Témoignage Anonyme

Le projet bébé, c’est un acte réfléchi après huit ans en couple, un travail tous les deux et l’achat d’une maison.J’ai arrêté de la pilule en juin 2016 et je suis tombée enceinte le cycle suivant.
En juillet donc, j’apprends que je suis enceinte. Tu te projettes, tu l’annonces à personne, on ne sait jamais…
En août, à 5 SA, je travaillais beaucoup (12H d’affilées) et à la fin des 12H, j’ai eu des pertes marrons. Je vais à l’hôpital, le cœur du bébé bat toujours. Je dois revenir si les saignements sont abondants.Trois jours plus tard, prise de maux de ventre importants, je vais tout de même à un anniversaire en journée. Je commençais à être pliée en deux mais je tenais bon. À un moment j’ai demandé à mon conjoint de me ramener.
À la maison, je vais aux toilettes; je saigne abondamment et c’est très douloureux. Direction l’hôpital. Les urgences sont bondées. Là-bas une infirmière me prend les constantes et me dit : « À mon avis, préparez-vous à la fausse couche. »
La douche froide !
Il est 17H et l’attente est interminable… À 4H du matin c’est enfin mon tour ! Une interne me fait une échographie, elle voit le bébé et ne dit rien… C’est long pour moi de ne pas savoir… Je lui demande si le coeur bat. Et là, elle me dit non de la tête… Tout s’effondre.
Elle me dit de revenir à 8H pour les admissions en service gynécologie. Pourquoi elle ne m’a pas dit clairement que le coeur ne battait pas ?
Il nous reste 2H pour dormir en plus du trajet… Je rentre, je pleure, je pleure…Le lendemain, c’est l’hospitalisation. Je dis à mon conjoint d’aller travailler, ce n’est pas la peine de se tourmenter aussi, il faut qu’il se change les idées. Dans la journée, j’ai eu deux Cytotec qui n’ont rien fait, mises à part des contractions. On me garde pour  dormir. Dans l’après-midi, ma belle-sœur qui est venue me voir, et les « amies » qui envoient des messages mais qui, au final, ne prouvent pas qu’elles sont des amies car elles ne viennent même pas me voir, alors qu’elles finissent tôt. Deux bons amis viennent me voir à leurs pauses. Je suis heureuse de voir leur soutien.

Le lendemain à 10H, je repasse une échographie et j’ai l’espoir qu’ils se soient trompés. Mais non, le cœur du bébé ne bat toujours pas… Je pleure avec l’infirmière, elle m’écoute sans rien dire, ça me fait du bien. On m’envoie donc au bloc. Je prends une douche froide (problème d’eau chaude). Les infirmières m’écoutent, me font sourire, elles sont si gentilles.
Je pars au bloc, et on me fait une anesthésie générale. Je me réveille dans la salle de réveil, j’ai si mal. Je demande à quelqu’un de me soulager. La personne me dit qu’avec ce que j’ai déjà comme traitement, ça lui paraît peu probable. Pourtant j’ai si mal, je pleure. Elle me donne de la morphine. Je suis soulagée. Je me souviendrai toujours de ce regard qui avait l’air de dire : « Toi tu as avorté ! Tu as pas honte ? » Ça fait mal le jugement, ça blesse et elle ne connait pas mon dossier. Je suis comme un objet à ses yeux. Et puis on a pas à juger, même si j’avais avorté.
Là j’entends un bébé pleurer, une femme a eu une césarienne et elle est en face de mon box avec son bébé. J’ai perdu le mien et on me la colle derrière un rideau où j’entends tout. Je pleure, je pleure. Je suis si triste… Et il y a si peu de considération dans cette salle de réveil.
On me remonte dans ma chambre, je pleure…
Je demande à ma belle-sœur de passer me voir. Ça me fait du bien, elle me change les idées. À l’inverse des potes qui font genre et qui ne se déplacent pas… Belle preuve d’amitié.
À l’hôpital on m’a parlé d’une psychologue, j’ai essayé de l’appeler au téléphone et je n’ai jamais eu de réponse…
Mon conjoint vient me chercher et on rentre à la maison. Je sais qu’il est triste mais qu’il ne me dit rien, il garde tout pour lui. Je demande un arrêt d’une semaine (difficile à négocier, ça paraît pas, mais un curetage ne semble pas être dur moralement pour les professionnels). Je réussis tout de même à l’avoir.
Durant cette semaine de repos j’ai beaucoup écouté la chanson de Céline Dion « Encore un soir » à laquelle j’ai énormément rattaché mon histoire. Je l’écoutais en boucle et je pleurais…

