Témoignage d’Esther

Un premier enfant qui arrive est un chamboulement. Avec mon amoureux nous étions prêts depuis un long moment à accueillir un petit être à aimer.

Je n’avais jamais entendu parler de quatrième trimestre, de cododo, de portage, d’allaitement ou de maternage. Tout ces termes m’étaient complètement étrangers et au contraire je ne connaissais que trop bien les : « 18h de sommeil en moyenne pour un nouveau-né, faire ses nuits les premiers mois, le poser dans son transat pour vaquer à ses occupations » et j’en passe. Je ne dis pas que je n’étais pas prête, bien au contraire, je voulais changer mon rythme de vie pour me consacrer à un bébé. Je dis simplement que j’ai dû tout remettre en question et apprendre, non pas ce dont j’avais besoin pour ma fille, mais ce dont ma fille avait besoin.

Nous avons attendu tellement longtemps avant de se laisser aller pour concevoir notre enfant (vive la société !), que nous avions eu le temps de planifier, prévoir et nous projeter. Peut-être un peu trop.

Ma grossesse fut idyllique et j’attendais l’accouchement avec impatience pour vivre « mon rêve ». Oui accoucher faisait partie de mes rêves.
Ça ne s’est pas déroulé comme je l’avais souhaité et imaginé.
L’accouchement avait certes été difficile mais c’est surtout l’hémorragie utérine qui avait suivie qui avait sûrement fait capoter tout nos plans. J’étais faible et déchirée. On m’avait arraché ma fille à sa naissance pendant plus d’une heure et si c’était bouleversant pour moi alors imaginez les dégâts sur un nouveau-né à peine sorti de l’utérus chaud et confortable de sa mère. Passer de l’intérieur doux et réconfortant à l’extérieur froid et bruyant. Sortir difficilement et douloureusement et terminer tout ça par un arrachement brutal. Waouh ! Dire que je ne comprenais pas pourquoi les premiers mois étaient si durs. Il m’aurait suffit de réfléchir un minimum.

Les premiers jours de mon bébé à la maternité se sont bien déroulés. L’allaitement était difficile à mettre en place mais j’avais confiance en moi et en elle. Bébé était en bonne santé et il n’y avait pas lieu de s’inquiéter le moins du monde.
Après cinq jours passés à la maternité je voyais le retour à la maison approcher. Contrairement à la plupart des nouveaux parents, je ne voyais pas ce retour comme positif. J’imaginais déjà le nettoyage, les courses, les repas à faire ainsi que maintenant toutes les choses à faire pour ma fille. Je savais que j’en étais capable mais je n’en avais pas le courage je me sentais beaucoup trop faible et fatiguée. Moi qui me suis toujours considérée comme une « force » de la nature… Non seulement sans la médecine je ne serais plus de ce monde mais en plus je n’arrivais pas à reprendre des forces aussi vite que prévu.

Et puis… Notre fille a changé de comportement. Nous n’étions pas encore partis de la maternité qu’elle s’est mise à beaucoup pleurer. La dernière nuit, avant de rentrer, afin de me laisser dormir, le papa a passé son temps dans le couloir à essayé de calmer les pleurs d’un bébé rougeâtre qui avait l’air de souffrir. Le fameux jour du départ est arrivé et lorsque nous sommes arrivés chez nous, il faisait pourtant un temps magnifique et mon homme était aux anges… Mais je voyais pas les choses de cette façon.
Les plats de la maternité étaient équilibrés et apportés à heures fixes… Mais je devais me contenter de fougasses, pizzas et autres plats préparés que le papa faisait réchauffer car lui aussi était trop fatigué pour préparer quoi que ce soit. Je m’étais imaginée qu’en devenant père, une sorte d’instinct lui serait poussé et qu’il deviendrait « cuisinier ». Mais il n’en était rien. Il était le même et si je ne faisais pas de liste, de courses ou de plats alors je pouvais me brosser. Les tâches ménagères attendaient toujours d’être faites.
Le pauvre avait l’impression de bien faire. Il ne s’imaginait même pas à quel point je lui en voulais de ne pas être « à la hauteur ». Bien sûr ce n’était que mon point de vue très exigent. Aujourd’hui je regrette de ne pas avoir été plus laxiste sur certains points.

