au bout.
Nous avons fait le choix de ne pas regarder notre fils après mon accouchement, à tord ou à raison, je voulais garder l’image de ses échographies ou il me faisait coucou avec sa petite main, et de son profil si parfait.

La suite de cette fausse couche tardive fut très difficile pour moi, une succession d’événements ne me permettaient pas de faire correctement mon deuil. Mais je faisais bonne figure avant tout pour Maxence qui avait besoin de sa maman.
Nous avons choisi de prénommer notre fils Martin, prénom hautement symbolique pour nous car il s’agit de la version masculine du prénom de la maman de mari (décédée quand il était enfant). Martin apparait sur notre livret de famille comme un membre à part entière de notre famille, comme notre deuxième enfant.
Aux yeux de beaucoup de personnes accoucher à quatre mois de grossesse n’est pas un stade très avancé et cela entrainerait moins de peine que perdre un enfant à terme, le fait que notre fils soit inscrit sur notre livret famille a été quelque part pour moi une reconnaissance de ma douleur et de son existence.
Nous avons pris la décision que son petit corps serait incinéré et ses cendres dispersées. Apres plusieurs mois d’attentes nous avons eu les résultats des biopsies et avons enfin eu des réponses.

J’avais fait une grossesse triploïde, chose totalement inconnue pour nous et peu banale selon mon gynécologue. Pour expliquer cela de manière simplifiée, le  placenta possédait trois fois le nombre de chromosomes et était incompatible avec notre bébé. Cette grossesse était dès le départ vouée à une issue malheureuse.
Apprendre cela m’a permise d’accepter que je n’y étais pour rien et m’aida à commencer mon deuil.
Le gynécologue nous précisa qu’avant de vouloir démarrer une nouvelle grossesse il fallait attendre minimum neuf mois pour éviter toute récidive. À ce moment précis j’étais trop meurtrie pour envisager de vivre une nouvelle grossesse, j’avais mal.
Quand je repense à cette période le plus dur pour moi a été  de voir mon corps qui avait changé pour se préparer à accueillir un petit être alors que j’étais une coquille vide sans bébé dans mes bras. Je pense avoir un caractère fort qui me permet de surmonter les coups durs, mais à plusieurs reprises j’ai craqué, me retrouver à un repas avec un nourrisson ou une femme enceinte me tordait le coeur et me faisait monter les larmes aux yeux,  je n’avais aucun contrôle… Mais je me cachais.

Avec le recul je pense même avoir minimiser ma peine pour avancer. Celle qui m’a beaucoup aidé pendant cette période et je ne la remercierais jamais assez c’est ma maman, elle fut une oreille attentive et ne minimisait pas ma peine contrairement à beaucoup de personnes maladroites autour de moi. Même si certaines personnes sont pleines de bonnes intentions, certains mots blessent et n’aident pas à faire son deuil.
Onze ans après, je pense souvent à Martin, à la maison ce n’est pas un sujet un tabou, ses frères connaissent son existence car nous avons par la suite agrandi notre famille.
Apres Maxence en 2007, il y a eu Robin en 2010, puis Thibault en 2016. En écrivant ce témoignage un peu brouillon et surement bien trop long, je me suis rendue compte du chemin parcouru et des choses pas tout à fait réglées… Mais si mon témoignage peut amener un peu de réconfort  au moins à une personne alors je serai la plus heureuse…

Karine

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