Témoignage d’Astrid

Après sept mois d’essai à suivre chaque minute de retard, j’apprends que je suis enceinte fin juillet 2015! Notre bébé n’est pas prévu avant mars 2016 mais nous avons déjà les yeux plein de paillettes ! Nous partons donc le cœur gonflé d’amour passer nos dernières vacances en duo. Vacances pendant lesquelles nous mettons nos mères respectives dans la confidence…
De retour à la vie quotidienne, je me décide enfin à prendre rendez-vous pour une échographie de datation. L’échographiste m’informe qu’elle n’a pas de disponibilité tout de suite et me propose un rendez-vous à mi-chemin entre la datation et la douzième semaine.

Le jour J est là. Mon amoureux a pris cette journée pour vivre la rencontre de notre vie… Qui a tourné au cauchemar ! L’échographiste fait une première tentative « classique » puis me demande d’aller aux toilettes pour faire une deuxième tentative endovaginale. Dans le silence qui règne, le couperet tombe : grossesse arrêtée ! Notre « crevette » est toujours bien accrochée au chaud mais son petit cœur s’est arrêté ! Difficile encore pour moi aujourd’hui de me rappeler de la suite du rendez-vous : je suis dans une bulle noire sur laquelle les mots glissent. Par contre, je me revois distinctement sur le trottoir devant le cabinet avec un petit livret relié avec quelques photos de l’échographie et de notre « crevette » et le diagnostic noir sur blanc. Et surtout une question : qu’est-ce que l’on doit faire ?

Je ne suis pas suivie par un gynécologue et je n’ai pas de médecin traitant dans cette ville où je suis arrivée il y a déjà trois ans… Une seule lueur, la maternité de la clinique où j’avais déjà rencontré le personnel en vue de mon inscription.
Petite parenthèse : en bonne francilienne, j’avais déjà anticipé ma place en maternité à deux mois de grossesse et je pensais choisir une sage-femme pour le suivi à l’issu de cette fameuse échographie des douze semaines. Donc nous voici en route pour la clinique où nous sommes très rapidement accueillis par la coordinatrice de la maternité. Rien qu’à notre tête et aux quelques mots que nous décrochons, elle comprend notre détresse. Elle va alors nous orienter vers un des gynécologues de la maternité qui nous recevra dans les cinq minutes !
Le docteur Melloul va trouver les mots qu’il faut pour nous aider à affronter cette épreuve. C’est grâce au courage qu’il m’a donné que je partage mon histoire ici car la fausse couche est encore un sujet tabou alors qu’elle touche une grossesse sur deux et une femme sur trois ! Il aborde aussi le sujet difficile de l’après. Nous avons trois possibilités : attendre que la nature fasse son effet, effectuer un curetage sachant que cela repousse de six mois la reprise des essais ou provoquer la fausse couche par voie médicamenteuse sachant que cela repousse de trois mois la reprise des essais. Je choisis la dernière solution car il m’était impossible de rester là sans rien faire.

Nous sommes donc rentrés avec les médicaments en question et une semaine d’arrêt pour moi. J’attends la fin de la journée pour prendre les médicaments : deux comprimés de Cyototec à insérer dans le vagin pour provoquer des contractions et donc la fausse couche. Je prends immédiatement les antidouleurs pour éviter que la douleur ne s’installe. Les vingt-quatre heures les plus longues de ma vie viennent de commencer.

À ce moment de mon histoire, j’ai été tenté d’écrire « Je vous épargne ! »
Mais non, je ne vais rien vous épargner car c’est le but de mon témoignage ! La douleur et les contractions sont restées tout à fait supportables grâce aux antidouleurs. Par contre je n’étais pas préparée à la quantité de sang que j’ai perdue ! Les protections hygiéniques spéciales ne suffiront pas : je passe la moitié de la nuit et de la matinée sur les toilettes à me vider de mon sang ! À tel point que je manque de m’évanouir ! Heureusement un appel au secrétariat du gynécologue et un après-midi de repos me rassurent. J’ai l’intuition de savoir quand le fœtus est parti mais je n’en aurai jamais la certitude. Je vais passer le reste de la semaine à me reposer et à doucement sortir de mon état de « robot » pour prendre pleinement conscience de ce que je viens de vivre.

Il faut aussi partager la mauvaise nouvelle avec nos mères. Je n’ai jamais regretté d’avoir parlé précocement de ma grossesse car elles nous ont réconfortés dans la tempête. Merci !
Quelques mots également, pour saluer le courage de mon amoureux, de ma moitié ! Je sais qu’il s’est senti extrêmement impuissant que ce soit face à la situation et face à l’épreuve que subissait mon corps. J’ai eu la chance d’avoir son soutien moral et son amour tout le long ! Je reconnais aussi l’avoir envoyé travailler alors que je me sentais mal… Mais il ne pouvait rien pour moi… Le temps devait faire son œuvre !

Et le temps a fait son œuvre. J’ai su exprimé ma peine et commencer mon deuil une semaine après le jour J, une semaine après le 23 septembre 2015. J’ai eu la chance d’avoir un super suivi par le docteur Melloul pour s’assurer que la fausse couche s’était correctement passée. Je vais mettre finalement un mois à évacuer 100% des tissus liés à cette grossesse. Mais mon histoire ne s’arrête pas tout à fait là… Trois mois après ma fausse couche, le docteur, qui me suit toujours, découvre un polype sur la paroi utérine. Interdiction de reprendre les essais bébé avant d’avoir été opérée !
L’opération se déroule avec succès en janvier 2017. Je ne souffre pas de suite opératoire désagréable et nous reprenons notre vie comme avant… Enfin jusqu’au 6 mars 2017 ! Une autre intuition germe en moi et je fais un test de grossesse. Ma moitié n’y croit pas et pourtant… Six mois et demi après ce test, non pas un mais deux petits garçons sont venus agrandir notre famille !

À « crevette », Antoine, Raphaël et Mickael ma moitié.

Astrid