Témoignage d’Élise

L’idée d’allaiter est venue de façon très naturelle pour moi. Je crois ne m’être même pas posée la question, c’était une évidence. Pendant neuf mois, j’ai nourri mon bébé dans mon ventre alors pourquoi ne pas continuer puisque la nature m’offrait cette possibilité. Dans ma famille, les femmes n’avaient pas pour habitude d’allaiter les bébés mais j’avais envie de le faire, de vivre cette expérience.
Autour de moi, j’ai des amies qui ont allaité, d’autres non. Pour certaines ce fût très simples pour d’autres, plus compliqué. Ce que je retenais surtout de leurs expériences, c’est que chacune suivait son propre chemin quand il était question d’allaitement.

Pendant ma grossesse et pour me préparer à l’accouchement, j’ai suivi des cours de préparation à la naissance. J’ai opté pour une méthode alternative avec une sage-femme sophrologue. De l’ensemble des thèmes abordés, l’allaitement est, je pense, celui que j’attendais le plus impatiemment et je n’ai pas été déçue !
Ce cours a renforcé mon désir déjà existant d’allaiter mon bébé et je me sentais désormais armée pour y arriver. J’étais motivée, confiante mais aussi consciente des difficultés que je pourrais rencontrer pendant l’allaitement. Et je gardais en tête qu’il me serait possible de stopper si cela devenait trop difficile.

J’ai eu un accouchement rêvé, zen, rapide et j’ai pu mettre mon fils au sein très vite en salle de naissance. Il semblait bien prendre le sein et y est resté toute la durée du peau à peau avant que l’on nous conduise dans notre chambre. Je repense à ces moments avec beaucoup de nostalgie. Mon petit garçon était enfin dans mes bras et je l’admirais téter si paisiblement.
Ce qui me paraissait simple en salle de naissance, c’est révélé beaucoup plus compliqué dès le lendemain avec l’apparition de gerçures assez désagréables. Les sages-femmes m’ont conseillé d’appliquer une crème à base de lanoline afin de réparer le mamelon le temps que ma peau « se fasse » à la succion de mon bébé. Mais cela a été très insuffisant et les gerçures se sont transformées en crevasses très douloureuses lors des mises au sein.
Pour essayer de limiter ces douleurs, j’ai utilisé des bouts de sein en début de tétée seulement pour éviter que bébé ne s’y habitue et que cela empêche une bonne stimulation de la lactation. À ce moment, l’idée d’abandonner est très loin derrière moi. En peu de temps j’ai pris goût à l’allaitement et je n’ai pas du tout envie d’y renoncer ! Chaque mise au sein était une épreuve que j’encaissais avec des larmes mais j’ai tenu bon car ce lien que je tissais avec mon bébé était très précieux à mes yeux.

Pendant mon séjour à la maternité, je me suis rendue compte que j’avais une connaissance très limitée de l’allaitement et que je ne m’attendais pas à connaître autant de difficultés. Les conseils divergents selon la puéricultrice que j’avais en face étaient également très déroutants pour moi. Néanmoins à chaque fois on me disait que mon fils tétait bien et que les crevasses ne dureraient pas.
Les nuits à la maternité ont été particulièrement difficiles car mon petit garçon voulait téter non-stop, je ne dormais pas, j’étais épuisée et je vous laisse imaginer l’état de mes crevasses. Et puis chaque matin, mon fils devait passer l’épreuve de la pesée. En tant que jeune maman allaitante je trouvais cela très stressant et je priais secrètement pour qu’il ait pris quelques grammes. Le dernier jour, surprise, cent grammes de plus sur la balance grâce à la montée de lait.

