Témoignage de Sophie

J’ai accouché il y a un peu plus de quatre mois d’un deuxième petit garçon, mon premier étant âgé de 3 ans et demi.

Ayant moi-même eu la chance d’avoir une soeur, avoir deux enfants était pour moi une évidence. Je n’ai jamais perçu le fait d’avoir un frère ou un soeur comme une source potentielle de conflit, mais plutôt comme un cadeau car, en quelque sorte, cela signifie ne plus jamais être seul dans la vie.
Nous avons donc souhaité, avec mon compagnon, ne pas trop tarder avant d’avoir un second enfant afin que les deux puissent, autant que possible, avoir des centres d’intérêt communs et grandir ensemble. Quand nous avons appris que nous attendions un deuxième petit garçon, nous nous sommes réjouis à l’idée que l’entente entre les enfants allait probablement être facilitée par l’identité de sexe.

Une fois enceinte et malgré la relative confiance dans le fait que tout allait bien se passer pour notre plus grand garçon, toute une série de questions a surgi: à quel moment et comment le lui annoncer ? Faut-il attendre que cela se voit au niveau de mon ventre ou cela n’a-t-il aucune importance ? Faut-il spontanément le rassurer ou vaut mieux-t-il attendre qu’il pose lui-même des questions ? Comment va-t-il réagir à la naissance ? Va-t-il nous faire des crises de jalousie ostentatoires ou cela va-t-il se manifester de façon plus insidieuse à travers de petites régressions ?

Finalement, nous avons décidé d’annoncer ma grossesse à notre aîné après les douze semaines fatidiques et après avoir reçu les résultats de la prise de sang confirmant que le bébé n’avait aucun problème chromosomique et révélant son sexe. Cela nous semblait être un bon point de départ puisque alors, nous pouvions considérer que les choses étaient sur de bons rails et avaient beaucoup de chances d’aboutir. Pour concrétiser d’avantage les choses dans sa tête, nous lui avons montré des photos de moi enceinte de lui avec mon gros ventre. Première surprise: il nous a répondu : « Ah d’accord ! », comme s’il avait très bien compris de quoi il s’agissait et que c’était la chose la plus banale du monde !

Par la suite, même s’il avait parfaitement intégré l’information (il me demandait souvent des nouvelles du « petit frère dans mon ventre »), il ne m’a pas du tout ménagé et n’a, à aucun moment, exprimé la moindre empathie face à ma fatigue ou mes douleurs physiques. Avec le recul, je me dis qu’il avait commencé à exprimer sa jalousie pendant ma grossesse et peut-être même bien plus pendant cette période que depuis la naissance de son frère.
Ainsi, à partir d’un moment, il a décidé qu’il ne marcherait plus le matin quand on le conduisait à l’école. Je devais donc l’y conduire en poussette (alors que nous habitons à 5min à pieds de l’école). Il me disait quarante-cinq fois par jour  : « Maman, les bras ! » Si j’avais le malheur de m’étendre dans le fauteuil, il s’empressait de sauter juste à côté de moi, voire carrément sur moi, en me demandant s’il faisait mal au petit bébé dans mon ventre et si ce dernier pleurait… (Bonjour le sadisme !)

Environ deux mois avant l’accouchement, il s’est mis à faire des crises de colère et de pleurs ingérables, pour un oui ou pour un non, plusieurs fois par jour. Il suffisait qu’on lui refuse, par exemple, un biscuit et il se transformait en abominable enfant gâté et capricieux, pleurant et criant. Si nous avions le malheur de le monter dans sa chambre pour qu’il s’y calme, les pleurs se transformaient en hurlements et il se débattait comme si nous nous apprêtions à le torturer.
Cela a été une période épouvantable. Etait-ce lié à l’arrivée imminente de son frère ou simplement à son âge (le fameux « terrible two/three ») ? Toujours est-il que ces crises ont cessé quasiment du jour au lendemain peu de temps après la naissance de notre deuxième enfant…

La veille de la naissance, nous étions allés le matin chez ma gynécologue. J’avais dépassé le terme et elle nous a annoncé que l’accouchement était imminent. Elle nous invitait donc à nous rendre à l’hôpital le soir-même. J’ai alors pris conscience qu’il s’agissait de notre dernier jour à trois. Avant de partir pour l’hôpital, nous avons annoncé à notre aîné qu’il allait enfin pouvoir rencontré son petit frère le lendemain parce que « le docteur allait sortir le bébé du ventre de maman » (façon de s’exprimer un peu bébête mais très claire pour notre petit). Comme à son habitude, il a eu l’air de très bien comprendre et de trouver cela tout à fait normal.