À partir de ce moment les pleurs était devenus incessants. Elle acceptait uniquement mes bras et rien d’autre. Ni transat, ni lit… Rien. Uniquement moi. Alors je lui ai offert ce dont elle avait besoin tous les jours pendant des mois. La plupart du temps avec plaisir mais j’avais parfois besoin de prendre un peu de temps pour moi. Ne serait-ce que de la poser pour me doucher, aller aux toilettes, me faire à manger ou même manger. Prendre deux minutes de temps pour moi, toute seule. Mais non je n’avais aucun répit. Aucun. Évidement le papa était au travail et ne pouvait pas faire plus que ce qu’il faisait déjà. Il rentrait dès qu’il pouvait le midi pour me faire à manger, ensuite il s’occupait de la petite pendant que je me douchais et il devait ensuite repartir travailler. Il revenait à 18h après sa journée mais ça me paraissait une éternité. Je lui en voulais énormément de passer du bon temps au travail pendant que je supportais les pleurs toute la journée. Pour vous dire à quel point mon esprit tournait à l’envers à cause de la fatigue.
« Va te promener quand tu n’en peux plus !» Mais même me promener était physiquement trop difficile pour moi.
Ces moments où je la posais quelques secondes étaient un calvaire pour moi, elle hurlait à en devenir violette.
Ensuite le soir approchait, notre enfant se mettait à hurler pendant plusieurs heures sans possibilité d’être calmée. Emmaillotée et maintenue fermement mais avec tendresse dans nos bras, était la seule chose à faire. Patienter.

Appelés les « pleurs du soir », ils sont tout simplement une décharge émotionnelle de l’enfant face à la journée qu’il a passé. Nous avons donc, en plus de ses pleurs journaliers, supporté les crises du soir pendant presque deux mois de 19h à 22h. Ils étaient la goutte d’eau d’épuisement total. Nous n’avions même pas la possibilité de dîner ensemble ou de nous poser juste un instant tous les deux . Nous avions mis un relais en place ou papa commençait à s’occuper de bébé pendant que je mangeais puis nous échangions et je m’endormais avec le bébé en cododo.

Ce dernier était le seul moment paisible pour nous trois. Elle contre moi, moi dans une position complètement folle et mon chéri dans son tout petit coin de lit. J’essayais parfois de la poser dans son lit collé au nôtre, pour avoir un peu de place, mais elle se mettait tout de suite à pleurer alors je ne bataillais pas. J’avais besoin de dormir, et la garder contre moi était la seule solution et finalement ça me faisait aussi du bien. L’allaitement se passait toujours mal et les douleurs aux tétons étaient difficiles à gérer. Je pleurais énormément et en guise de soutien on me donnait du : « Donne-lui un biberon. » « Si elle pleure c’est sûrement parce qu’elle a faim. » Non seulement l’entendre pleurer était difficile mais en plus on me faisait croire que c’était à cause de moi.

Même mon homme ne savait pas comment me soutenir… Je l’ai pris comme une trahison. Je lui donnais donc des biberons pour ne pas la laisser mourir de faim mais comme par hasard elle ne les buvait même pas. Ce n’était donc pas un problème de nourriture. Il cherchait simplement à me (et à se) soulager mais finalement c’était encore pire de ne pas trouver de soutien auprès de lui. Il était mal, il ne trouvait pas sa place avec cet enfant qui ne voulait que de moi. Il se sentait exclu de notre trio. Et pourtant, à l’inverse je le détestais de ne pas s’impliquer davantage dans sa relation avec notre fille pour me soulager un peu plus. Mais ce n’était ni de sa faute ni de la mienne.
Il m’aidait énormément mais plus les jours avançaient et moins nous ne nous comprenions. J’étais mal, je pleurais chaque jour un peu plus et ma fille faisait de même. Plus elle pleurait et moins je ne comprenais ce qui ce passait, plus je fatiguais et plus je pleurais. C’était un cercle vicieux. Lorsque lui aussi se mettait à pleurer de ne plus savoir quoi faire et de fatigue, je lui en voulais de pleurer et de se victimiser. Le pauvre était aussi seul et fatigué que moi.
Étrangement mon cercle d’amis s’est restreint. Pas d’aide, pas de soutien ! Où étiez-vous ?