Nous sommes rentrés chez nous, la maternité a organisé un suivi par une sage-femme libérale à domicile. Je n’oublierai jamais la première visite car je l’attendais comme le messie ! Le bout de mes seins me faisait beaucoup souffrir et je frôlais l’engorgement. On a revu ensemble les positions d’allaitement, elle m’a prescrit de l’homéopathie et un tire-lait pour à la fois stimuler la lactation et éviter les engorgements.
Malgré un allaitement à la demande le poids de mon bébé stagnait, il recommençait même à descendre. Finalement je me suis mise à redouter les visites quotidiennes de la sage-femme et les pesées. Je savais que s’il ne reprenait pas de poids, nous devrions compléter avec du lait artificiel au biberon et cette idée me glaçait.
Je tenais énormément à cet allaitement, ce lien si précieux entre mon fils chéri et moi. Je craignais que l’introduction du biberon ne mette en péril tout l’allaitement. Je craignais que mon tout petit bébé confonde le sein et la tétine et qu’il rejette le sein pour le biberon.

Je lui ai donné son premier biberon de lait artificiel à contrecœur en complément de la tétée. J’étais en larmes et je vivais ça comme un échec. La sage-femme m’assurait que ce n’était que temporaire, le temps qu’il reprenne du poids mais j’avais peur que cela ne compromette tout l’allaitement. Il faut dire, j’étais en pleine chute d’hormones et je ne me sentais pas bien. Mais j’ai donné ce biberon de lait artificiel, pour mon fils, pour son bien-être, c’était le plus important à mes yeux.

À peine 24 heures après le premier biberon, j’ai remarqué que mon bébé prenait moins bien le sein, il n’arrivait pas à s’accrocher et s’énervait. J’ai immédiatement pris rendez-vous avec une conseillère en lactation. Elle m’a confirmé qu’il faisait une confusion sein/tétine mais qu’il était possible de faire machine arrière. On a ainsi mis en place un Dispositif d’Aide à la Lactation (DAL) pour me permettre de donner le complément de lait artificiel sans tétine. Elle m’a également conseillé d’amener mon fils chez un ostéopathe. Ce que j’ai fait dès le lendemain.
Le DAL combiné avec les séances d’ostéopathie ont permis à mon bébé d’apprendre à téter efficacement ! Contrairement à ce qu’on me disait à la maternité, il ne tétait pas bien car son palais était trop plat. C’est également ce qui causait mes crevasses. Deux séances d’ostéopathie ont été nécessaires. À partir de là, j’ai remarqué une nette amélioration de la qualité des tétées.

Les crevasses se sont estompées peu à peu et avec elles les douleurs. Pour les soigner, après chaque tétée je faisais couler du lait maternel sur une compresse stérile que j’appliquais sur le mamelon. Puis, je recouvrais d’un carré de cellophane. Ce n’était vraiment pas glamour mais très efficace ! J’enlevais ensuite les cataplasmes et je restais seins nus sous un t-shirt léger pour permettre de sécher et cicatriser.
Pendant les trois premières semaines d’allaitement j’ai eu envie d’abandonner de nombreuses fois, mais j’ai persévéré parce que j’aimais ces moments partagés avec mon bébé, aussi parce que mes amies m’avaient prévenue : le premier mois est difficile. J’ai tenu bon et c’est une grande fierté.
J’ai finalement laissé tomber le DAL pour le biberon et pendant quatre mois et demi cela n’a pas posé de problème, mon bébé prenait aussi bien le sein que le biberon. C’est donc un allaitement mixte de plus de quatre mois, puis un jour mon fils n’a plus voulu téter au sein, nous sommes passés exclusivement au biberon.

Face à notre allaitement j’ai quelques regrets avec en tout premier celui de n’avoir jamais pu revenir à un allaitement exclusif comme je le souhaitais. Je pense que ma lactation a manqué de stimulation à un moment clef. J’aurais également aimé être mieux épaulée. La sage-femme libérale qui m’a suivie à la sortie de la maternité ignorait beaucoup de choses sur l’allaitement, pour le prochain je me tournerai vers une conseillère en lactation dès la préparation. Et surtout, j’aurais dû écouter plus ma petite voix intérieure de jeune maman qui me soufflait que quelque chose n’allait pas au tout début de l’allaitement.
Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre avant d’allaiter, une chose est sûre je n’imaginais pas rencontrer autant de difficultés et pourtant c’était une expérience vraiment merveilleuse.

Elise