Je me souviens avec un petit pincement au cœur des derniers moments : comme nous devions nous rendre à l’hôpital tard dans la soirée, nous avons préalablement mis notre aîné au lit (il dormait chez mes parents) et nous en avons profité pour nous coucher quelques instants avec lui, histoire de faire un gros câlin à trois. J’ai respiré son odeur, prenant conscience de ce que c’était la dernière fois que je le tenais dans mes bras en tant que fils unique, mon petit garçon qui ne serait bientôt plus mon bébé, du moins plus le seul…

Le jour de l’accouchement, alors que je m’étais imaginée plusieurs fois la scène de la rencontre entre les deux frères et m’en réjouissais, j’ai été surprise de vivre ce moment de façon plutôt douloureuse. Voir mon grand arriver dans la chambre d’hôpital, si grand à côté de son frère et pourtant encore si petit, son air intrigué et légèrement ému, a fait exploser mon coeur. J’avais envie de le protéger, de lui dire que j’étais si fière de lui, que je l’aimais toujours autant, que cela ne changeait rien. Je me suis empressée de le prendre dans mes bras pour lui montrer à quel point j’étais contente de le voir, mais me suis bien gardée de lui montrer ma relative tristesse du moment (peut-être déjà les prémisses du baby-blues) pour ne pas l’inquiéter. Mon mot d’ordre était de faire en sorte que cette nouvelle situation soit une bonne chose, dont nous n’allions retirer que du positif ! C’était le message que je voulais et que j’essaye toujours de lui faire passer ! Je ne veux pas qu’il puisse penser qu’il a des raisons de s’inquiéter. Donc, même si j’essaye de ne pas trop bouleverser ses habitudes en étant attentive à ses besoins et en lui donnant sa « dose d’affection » quotidienne, je n’en fais pas non plus des tonnes et j’accorde aussi à son frère la place qu’il mérite. Parce que c’est… tout simplement normal !

Depuis, je dois dire que nous n’avons pas à nous plaindre. Notre grand garçon ne cesse de nous étonner par sa gentillesse, sa bienveillance et sa douceur à l’égard de son petit frère (enfin, « douceur » toute relative… Comme tout petit enfant, il est souvent assez brusque dans ses gestes et je ne compte plus le nombre de « attention ! » ou de «  doucement ! » que je répète à longueur de journée…). Il veut tout le temps le prendre dans ses bras, lui faire des bisous et des « caresses » (qui ressemblent plus à des frottements vigoureux). Ceci dit, je suis toujours étonnée de voir que son petit frère n’est absolument pas dérangé par les « brusqueries » du grand, bien au contraire ! Il le regarde intensément et lui sourit beaucoup. Il cesse même de pleurer en sa compagnie. En échange, notre grand fait aussi preuve d’une patience étonnante en ce sens qu’il semble comprendre que son frère n’est pas encore apte à jouer avec lui et qu’il demande beaucoup d’attention de notre part.

Alors, bien sûr, ce n’est pas toujours simple et de tout repos. Même s’il ne manifeste pas de jalousie claire, le grand demande tout de même de plus en plus que l’on joue avec lui, qu’on reste près de lui, qu’on le prenne dans nos bras… Bref, il a besoin que nous compensions d’une manière ou d’une autre tout le temps que nous passons à nous occuper de son frère. Alors, c’est ce que nous tâchons de faire, à tour de rôle. Et si nous n’avons pas la possibilité de répondre immédiatement à sa demande, nous tentons alors de déjouer sa frustration en le faisant participer aux soins apportés à son frère: le distraire pendant que je prépare le biberon, le tenir dans ses bras pour qu’il cesse de pleurer, etc. Ce qui fonctionne très bien aussi et qui procure manifestement beaucoup de plaisir à notre aîné, c’est lorsque nous lui montrons des photos ou vidéos de lui au même âge que son frère. Par exemple, une photo de lui portant les mêmes vêtements que ceux que son frère porte maintenant ou de lui en train de faire un câlin avec son papa ou de son premier repas, etc.
Bref, pour l’instant, nous nous en sortons de cette manière et cela fonctionne plutôt bien ! J’ai, cependant, conscience que nous ne sommes qu’au tout début de leur relation de frères (à peine plus de quatre mois !) et qu’il y aura certainement des phases de mésentente et de disputes. Mais nous improviserons à ce moment-là !

 Sophie D.