Témoignage d’Anne-Solène

Alors par quoi je pourrais commencer ?  Peut-être par déjà me présenter.
Je m’appelle Anne-Solène, j’ai 21 ans et je suis auxiliaire de puériculture pour La Croix Rouge française. Alors les enfants c’est mon domaine et je les adore.
Je suis avec mon conjoint depuis deux ans et nous vivons ensemble depuis un peu plus d’un an. Ensemble nous avons des petits poissons et un merveilleux chinchilla. Nous nous sommes rencontrés sur notre lieu de travail étudiant. J’ai toujours voulu des enfants jeunes mais pas lui.

Un jour, au mois de octobre, j’ai remarqué que mes règles était en retard de trois jours et comme parfois c’est le psychologique qui joue j’ai décidé de faire un test pour me rassurer. Sauf que le test fut POSITIF et là une déferlante d’émotions me prit à la gorge. Il était 7h alors j’ai décidée d’aller directement au laboratoire en haut de ma rue. Mon premier réflexe a été d’envoyer la photo du test à ma soeur qui était très contente mais partagée car elle savait que mon conjoint n’était pas dans l’idée d’avoir un enfant.
Je suis partie au travail en regardant mon téléphone toutes les cinq minutes pour voir si j’avais les résultats et enfin à 18h, j’ai eu la confirmation : j’étais enceinte.
Le soir même je l’ai annoncé à Monsieur qui lui voulait que j’avorte, mais ce n’était pas mon cas, c’était mon bébé et je le protégerai quoi qu’il arrive même si cela aurait dû mettre fin à notre couple.
Cette période entre nous a été très tendue, remplie de prises de tête.

Vers fin octobre j’organisais mon anniversaire avec cette idée que je n’étais pas soutenue par l’homme que j’aimais. Mes parents étaient au courant mais pas sa maman. J’avais pris rendez-vous à l’hôpital pour lui faire plaisir mais je sais que jamais je n’aurais pu le faire. Je l’aimais tellement ce bébé. Nous avons fait une échographie fin octobre qui confirma encore plus qu’il était là et bien placé.
Début novembre nous partons quand même à Lille pour se retrouver, nous passons un bon vendredi, un bon samedi entre restaurants et visites et nous oublions nos différents le temps d’un week-end.

Sauf que le dimanche matin, une sensation d’être mouillée me réveilla. Je suis partie directement aux toilettes et là, j’ai compris tout de suite que j’étais en train de faire une fausse couche. Pendant des heures j’étais en train de le perdre sans rien pouvoir faire. Dans une chambre d’hôtel loin de chez moi, j’ai pris la plus longue des douche de ma vie. Je suis restée le plus de temps possible aux toilettes. Ce jour-là j’ai perdu un bout de mon cœur, mon monde s’est écroulé, tout l’amour que j’avais pour lui était parti dans c’est toilettes, mon bébé a disparu dans les toilettes, et j’ai dû tirer la chasse, laisser pour mort ma moitié, ma vie. Je dû prendre la route, sentir cette douleur en moi sans pouvoir rien faire. Je me sentis seule très seule. Le mercredi d’après je suis retournée faire une échographie qui ferma le dossier au moment où le médecin dit : « Fausse couche complète spontanée à 9 SA. »

Qu’est-ce que j’ai pu pleurer… Et même encore aujourd’hui quand je vois des femmes enceintes qui doivent accoucher en juin, j’ai mal de pas avoir protégé mon bébé. Encore aujourd’hui en travaillant avec les enfants à la crèche, je me demande ce que j’ai fait de mal. J’essaie d’avancer mais cela est réellement un deuil et je pense que je pourrai fermer ce livre que le jour où j’aurai un autre enfant.

Cette fausse couche m’a fait découvrir une énorme sensibilité et une fragilité en moi, moi qui pensais que rien ne pouvait m’atteindre et, ce fut tout le contraire. Ma carapace a était fendue pour toujours, c’est au-dessus de la peine que l’on peut parfois ressentir dans la vie car c’était quelque chose, quelqu’un, notre bébé en nous. C’est littéralement perdre quelque chose de nous et ce n’est pas seulement une métaphore.
J’ai toujours caché mes sentiments sur cet événement de ma vie, à mes proches, à mon conjoint, à mes collègues. Au fond de moi, c’est toujours à vif. Le cousin de mon conjoint a eu un bébé et je refuse encore catégoriquement de voir une photo, rien que le fait de me dire qu’elle a vécu ce rêve qui pour moi s’est envolé, qu’elle sent son bébé sur sa peau, son odeur, qu’elle le voit, c’est tellement dur pour moi. J’ai dû expliquer du coup à ma belle-mère cette fausse couche pour qu’elle puisse comprendre mon refus de voir ce bébé .
Je regarde beaucoup de reportages sur les bébés et à chaque fois j’ai la gorge qui se noue, les larmes qui montent, ma main qui se pose sur mon ventre pour faire comprendre encore une fois à mon cerveau que je l’ai perdu.
Il est vrai que on se sent mère dès l’instant où il est dans notre ventre et je ressens de la peine de ne pas l’avoir suffisamment protégé à l’intérieur de moi, là où il aurait dû être le plus en sécurité.

Anne-Solène

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