Témoignage de Séverine

Je me suis longuement posée la question concernant la manière de nourrir mon fils. Avec Mr., nous en avons longuement discuté, et finalement, mon désir de naturel l’a emporté, non sans crainte. Puis Léonard est arrivé, nous avons fait la tétée d’accueil, puis tout s’est enchaîné, si naturellement !
Enceinte, en bon rat de bibliothèque que je suis, j’avais pris soin de rassembler le maximum d’informations pour la réussite de mon allaitement. J’étais parée : crème Lansinoh, coquillages Babyshell, embouts en silicone, coussinets d’allaitement, brassières.

Puis le moment arrivé, j’ai finalement fait partie des chanceuses : pas de crevasses (peut-être dois-je remercier Lansinoh pour sa crème magique, j’ai passé les deux premières semaines à l’utiliser, et je n’en ai jamais eues !), un bébé réceptif, du lait en quantité et rapidement.

Mais ça, c’était sans compter ce qui m’attendait : les demandes incessantes, et si épuisantes ! Je pratique l‘allaitement à la demande, la façon la plus naturelle et saine, selon moi (et selon toutes les associations, ainsi que l’OMS). Les premières semaines, Léonard demandait sans cesse, entre douze et quatre fois par jour, enchainant les pics de croissance (trois/six/neuf jours/semaines/mois, il m’en reste encore de beaux devant mois). Après une grossesse et un accouchement, c’est éreintant. Mais j’ai pris mon mal en patience, je me suis écoutée, mais j’ai surtout écouté mon fils, qui me guidait malgré mastites, inflammations et engorgements. Plusieurs fois j’ai pleuré, désespérée, ayant cette horrible impression que ça ne se finirait jamais, que je serais toujours épuisée, qu’il demanderait toujours toutes les 1h30. Alors j’ai lutté, malgré mes pleurs, parce que j’étais plus déterminée que jamais à réussir cet allaitement, c’était un but que je m’étais fixée : donner ce que je considérais comme le meilleur à mon fils.

Puis, au bout de six semaines, tout était rentré dans l’ordre, le rythme des tétées diminuait et c’était devenue une routine, un moment privilégié, comme un prolongement de cette fusion vécue lorsqu’il était encore au creux de mon ventre. Cela fait plus de six mois que je poursuis cette aventure lactée, et je dois dire que cet acte, aussi naturel soit-il, suscite bien des réactions.
Depuis sa naissance, j’ai fait de l’allaitement une priorité. J’ai donc commencé à le pratiquer sans aucun souci ni arrière-pensée dans les lieux publics, lors de visites d’amis ou de famille. Lorsque l’on me posait la question je répondais honnêtement sans aucune retenue. Mais j’ai été forcée de constater que, lorsque l’on est une maman allaitante, nous sommes les proies de jugements et des questionnements incessants et ce même venant de certains proches.
On me demandait quand est-ce que j’allais arrêter. On me demandait si je ne souhaitais pas plutôt m’isoler. On me disait qu’après les six mois de l’enfant, c’était malsain, bizarre. On me disait que j’allais moins dormir. Que j’allais faire de mon fils un dépendant affectif. On me regardait avec un sourire en coin, me disant que je devrais forcément arrêter lorsqu’il fera les dents. On m’a dit que, quand même, cela faisait un peu « mammifère », et que nous n’étions pas des animaux.

C’est donc là que j’ai compris. Je m’en étais fait un but personnel. Mais mon choix d’allaiter devenait plus que ça, il devenait presque militant. Je DEVAIS allaiter dans les lieux publics, car non, je ne suis pas exhibitionniste et je ne « déballe » pas. Je DEVAIS suivre ce que mon fils me faisait comprendre, car non, il n’est pas capricieux. Je DEVAIS contribuer à démocratiser cet acte pourtant si naturel et évident. Il m’était impensable d’imaginer que la plupart des êtres humains avaient donc oublié d’où nous venions.
Le démocratiser en public, en famille, au travail, sur les réseaux sociaux. Clamer ma fierté, et ne pas en faire un tabou. C’est un combat quotidien, auprès de TOUS. Même auprès des plus proches de mes proches.
Je suis très fière d’être une maman allaitante, je suis persuadée que c’est ce qu’il y’a de mieux pour MON enfant, et si nous ressentons le besoin d’aller jusqu’à un an, ou dix-huit mois, ça nous regarde, et mon fils n’en sera pas plus dépendant, capricieux ou « bizarre ». De même que d’allaiter dans les lieux publics ne me rend pas exhibitionniste, je fais là un des actes les plus naturels et les plus vieux au monde.
De mon point de vue, l’allaitement est un cadeau, mais surtout un don de soi, ça n’est pas de tout repos, mais cette sensation d’être capable de nourrir son enfant et de voir le bien-être dans ses yeux, n’a pas de prix. Et, on ne pas se le cacher, c’est quand même super pratique d’avoir le lait à la bonne température tout le temps, et par tous les temps !
Cependant, je ne juge absolument pas les mamans qui n’allaitent pas. Si je ne supporte pas qu’on juge une maman allaitante, je ne trouve pas cela normal que l’on juge une maman qui biberonne. Arrêtons de nous juger, et faisons ce que nous pensons le mieux pour NOS enfants.

Séverine

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