Témoignage de Constance

Pour nous, l’arrivée d’un deuxième bébé était presque une évidence. On ne voulait pas que Léontine ait trop d’écart avec son frère ou sa sœur : deux ans ça nous paraissait être un bon choix. Ils pourraient rapidement jouer ensemble, être complices, partager leur chambre etc. A l’époque nous étions dans un tout petit appartement (50m²) avec une seule chambre, qu’on imaginait facilement devenir LA chambre des enfants. Bref, on allait pouvoir rester encore un peu dans cet appartement qu’on aimait beaucoup même avec deux enfants en bas âge. De toute façon une pièce de plus n’était pas dans notre budget si on voulait garder le même quartier (pour garder aussi sa place en crèche, on se comprend hein ?). Donc quand j’ai été enceinte, on a commencé à faire des plans sur la comète, à imaginer dans nos têtes une toute autre organisation, décoration, puis ranger, trier, jeter, donner… (On ne savait pas encore ce qui allait nous tomber dessus !)

Quant à Léontine c’était une petite fille très raisonnable, on n’avait pas trop de mal à imaginer une vie à quatre parce qu’on savait qu’avec elle ce serait facile. Elle s’adaptait bien à toutes les situations donc un nouveau bébé, ça ne nous faisait pas peur. Moi ce qui me faisait peur c’était plutôt de perdre cette énorme complicité que j’avais avec elle. Elle était MON premier bébé, j’ai pu lui donner toute mon attention, mon amour, j’ai arrêté mes études pendant un an pour ne rien rater de sa première année. On a été dans une bulle pendant plus d’un an et la coupure avec la reprise des études et la nounou a été dure mais voilà on avait tout de même retrouvé un bon équilibre. C’est l’idée de devoir partager équitablement mon temps, mon amour, mon attention et de ne pas y arriver qui était source d’angoisse. Avoir pris la décision de « casser » ce trio qui marchait bien s’est avéré être un peu plus difficile que prévu. Ben oui, je m’attendais à quoi ? Ce nouveau bébé, j’allais devoir lui donner beaucoup d’attention en délaissant tout le reste au début, et honnêtement ce bébé je n’y étais pas encore accro…

C’est dur, c’est culpabilisant parce qu’on lit souvent des mamans qui « aiment » leur bébé à la première seconde dès lors que le test de grossesse est positif ou quand elles le sentent bouger. Moi je n’y arrivais pas… Même pour Léontine j’ai eu beaucoup de mal à me projeter, à me l’approprier, à l’imaginer. Alors même si j’y étais forcément attachée, je n’arrivais pas encore à dire que je l’aimais.

Mais ce bébé je l’avais voulu, pour nous, pour avoir une fratrie soudée, une famille comblée. J’aimais l’idée d’avoir des bébés rapprochés, ça m’a permis de relativiser et de me dire que de toute façon la relation exclusive de l’enfant unique ne pourrait durer éternellement. Donc ça y était : à ce moment précis je ne voyais plus Léontine comme mon bébé mais comme une grande sœur et je l’aimais encore plus comme ça, elle serait parfaite dans ce rôle.

Première échographie, tout va bien. MAIS ce qu’on n’imaginait pas, c’était ça : DEUX bébés !!!
(Je vous entends rire !)
Le comble non ? Moi qui n’avais qu’une seule crainte c’était de délaisser mon ainée, et bien j’ai été servie ! Pendant la grossesse gémellaire qui est une grossesse à risque j’ai dû moins m’en occuper. Et quand ils sont arrivés, et bien, nous avons activé le « mode survie », à savoir : ne pas espérer avoir une vie sociale, dormir en pointillés, manger à des heures improbables (quand on peut), travailler à la chaine, laisser tomber certains principes éducatifs pour ne pas mettre à rude épreuve son self-control, apprécier chaque moment avec chacun individuellement (même s’ils sont rares), et le plus important : savoir que ça ne durera pas !

Donc je donne le contexte : nous sommes la première semaine à la maison à cinq, ou six puisque ma belle-mère était venue nous aider (je rappelle dans 50m² !). J’essaye d’allaiter, mais un des bébés se fatigue trop vite au sein, je dois tirer mon lait, j’ai l’impression de ne faire que ça, c’est compliqué.
Léontine me rejette complètement, en me faisant de grosses crises, en voulant sa grand-mère, en hurlant dès que je veux la prendre dans mes bras. Dur… Un jour alors qu’elle faisait une énorme crise, j’ai complètement craqué devant elle, en pleurant comme une madeleine, en lui demandant pardon, en lui disant que ça me faisait mal, très mal de la voir comme ça. Elle a stoppé net, puis est partie se promener avec sa grand-mère. En revenant elle n’a plus jamais fait une seule crise, comme si elle avait compris. A deux ans elle était encore toute petite et ça n’a pas dû être facile pour elle de passer de fille unique à ainée d’une famille nombreuse. Mais depuis ce jour précis, je n’ai aucun souvenir de crises de jalousie, ou de pleurs. Elle a vite compris qu’en me laissant finir avec les jumeaux, j’aurais ensuite tout le temps pour elle. Elle a grandi plus vite c’est sûr, et son caractère raisonnable a surement aidé. Je ne peux lui dire que MERCI d’être aussi facile à vivre et de nous avoir aidés à passer cette première année un peu sportive aussi sereinement.

Aujourd’hui on a trouvé un super équilibre à cinq. J’aime mes enfants infiniment et chacun différemment. Quand on a des jumeaux on accepte de ne pas pouvoir donner autant à chacun, de ne pas pouvoir répondre à la seconde aux besoins de chacun, que la frustration c’est aussi un bon apprentissage dans la vie (on s’en persuade !) et qu’ils ne sont pas plus malheureux. A trois ans et demi et dix-huit mois, ils commencent à beaucoup jouer ensemble et c’est un bonheur de les voir rire aux éclats et de voir naitre cette complicité que j’attendais tant !
Je ne regrette rien, si je pouvais choisir je recommencerais tout, avec les mêmes galères et les mêmes petits bonheurs. On est une famille nombreuse heureuse !

Constance

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