Témoignage de Camille

Je suis une maman d un petit garçon de trois ans et l’envie du petit deuxième se faisait ressentir. Ni une ni deux, après avoir fait retiré mon stérilet, je suis tombée enceinte tout de suite.
À mes six semaines de grossesse, je vais aux toilettes et je vois une légère perte de sang. Je ne m’inquiète pas plus que ça, mais je décide d’appeler les urgences pour être sûre que rien de grave ne se passe. Ils me disent de venir pour vérifier que la grossesse est bien en place et pour me rassurer.
Me voilà accueillie par une infirmière qui me demande (dans la salle d’attente) la raison de ma venue. Je lui dis donc que je perd légèrement du sang.
Elle me regarde et me dit : « Bah c’est normal de perdre du sang enceinte ! »
(Première nouvelle…)
Je suis ensuite reçue par le médecin qui voit à l’échographie un décollement du placenta. Repos forcé pendant une semaine.
À sa demande je reviens une semaine plus tard pour voir l’évolution du décollement.
Malheureusement ce n’était pas ce médecin mais une autre.

Elle me reçoit et me dit : « Mais madame cela ne sert a rien d’être arrêtée pour si peu car debout, assise ou accroupie de toute façon ça sera la même chose ! »
Elle me fait ensuite une échographie et me dit : « Bon, le médecin que vous avez vu n’a rien écrit dans votre dossier donc je ne peux pas voir l’évolution du foetus, partez du principe qu’il n y a plus d’évolution. »
Et elle s’en va me faire une ordonnance.
Je suis abasourdie et les larmes me montent… Je lui demande concrètement ce que cela veut dire. Est-ce que je fais une fausse couche?
Elle me dit avec son plus beau sourire : « Mais madame je ne peux pas vous dire car je n ai aucune mesure! C’est 50/50… Mais quand on a déjà tous les bébés que l’on veut c’est déjà bien ! »
Et je pars comme ça, en me demandant si mon bébé est mort en moi ou pas…

Deux jours après, je me balade et là, je sens couler du sang, beaucoup de sang… Les choses sont claires. Nous allons aux urgences avec mon mari. Je tombe sur un autre médecin qui me dit clairement les choses mais avec des mots et une expression qui me montrent qu’il m’accompagne, qu’il est là. Il me dit de revenir dans quatre jours pour voir si l’évacuation s’est faite, si non, nous serions obligés de prendre d’autres mesures.
Je suis presque soulagée à ce moment là de connaître l’issue et de savoir que l’on pourra recommencer rapidement les essais.

Pendant ces quatre jours, je perds à peine du sang, me revoilà donc pour une énième fois aux urgences.
Oh tiens, voilà un médecin que je connais ! La fameuse aimable….
Elle me demande de m’installer sur la table d’examen, et là, les pieds dans les étriers, nue… Elle me demande si je suis arrêtée. Je lui réponds que c’est le cas. Elle me demande alors qui m’a arrêtée. Je lui explique que je suis allée voir mon médecin traitant car je ne me sentais pas d’aller travailler, que je suis coiffeuse et qu’elle a bien compris ma situation. Et là, elle se permet de me dire : « Mais madame, c’est une honte ! Vous vous rendez compte que des femmes qui ont le cancer du sein, continuent de travailler jusqu’au bout ! Oh de toute façon vous avez bien raison d’en profiter, on arrête bien des femmes dès le premier mois de grossesse car elles ont soit disant des contractions… Vous vous rendez compte, Madame, que c’est moi qui vais vous payer pendant votre arrêt ? Car moi je travaille, et je cotise pour des personnes comme vous ! »
« Stop !!! » Lui ai-je répondu. « Maintenant vous m’examinez et vous vous taisez ! Je pense que pour une fois dans ma vie, je peux me permettre de m’arrêter pour une épreuve comme celle-ci, alors stop ! »
L’après-midi même me voila prise de grosses contractions. Je me vide de sang, je vais aux toilettes et je le sens partir… Je n’ose pas regarder, je respire un grand coup et… Je tire la chasse d’eau…. En deux heures c’était fini.

Les médecins m’avaient prescrit du Cytotec que je devais prendre le lendemain si cela ne s’était pas fait naturellement. J’appelle les urgences pour savoir si je dois quand même le prendre. Ils me disent que oui, comme ça, s’il reste un morceau tout sera évacué.
Me voilà le lendemain à prendre ce fichu comprimé. J’ai vécu l’enfer ce jour-là. Des douleurs à n’en plus finir de 8h à 18h. J’hurlais seule chez moi, je pleurais… La même intensité de douleur. Je ne supportais plus. Quand allait-elle s’arrêter ?
D autant plus que rien ne sort… J’ai donc pris ce truc pour rien ?
Et le soir, ca y est, c’est fini… Je peux respirer de nouveau.

Moi qui pensais que cela n’arrivait qu’aux autres… Et finalement je me suis rendue compte que beaucoup de femmes traversent cette épreuve…
Par la suite, j’ai revue mon gynécologue qui me dira que cela arrive à une femme sur trois. Qu’on explique pas vraiment la raison. Bien souvent c’est une anomalie du foetus et la nature fait bien les choses…
J’ai la chance d’être retombée enceinte deux mois après, je penserai toujours à ce bébé qui aurait dû naître en avril mais j’ai décidé de tourner la page et de mettre un point final à ce mauvais chapitre de ma vie.

Camille Pierre