Témoignage de Violaine

J’ai toujours voulu allaiter. C’était pour moi une évidence. Et si parfois (souvent !) je doute, là j’étais certaine qu’on y arriverait. Je savais qu’avec Maëlle on ferait une bonne équipe.
Le 23 décembre 2015, la voilà qui pointe le bout de son nez. Vient alors le moment de la première mise au sein. J’attends cela avec tellement d’impatience, et c’est tout simplement magique ! Cet instinct qui la pousse à trouver le sein nourricier. Je suis fière d’elle, de nous. Mais voilà que la petite choupinette perd du poids. Nous ne pouvons pas rentrer à la maison comme prévu et devons compléter l’allaitement avec des petits biberons. C’est un coup dur ! Mais l’important c’est qu’elle récupère, alors on ne discute pas. Et puis Maëlle s’adapte bien, elle passe de l’un à l’autre sans rechigner.
Cinq jours après sa naissance, nous pouvons enfin rentrer. Mais je ne suis pas très tranquille, la confiance que j’avais s’est un peu envolée. Et si elle perdait à nouveau du poids ? Je note tout, le temps de chaque tétée et le sein pris à chaque fois. En vraie bonne élève ! Mais lors de la visite chez ma sage femme, je me sens fébrile en attendant la pesée. Et en effet Maëlle ne prend pas assez de poids. Je perds alors toute confiance en moi, je me dis que je suis incapable de nourrir correctement ma fille… Je suis toute chamboulée. Je me réfugie alors dans les livres et les sites sur le sujet, je cherche un « mode d’emploi ». Je veux qu’on me dise combien de temps dure une bonne tétée, à quelle fréquence elles doivent avoir lieu, la position idéale… Je note tout. Mais plus j’essaye de coller à un modèle type, moins je me sens à l’aise. C’est bizarre, je sens que quelque chose m’échappe.

Ma sage-femme me met en relation avec une conseillère en lactation. Elle vérifie la mise au sein et constate qu’elle se passe bien. Maëlle est un petit glouton, et ne rechigne jamais à le prendre. Mais ce qui la frappe c’est le manque de confiance en moi, et à quel point je suis crispée en allaitant. Je ne prends pas le temps de bien m’installer, d’être confortable. Je veux tellement bien faire pour ma fille, que je m’oublie. Elle me dit alors de me laisser aller, de me détendre, d’écouter ma fille tout simplement et de lui donner le sein à la demande.
Je comprends alors que le moment est venu pour moi de lâcher prise et de me faire confiance, vraiment. Peu à peu je trouve avec Maëlle nos repères, et on apprend à se connaître dans le même temps. Elle prend du poids régulièrement. C’est parti ! L’allaitement devient un vrai moment privilégié. Il n’y a plus de calcul du temps passé à allaiter, peu importe le sein pris, c’est devenu instinctif, j’écoute mon corps en même temps que ses besoins. Comme c’est bon d’être à son écoute. Ce sont des moments de douceur et de partage.
Mais la fatigue se fait sentir. La douleur aussi des seins crevassés. Maëlle mange bien et il y a les fameuses périodes de pics de croissance lors desquelles elle me sollicite encore plus. Avec des montées de lait parfois douloureuses. Au passage, je me dis tout de même que la nature est sacrément bien faite. Mais l’un de mes seins s’est engorgé. Sous une douche chaude j’arrive à régler ce désagrément sans problème. Je découvre mon corps sous un autre jour. C’est perturbant et fascinant à la fois. Je ne connaissais rien de tout cela avant. Mais je sais qu’il joue alors l’un de ses plus beaux rôles.
Malgré cela il m’arrive de craquer, la fatigue, le chamboulement de cette nouvelle vie… Je ne lâche pas pourtant. Mon conjoint lui me conseille d’arrêter. Il ne comprend pas l’importance que cela a pour moi. Mais je décide de m’écouter et de persévérer. Je ne veux rien regretter. Ces instants passent trop vite.
Maëlle quant à elle s’adapte à tout, et profite. Un vrai bébé glouton ! Les bouts de seins que je mets le temps de cicatriser ne la gêne même pas. Je sais qu’elle est bien et du coup j’oublie tout le reste.

Au final j’aurais allaité trois mois, jusqu’à ma reprise au travail. Je retiens de cette inoubliable période l’importance de se faire confiance, de lâcher prise, de savoir prendre soin de soi autant que de son petit bébé car c’est un vrai moment de partage. Alors si on est bien avec soi, on met toutes les chances de son côté d’être bien avec bébé. Il est important aussi de demander de l’aide, sans honte ni culpabilité. Une fois cela accepté, j’ai pu profiter et faire profiter Maëlle de ces instants de douceur, de fusion. Quand, rassasiée elle s’endormait contre moi, alors il ne fallait rien de plus à mon bonheur…

Violaine