Témoignage de Solenn

Comme beaucoup de parents d’aujourd’hui, nous nous inscrivons dans la parentalité bienveillante et positive. Enfin, nous essayons et puis récemment pour la première fois mais sans doute pas la dernière, nous nous sommes heurtés à un dilemme.
Notre bébé fait des terreurs nocturnes depuis ses sept mois, elles ne sont pas fréquentes mais régulières ; une tous les quinze jours. Au début, nous avons d’abord été un peu décontenancés parce qu’on lit partout que les terreurs nocturnes n’existent pas avant dix-huit mois.
Et pourtant voilà ce que notre petit loup en fait la nuit : il se met à hurler comme jamais, ses cris donnent le sentiment qu’il est totalement terrifié. Il pleure beaucoup et a les yeux fermés. Il peut parfois les ouvrir mais son regard est alors complètement absent. Il peut aussi se mettre assis. Il est agité. Ça ressemble à du somnambulisme version tout petit coincé dans un film d’horreur. C’est toujours entre deux et trois heures après qu’il soit allé au dodo et ça ne dure jamais plus de cinq minutes (OUF !).
Là, vous comprenez bien que l’on peut difficilement confondre ce type d’épisode avec un mal de dents ou l’angoisse de la séparation. Et oui, les bébés de sept mois peuvent avoir des terreurs nocturnes, n’en déplaise aux magazines et sites d’information.
Une fois l’épisode terminé, bébé dort comme si de rien était. Quand par malchance, il s’est réveille, il est inconsolable et se rendort difficilement. Le lendemain matin, il a la banane, comme tous les jours.

Ce que nous faisons pendant une terreur nocturne…
Les premières fois, je me précipitais à son chevet, le prenais dans mes bras et j’essayais de le rassurer. Jusqu’au moment où j’ai compris que ces épisodes s’apparentent au somnambulisme. Donc un seul mot d’ordre : NE SURTOUT PAS LE RÉVEILLER au risque de prolonger son épisode, de lui faire peur et d’en provoquer un autre lors de son prochain cycle. Parce que tout comme un somnambule, bébé n’a aucune conscience de ce qu’il passe, il dort. Par contre, si il se réveille, il sera perdu, inquiet et angoissé.
Comme c’est dur de voir son bébé bouleversé et de devoir rester stoïque. Toutefois, il vaut mieux discrètement entrer dans sa chambre pour s’assurer qu’il ne se fasse pas mal. Parce que comme un somnambule il peut se cogner, trébucher, tomber…

Pourquoi notre bébé fait-il des terreurs nocturnes ?
Notre bébé est « en dette » de sommeil. Lors de ses phases de sommeil lent profond qui sont une à deux heures après l’endormissement et aussi en milieu de nuit, son cerveau travaille trop et il provoque une terreur. Il y a aussi un facteur héréditaire, beaucoup d’enfants somnambules ou adultes ont eux mêmes fait des terreurs bébés. Et dans ma famille, mes deux sœurs et notre père ont été somnambules. Du coup, ça ne me fait pas peur, je sais ce que c’est !

Notre dilemme :
Nous étions donc confrontés à un problème. Notre bébé depuis sa naissance vit à son rythme et qui est non calé sur le notre. Il fait une sieste si il en a envie et quand il en a envie. Il va au dodo quand il manifeste des signes de fatigue et se réveille le matin tout seul. Un petit pacha en vacances toute l’année (il est gardé à la maison).
Du coup, nous avons un bébé qui ne fait pas souvent la sieste et qui est un « couche tard ». Mais comme dans la parentalité bienveillante, on ne fait pas à un bébé ce qu’on aimera pas qu’on nous fasse, nous n’avons jamais cherché à imposer à bébé une heure pour aller au lit. Après tout, moi aussi je suis une couche tard alors pourquoi pas lui ?
Donc à neuf mois, il se couchait à 21h30, sans pleurs, ni cris. Mais il faisait toujours des terreurs…
C’est alors qu’un peu inquiets, nous en avons parlé à son pédiatre qui nous a dit tout de suite : « STOP ! Votre bébé est juste beaucoup trop fatigué ! Si vous voulez qu’il arrête de faire des terreurs, il doit aller au dodo à 20h30 et faire une sieste le matin et une autre en début d’après-midi. Et quant à vous, vous devez arrêter de vous précipiter quand il se réveille de sa sieste pour le laisser faire un cycle en plus si il en a besoin. Il n’est pas rare qu’un bébé se rendorme. »
Sur le principe, nous étions tout à fait d’accord sauf que le coucher à 20h30 cela suppose qu’on « laisse » parfois notre bébé pleurer dans son lit. Et ça, ce n’est une mince affaire pour les parents pétris de bienveillance que nous sommes. Alors, nous avons décidé d’essayer pour mourir moins bêtes et c’est la mort dans l’âme que nous avons mis bébé au lit à 20h30 pétantes, en croisant les doigts pour qu’il ne pleure pas, qu’il ne se sente pas abandonner.
La première nuit, il n’a rien dit. La seconde non plus, la troisième; il a chouiné 5min et s’est endormi, la quatrième il n’a rien dit. Et ainsi de suite. Et puis, plus de terreurs à l’horizon.
Concernant les siestes, c’est une autre histoire. Notre bébé en fait une très volontiers vers 11h mais celle de l’après midi par contre on peut toujours courir.  Il dort 12h la nuit et 2h en journée et ça lui suffit. Les bébés de six à douze mois dorment en moyenne entre 13h et 15h par 24h donc, on est bon ! YES !

On est bon ! Mais on ne va pas se mentir, il arrive que bébé pleure, trois, cinq, dix minutes et c’est un véritable crève-cœur. Alors nous allons le voir pour le rassurer, lui redonner sa tétine, son doudou, lui donner un dernier bisou mais nous ne restons plus avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme. Parce que nous ne voulons pas laisser ses pleurs sans réponse mais nous voulons aussi lui apprendre à s’endormir seul.
Il faut bien comprendre que ce que nous faisions avant, attendre qu’il tombe de fatigue pour ne pas l’obliger à aller au dodo alors qu’il n’en a pas encore envie, le bercer encore et encore quand à 21h30, il peinait à trouver le sommeil, ne faisait qu’irrémédiablement repousser son heure de coucher. Nous pensions, pétris de bonnes intentions, l’accompagner au mieux et en fait notre bébé était fatigué, « en dette de sommeil ». Aujourd’hui, après quelques semaines, bébé s’endort tout seul et plus tôt.

Évidemment les jours où il s’est décalé, (soit en faisant une grasse matinée soit parce que nous étions à l’extérieur au moment de sa sieste, soit parce qu’il a fait un petit somme en fin d’après midi, soit parce qu’il s’est endormi comme une masse à 19h la veille, bref ce n’est pas l’armée non plus… Ces soirs-là, nous repoussons l’heure du coucher. Nous lui imposons donc une heure de coucher le soir et une sieste le matin. Ce nouveau rythme plus ritualisé à l’air de fonctionner sur la qualité de son sommeil.
Ce choix fait-il de nous des parents moins bienveillants ? Moins à l’écoute du bien-être de leur enfant ? Si oui, c’est que ce mode d’éducation plein d’empathie est très loin de prendre en compte les troubles du sommeil des bébés et les affects des parents (soit dit en passant).

Solenn

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