Témoignage Anonyme

C’était le vendredi 13 novembre 2015. Ce jour là, après avoir plané de bonheur pendant un mois, mon rêve de devenir maman pour juillet s’est arrêté brutalement.
J’ai arrêté la pilule fin août, histoire de prendre un peu d’avance « au cas où » ça ne marcherait pas « rapidement ». Je tombe enceinte au deuxième cycle, je n’y crois pas.

Avec mon conjoint nous sommes d’accord pour ne rien dire, d’attendre l’échographie du premier trimestre. Je suis aux anges, je vais devenir MAMAN. Ces mots résonnent en moi comme une évidence. Je me revois encore acheter consciencieusement mon huile anti-vergetures après la confirmation du test de grossesse par une prise de sang.
Je suis littéralement sur un nuage, vraiment, rien ne peut m’atteindre. Je cache ma grossesse avec habilité, je suis sereine, je cache un petit être au fond de moi…
Et soudain, le vendredi 13 novembre, à 12 heures, alors que j’allais déjeuner au bureau, je me rends aux toilettes, avec l’étrange sensation de perdre quelque chose, comme si mes règles arrivaient. Dans ma tête, je me souviens avoir pensé : « Mais je ne peux pas avoir mes règles, je suis enceinte. »
Évidement je découvre que j’avais raison, je perds du sang. Je quitte donc le bureau pour les urgences. Pour le moment rien ne peut confirmer ou infirmer une fausse couche. Il y a bien un saignement, mais rien de très net. Je dois refaire une prise de sang pour contrôler l’évolution du taux et une deuxième échographie une semaine après pour contrôler si « j’évacue » «  tout » naturellement… La deuxième prise de sang sera révélatrice, la grossesse n’évolue pas. Je prends un sacré coup derrière la tête. Je me souviens avoir perdu des « débris » pendant plusieurs jours et avoir fait bonne figure pendant plusieurs mois… L’échographie révèlera que mon corps a fait le travail tout seul, il ne reste « rien ».

Rien, c’est bien ça le problème. Avec mon conjoint nous décidons de ne pas stopper les essais, je n’ai pas «  besoin » de pause en apparence. A mon avis, au fond de moi oui, surtout psychologiquement.

Je change de gynécologue, après avoir appelé celui qui me suivait et m’être fait bien gentiment envoyé sur les roses par sa secrétaire, car « vous choisissez mal votre jour, ils font grève. »…

En avril j’ai rendez-vous avec le nouveau pour un frottis et discuter un peu de ce qui m’est arrivé. Il a su trouvé les mots, me rassurer, j’avais besoin d’entendre ça, d’un professionnel. Ce que nous ignorions tous à ce moment la, c’est que j’étais enceinte de quelques jours à peine…

Ma fausse couche, je l’ai voulu silencieuse, je n’en ai pas forcément beaucoup parler, par pudeur. Le peu de personnes au courant avait tenté de me rassurer, mais ce n’est jamais évident d’avoir les bons mots, de comprendre.

Avec du recul, ce qui m’a beaucoup aidé finalement c’est d’évacuer ce petit embryon toute seule, sans besoin d’intervention, sans besoin d’aide. Ça reste une blessure profonde, ancrée en moi. En fait; je pense que je n’ai plus la « naïveté » que peut avoir une femme qui tombe enceinte, sans aucune critique évidement. C’est juste que maintenant je «  sais ». Je sais que tout peut s’arrêter brutalement, d’un coup. Alors être enceinte pour moi, c’est un parcours psychologiquement compliqué, j’alterne entre phases d’excitation et phases de peurs, de stress…

Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir un petit garçon de 14 mois passés qui me comble de bonheur (je suis tombée enceinte 5 mois après ma fausse-couche) Et j’ai également la chance d’attendre mon deuxième petit garçon pour le mois d’août. Mes premiers mois sont stressants, je ne vis pas mes grossesses avant l’échographie du premier trimestre et quant bien même, je suis sur mes gardes. Mais je vais bien, je suis heureuse, j’avance pour construire ma petite famille, pas à pas.

Cette fausse couche m’a permis de réaliser que j’avais la chance d’avoir un couple solide, et un conjoint à mes côtés. Je pense qu’il a été affecté, mais surtout par ma détresse, même si il me disait souvent que j’avais très bien « géré ce moment ». En fait, on n’y pense plus au quotidien, c’est surtout quand le test de grossesse vire au positif qu’on y repense, surtout moi. Je me mets à stresser, je ne m’autorise pas à me projeter. A l’inverse, mon conjoint est plus serein, me rassure. Vraiment, malgré tout, je m’estime « chanceuse » d’avoir donné naissance à un petit garçon en pleine forme, et de gouter au bonheur d’être maman.

Je souhaite beaucoup de courage à toutes les femmes ayant vécu la même chose, à n’importe quel stade, la vie nous réserve aussi de belles surprises.