Témoignage Anonyme

29 janvier 2018 : test urinaire positif ! Quel bonheur pour notre petite famille !
Bébé 2 s’est installé, on se projette déjà, on s’y voit presque ! Mon petit garçon va être grand frère. Difficile de redescendre de notre petit nuage ; aucune envie d’en redescendre d’ailleurs. Deux jours plus tard, je vais travailler comme d’habitude et je constate quelques pertes brunes, sans trop m’en inquiéter : « En début de grossesse, ça arrive. »
Durant toute la journée ces pertes continuent. En rentrant à la maison, du sang rouge cette fois. Je m’alerte et j’appelle le 15 pour des conseils. J’essaie de comprendre même si, au fond de moi, je savais que quelque chose n’allait pas : « Non ce n’est pas possible, ça ne peut pas m’arriver. »
Au centre 15 on me dit : « Madame vous êtes surement en train de faire une fausse couche. Il vaudrait mieux vous rendre aux urgences. C’est une grossesse désirée ? » Combien de fois j’ai pu entendre cette question tellement difficile ; d’ailleurs je refuse de l’entendre alors que le désir d’être à nouveau mère me prend aux tripes.

Une fois aux urgences : échographie. Bien sur, ils ne voient rien. Ils me font une prise de sang et me demandent de revenir aux urgences dans 48h pour comparer les taux et voir si la grossesse évolue ou non.
Le lendemain, je reprends le chemin du travail. Je retrouve mes collègues : « Ça va ? », question fatale. Je m’effondre, le souffle coupé, je n’arrivais pas à me reprendre. Le ciel me tombait sur la tête, même sans avoir la réponse, je le sentais au fond de moi. Je le SAVAIS, je le SAVAIS, je le SAVAIS. J’avais cette douleur au fond de moi, terrible.
48 heures plus tard, retour aux urgences. Nouvelle prise de sang pour comparer les taux de bêta hCG. Résultat des courses : le taux était moitié plus bas que la dernière fois. J’ai directement compris. Encore une échographie pour voir où s’est caché mon « petit oeuf ». Impossible de le trouver. Je retourne alors en chambre, où on revient me chercher pour une deuxième échographie. Trouvé : il est dans ma trompe droite ; je suis en train de faire une grossesse extra-utérine (GEU). J’ai le cœur en miette. On me dit : « vous savez, il n’y a pas de vie, ce n’est qu’un petit amas de cellules. » Des mots réconfortants, plein de bienveillance. Je ne peux pas dire le contraire, cette femme est super, elle me prend par la main et j’ai l’impression qu’elle me comprend. Malgré tout, je ne veux pas entendre tout ça. C’est l’ascenseur émotionnel.
Ensuite, ils me gardent. Puis injection de produit « pour qu’il parte » et on rentre à la maison.
Surveillance toutes les 48h puis « tout est bien parti ».

Pendant une semaine j’ai fait la queue dans la même salle d’attente où je suis venue lors de la grossesse de mon fils. Ce même endroit où ce sont des femmes enceintes assisses à côté de moi à attendre. Non je ne suis pas jalouse, mais peut être un peu envieuse, je ne peux pas le nier.
Prise de sang jusqu’à ce que le taux soit inférieur à cinq et on pourra tourner la page ou du moins avancer…
Mais quelle solitude ! J’étais tellement loin de m’imaginer que je pouvais ressentir tant de peine ; cette façon qu’avaient la plupart des gens autour de moi de ne pas prendre les choses au sérieux. De ne pas essayer de comprendre. « Vous essayez depuis longtemps ? Trois mois ? Ah ben ça va ! », « Ça va que ça arrive à un mois et pas après… », « C’est mieux comme ça que dans quelques mois… », « Ça va tu ne l’as pas vu », « Peut être que tu n’étais pas enceinte, c’était juste tes règles. », « Bon, dis-toi que tu en as déjà un… » Et j’en passe.
Bien sur j’ai aussi eu plein de mots d’amour de mon entourage, beaucoup d’amour.

Ce qui physiquement n’était qu’un « amas de cellules » qui ne se trouvait pas au bon endroit, dans mon esprit était déjà « mon bébé », « mon petit oeuf », celui que j’ai du faire partir inévitablement alors que NON JE NE VOULAIS PAS. Il m’a fallu plusieurs semaines pour y penser de moins en moins.
Cela ne fait qu’un mois et quelques semaines que cela est arrivé et j’y pense encore évidemment. Aujourd’hui, je peux dire que je me sens beaucoup mieux, j’arrive à parler de ce moment difficile, normalement, sans pleurer. J’ai eu le feu vert pour reprendre nos essais bébé. Je me rends compte que finalement j’ai eu beaucoup de chance : pas de chirurgie, mes deux trompes sont intactes, je n’ai pas eu de gros saignement et surtout je n’ai pas souffert physiquement. Et malgré toutes mes déceptions dans cette épreuve, j’ai eu la chance d’être aussi bien épaulée. D’avoir eu des personnes à mon écoute, ce dont j’avais le plus besoin. Mon conjoint et mon fils sont extraordinaires et ça c’est vraiment le plus important.
Bien sur j’ai la crainte que ça recommence, je ne suis pas à l’abri (après une première GEU, nous sommes plus sujettes à cela) mais je reste positive, tout ira bien. C’est le deuil d’une grossesse, ne pas le prendre à la légère. Il est plus que légitime d’être triste, de ne pas comprendre, d’être en colère. Surtout : ne pas se culpabiliser et garder confiance.

Dans l’attente d’un beau + !