Certaines personnes passaient boire un café. Mais préparer ce fameux café était déjà un calvaire pour moi. Il fallait que je me prépare et que je range le foyer et tout ça en m’occupant en même temps de cet enfant qui refusait de dormir ou même d’être posé. Tout ça pour donner un semblant de bien-être au visiteur… Quel mensonge. Si vous allez visiter une nouvelle maman, ne cherchez pas à prendre le bébé dans vos bras. L’enfant n’y prendra pas de plaisir et la mère non plus. Proposez peut-être plutôt de l’aide ménagère ?
Ma famille, elle-même était dans l’incompréhension de ce qui pouvait nous arriver. Peut-être même dans l’ignorance ou certainement plus dans le déni. Je n’arrivais pas à leurs faire comprendre la détresse dans laquelle je me trouvais. Je voulais leurs dire à quel point j’étais heureuse d’avoir ma fille mais aussi à quel point j’étais fatiguée et seule. Cette impression de vide malgré l’omniprésence de cet enfant qui pleurait toute la journée.
Les médecins et pédiatres étaient tous d’accords pour dire que notre bébé était en bonne santé et pleurait car tout bébé normal pleure. Mais nous savions qu’il y avait quelque chose. Nous avons cru aux coliques, au RGO, à toutes ces choses qui auraient pu donner un sens à ce qui se passait.Heureusement après une séance d’ostéopathie, pendant laquelle le nez et le palais de bébé ont été replacés, l’allaitement s’est ensuite bien passé. Ça ne changeait pas grand chose aux pleurs mais moins je n’avais plus mal aux tétons.

Un enfant qui pleure et qui ne dort pas est clairement un calvaire. C’est une torture lente et difficile qui n’est même pas reconnue par la société. « Bah oui quand on a un enfant c’est normal de moins dormir. » Que les gens sont bêtes ! Lorsque l’on en parle les personnes préfèrent en rire en disant bien fort que ce ne doit pas être facile tous les jours et qu’ils se demandent comment nous arrivons à le surmonter.
Mais en fait nous n’avions pas vraiment le choix. Heureusement pour nous les parents de mon homme étaient là pour nous. Du soutien mental et physique. Plus tard lorsque je me suis sentie prête, nous allions chez eux et ils gardaient notre fille pour que nous puissions nous retrouver. C’est même arrivé que ma belle-mère se lève la nuit pour rendormir notre enfant…

Enfin bref, quand je repense aux six premiers mois de mon bébé je suis obligée de pleurer car j’ai cette impression que nos moments de douceurs nous ont été volés. Je repense toujours à cette profonde solitude dans laquelle j’ai été plongée. Avec cette sensation de s’enfoncer chaque jour un peu plus dans un trou noir sans issue.
Ma fille avait simplement besoin de réconfort et moi de sommeil. Il y avait bien une issue. Évidement je pense aussi à toute ces choses merveilleuses que nous avons vécues et peut-être que les bons moments sont gravés justement encore plus profondément. À partir du moment où j’ai accepté de me donner à 100% pour elle et son bien-être ça a été plus facile. Je ne me battais plus pour que mon bébé soit comme les autres. Je faisais simplement en sorte de lui apporter ce dont elle avait besoin.
Alors, oui c’est difficile… C’est même plus que ça ! C’est une torture lente et douloureuse mais il y a bien une fin. La notre est arrivée le jour de ses 11 mois. Elle a commencé à faire des nuits complètes qui nous permettaient de vraiment nous reposer. Peu de temps avant elle avait même commencé à faire des siestes. J’ai arrêté de vouloir l’endormir à tout prix dans son lit mais je l’ai portée. Maintenant je sais que c’est ce dont elle a besoin, s’endormir contre moi. C’était long mais aujourd’hui nous avons appris tellement de choses. Notre remise en question a été permanente et nous avons énormément mûri. Nous faisons preuve de beaucoup plus de patience et arrivons même à rire de la situation intense et douloureuse que nous avons vécue. Nous savons que nous serions capable de gérer une autre fois cette situation mais avec de meilleures techniques car nous sommes maintenant informés. Nous ne chercherons plus à rentrer dans la norme et dans les moyennes. Notre prochain enfant sera comme le premier. LUI-MÊME.
Avec l’espoir tout de même qu’il dorme un peu plus.

Esther

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