Témoignage de Maïlys

Dès la sortie de la fac, j’ai toujours été très investie dans mon travail que j’apprécie énormément. Depuis maintenant 8 ans que je suis professionnelle active, je ne me suis jamais vraiment imposée de limites. Par chance, mon mari a toujours été très compréhensif. C’est ainsi qu’il y a 2 ans et demi, j’ai accepté un poste m’imposant une grande mobilité. Déplacement de plusieurs semaines en Guyane, à La Réunion, en Corse… De chouettes destinations qui rendent le rythme de travail bien plus tolérable. En signant pour ce poste, je savais toutefois que je ne pourrai pas poursuivre indéfiniment. Mais pendant un an et demi ça roulait. La fatigue était compensée par de belles rencontres professionnelles, un dépaysement quasi permanent et la valorisation dont je bénéficiais, dans ma petite entreprise, de la part de ma patronne. Cette patronne justement qui attend de tous un investissement sans limite. Elle est dure, très dure. Mais comme je fais le job, je ne compte pas mes heures, les choses se passent bien.

Mai 2017, je suis enceinte. En août 2017, j’arrive au 3ème mois de grossesse. Il est temps de l’annoncer à ma boss car il va devenir difficile de cacher les rendez-vous médicaux qui vont se faire de plus en plus nombreux et qui ne sont pas toujours compatibles avec mon planning et ses attentes, et puis ça va finir par se voir… L’annonce s’est faite dans un climat plutôt serein. Pourtant je mesurais déjà que ses attentes à mon retour seraient toujours aussi élevées. Elle me disait d’ailleurs, à cette occasion, que je ne devrais absolument pas me sentir coupable de rester en réunion parfois jusqu’à 21h sans voir mon bébé le soir… Je commençais à réaliser que cette vie au travail risquait de devenir trop contraignante. Qu’importe, avant d’en arriver là, il fallait d’abord que le bébé arrive et ce n’était pas pour tout de suite, et la reprise au boulot à l’issue du congé maternité était une réalité encore très lointaine. Je n’y pensais pas.

Novembre 2017, je suis arrêtée peu avant mes 6 mois de grossesse par mon médecin qui me voit épuisée et régulièrement en larmes (étonnant ?). Ma fille née le 8 février 2018. Je suis dans une bulle pendant ces mois de fusion complète avec elle. Elle m’en fait baver, mais je me sens heureuse et je sais que ce sont des moments privilégiés que je partage à chaque instant avec elle. En mai 2018 pourtant, il faut me résigner à retourner travailler. Mon bébé n’a que 3 mois et demi, c’est beaucoup trop tôt ! Je ne me sens pas prête, mais il faut y aller.

Je ne comprends pas à quel point j’ai pu être naïve. Peut-être que j’ai cru un temps que mon sur-investissement du début me permettrait de bénéficier d’une certaine clémence et compréhension de la part de ma patronne. Pourtant rien ne devait changer, et la semaine de reprise à été assez violente psychologiquement. Je me suis sentie niée dans mon nouveau rôle de maman qui devait rester « à la porte ». Aucune compréhension lorsque je souhaitais travailler dans nos deuxièmes locaux plus proches de chez moi, une pression quasi immédiate pour que je reprenne les déplacements… Le poste que j’occupais n’était plus en phase avec mes nouvelles priorités. Je ne pouvais pas me satisfaire de deux petites heures avec mon bébé par jour en rentrant le soir, et encore, ça c’était au début, quand elle ne s’endormait pas avant 21h30 – 22h. Et comme j’ai la chance d’avoir un bébé qui fait désormais de bonnes nuits, parfois on ne fait que se croiser.

Dix jours de travail passent. J’étouffe et je suis malheureuse. Le choc du retour au travail est rude. Je ne veux plus de ce rythme, de cette vie, de ce temps perdu dans les transports… J’ai peur de rater des choses, de ne pas voir ma fille grandir et changer. J’ai peur d’être une de ces mamans toujours absentes aux moments importants. Et le pire, bien qu’avec le recul cela soit complètement irrationnel, j’ai peur qu’elle m’oublie la journée, ne me reconnaisse pas quand je rentre le soir, qu’elle me prenne pour une inconnue.

Dix jours de travail passent. Il ne m’aura pas fallu beaucoup de temps pour me décider mais je pose ma démission. Je quitte ce CDI confortable, à l’aube d’une période instable pour mon mari qui est en reconversion professionnelle. Le choix a été rapide mais difficile, ma crainte étant que mon mari se sente bridé dans son projet, alors que je perds le seul revenu de notre foyer pour plusieurs mois à venir. Mais à ce moment, nous avons pris conscience tous les deux de la réelle nouvelle priorité de notre vie, nous avons compris que pour ne pas passer à côté de notre vie de famille c’était maintenant ou jamais que nous devions nous décider. Surtout ne pas prendre le temps de s’habituer à cette vie qui me rendait triste tous les jours. Quitte à perdre tous les deux notre stabilité matérielle pour nous lancer en parallèle dans l’entreprenariat. Nous savons que nous y gagnerons une stabilité affective qui n’a pas de prix.

Aujourd’hui, août 2018, ma fille a 6 mois, mon préavis de démission se termine dans 5 semaines. À l’issue de ces 5 semaines je vais reprendre une activité indépendante à temps partiel car j’ai eu l’immense chance de rencontrer la bonne personne au bon moment. Elle me propose un poste à 60% tout près de chez moi, avec des horaires qui me permettront de déposer et chercher ma fille chez la nounou au moins trois jours par semaine, et de passer toute la fin d’après midi et soirée avec elle. Ce petit poste nous permettra d’assurer une stabilité financière minimale pour le foyer. Le reste de la semaine je serai à mon compte. Entre boulot à la maison et quelques déplacements beaucoup moins fréquents. Je serai une maman active certes, mais je veux désormais rester une maman avant tout. Mon mari n’a pas abandonné son projet. Il entame ses démarches très prochainement pour ouvrir un commerce d’épicerie en vrac dans notre secteur d’habitation. Il aura une charge de travail énorme, nous en sommes tout à fait conscients, mais son projet le stimule énormément. Je le soutiens pleinement car je sais que c’est le projet d’une vie. Nous restons conscients que nous allons traverser une période d’instabilité, nous allons devoir prendre le temps de nous caler sur ce nouveau rythme. Mais je suis confiante et je sais que notre équilibre va s’établir petit à petit.

Je savais que l’arrivée d’un bébé était un grand chamboulement, mais je n’imaginais pas ce revirement à 180°. Avec mon mari nous nous sommes donnés le défi de faire le bilan l’année prochaine. Nous avons hâte, mais pas trop… Je veux aussi profiter de voir doucement mon bébé grandir.

Maïlys

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