Témoignage d’Anne-Sophie

Septembre 2016, année du grand changement : mon fils allait faire sa rentrée à l’école en petite section. Étant professeur des écoles, j’avais tout prévu : du choix de l’enseignant que mon fils connaissait et appréciait à la familiarisation des lieux… J’avais également acheté des petits livres sur le thème de l’école et de la rentrée que nous lisions la journée ensemble et je favorisais les discussions pour déceler une quelconque inquiétude… Puis sa petite copine avec qui il était chez la nourrice rentrait elle aussi en petite section et était dans sa classe… Bref, j’avais organisé la rentrée de mon fils dans les meilleures conditions…

Cependant, j’avais omis un détail d’importance… Moi ! Malgré tout ce qui avait été mis en place, cette rentrée n’allait pas être aussi facile que prévue. J’avais déjà vécu une séparation lorsque mon fils était gardé chez une nourrice mais elle ne s’occupait que de trois enfants et était fabuleusement dévouée à son bien-être. Alors qu’à l’école, il allait se retrouver au milieu de trente enfants en demande permanente auprès d’un professeur bienveillant certes, mais avec d’autres exigences. Des questions s’enchainaient dans ma tête : va-t-il aimer sa classe ? Va-t-il avoir des copains ? Va-t-il suivre correctement ? Va-t-il avoir des difficultés ? Va-t-il se comporter correctement ? Va-t-il pleurer le premier jour ? Va-t-il me faire un caprice en s’accrochant à moi ou en hurlant ? Va-t-il croire que je suis une traitre qui l’abandonne ? A-t-il bien compris que je reviendrai bien le chercher ?

Lorsque j’ai parlé de mes angoisses à mon mari, celui-ci m’a très justement répondu que je ne pouvais être que le seul frein à cette rentrée. Et il avait raison. Comment pourrait-il apprécié sa rentrée s’il savait que sa maman allait mal ? Comment pourrait-il profiter de cette nouvelle expérience si je le parasitais avec mon sentiment de culpabilité à le laisser ? Je comprenais donc que sa rentrée était en fait notre rentrée. Lui, devait franchir cette nouvelle étape de sa vie pour grandir et se construire en société en tant qu’individu propre. Et moi je devais m’affranchir de mes angoisses pour le laisser vivre pleinement ce changement de rythme de vie.

Finalement, le jour de la rentrée est arrivé. Tout s’est bien passé. Je ne dirais pas que j’étais complètement sereine mais je ne voulais laisser transparaitre que de la tranquillité et un certain entrain en cette matinée pour que mon fils comprenne que cette journée allait être le début d’une belle aventure. Tout naturellement, il est allé saluer son professeur. Tout naturellement, il est parti jouer… Sans même un bisou ! Je vous avoue que j’étais un peu vexée mais le bonheur de le voir aussi bien dans cette classe surpassait ce sentiment. Nous l’avons donc laissé et sommes partis avec cette double sensation de bonheur et de curiosité de savoir si tout allait bien se passer.

Quand je suis revenue le chercher, il m’a sauté dans les bras et avait l’air ravi ! Quel soulagement ! Son professeur a su également être à mon écoute et a pu me rassurer sur le déroulement de sa journée.
Le soir, avant de s’endormir, mon fils m’a quand même demandé pourquoi des enfants avaient pleuré dans sa classe. J’ai donc pris le temps de lui expliquer que certains petits copains étaient très sensibles et qu’il ne fallait pas hésiter à venir les consoler et leur expliquer que comme lui, leur maman allait revenir les chercher très vite et qu’en attendant, il était plus drôle de jouer que de pleurer.

Je pense que l’on sous-estime beaucoup nos petits bambins qui, au final, ont souvent une capacité d’adaptation bien meilleure que la nôtre et peuvent être bien plus surprenants qu’on ne le pense. Malheureusement, c’est souvent nous-même qui nous mettons des barrières et parasitons parfois les expériences de nos enfants avec nos angoisses. Même si souvent nous n’en avons pas vraiment conscience.
L’année s’est très bien passée. Et même si mon fils n’a pas été le plus sage et le plus sérieux, le voir heureux a été pour moi la plus belle des satisfactions. La rentrée en moyenne section s’est également déroulée sans anicroche et j’espère que cela sera pareil pour la première rentrée de la petite sœur… À suivre !

Anne-Sophie