On remonte malgré tout la pente, toute seule, avec mon conjoint. On a du l’annoncer aux amis avec qui on était quand j’ai fait ma fausse couche, aux parents… Au moins après on ne te pose plus la question : « Alors le bébé c’est pour quand ? »
Ce qui est positif c’est que je me suis rendue compte que ma belle-sœur est quelqu’un sur qui je peux compter, elle a été ma confidente, elle m’écoutait et ne me jugeait pas… Les autres, ceux qui sont des façades, détournent le sujet quand tu essaies d’en parler ou comparent ton histoire à la leur alors qu’ils ont des enfants… Ça fait réfléchir à la notion d’amitié !

Je reprends le travail, on part en vacances, chaque mois, j’ai l’espoir de retomber enceinte.
En octobre, rebelote, je suis enceinte.
Je l’apprends un lundi par un test, je fais la prise de sang et je suis enceinte. Je prends rendez-vous avec ma gynécologue et elle me dit d’en refaire une pour voir si évolue bien. Je fais la prise de sang le jeudi après-midi. Les résultats tombent le vendredi quand je suis au travail, le taux baisse !

Je pleure, ma cadre m’écoute et ça me fait du bien. J’appelle ma gynécologue, elle me répond : « Vous faites une fausse couche, il va s’éliminer naturellement comme des règles. » Je dois la remercier de me dire ça ?!
Je travaillais le week-end. Le samedi je vais au travail (je suis la seule infirmière en maison de retraite le week-end), pas de sang pour le moment à part des tâches marrons. Mais au travail, je pleure… J’ai quelques confidentes. J’appelle ma cadre à 10H et je lui dis ce n’est pas possible, que je dois partir car je ne suis pas bien moralement. Ma cadre se renseigne auprès des intérimaires, elle se montre compréhensive.
J’appelle en parallèle ma gynécologue, je lui dis que je travaille, que je ne vais pas bien et pour savoir si elle peut me faxer un arrêt de travail. Elle me répond qu’elle ne veut pas m’en faire un sans me voir à 13H30 à son cabinet. Ma cadre vient de trouver une personne pour me remplacer en intérim et je pars. J’arrive chez ma gynécologue, très rapidement, elle fait beaucoup de suppositions sans avoir fait d’échographie.
J’évacue le fœtus (de quinze jours) le dimanche, je fais le rendez-vous ovarien qu’elle m’a prescrit : tout va bien.

Je décide alors de changer de gynécologue car la mienne a beaucoup de retard, elle n’est pas aimable et elle fait beaucoup de suppositions non fondées.
Je prends alors un gynécologue qu’on me conseille à une heure de chez moi qui est très bien pour les problèmes de grossesse (il travaille dans une clinique) qui me donne rendez-vous en novembre.
Ce gynécologue est très doux, il me prescrit une prise de sang avec bilan complet : tout va bien.
Il me met sous Aspégic nourrisson et acide folique. Je tombe enceinte en décembre et Raphaël est né en septembre 2017. Ça a été pour nous une grossesse très stressante jusqu’à la fin des trois premiers mois puis jusqu’à la fin des cinq mois. Par précaution, je me suis arrêtée dès le premier mois de grossesse car j’avais des douleurs ligamentaires très fréquentes.

C’est un témoignage pour dire à celles à qui cela arrive, oui c’est injuste mais sachez que cela ouvre les yeux sur son couple. Nous nous sommes énormément rapprochés avec mon conjoint. Les amis?! Et bien cela montre lesquels sont les vrais. Et puis courage dans cette dure épreuve.