Témoignage de @petitlion2017

Tout d’abord, avant de parler allaitement, je souhaiterais parler de mon accouchement très mal vécu encore à ce jour. J’ai eu une formidable grossesse, sans le moindre désagrément mise à part une longue fatigue au premier trimestre. Bébé et moi étions très en phase dès les premiers coups de pieds : ayant fait de l’haptonomie, je me suis vite connectée à mon Ptit Cœur.
Nous étions si bien tous les deux que le jour du terme, après un énième monitoring, nous sommes partis faire un trail de 11 km en forêt ! Je rêvais d’un accouchement naturel, sans péridurale, être en pleine harmonie avec mes contractions, etc. Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu.
Après un triple déclenchement inefficace (deux poses de gel prostaglandine + une perfusion d’ocytocine) et une péridurale nécessaire pour faire avancer le travail commencé 48h avant, bébé est né J+6 par césarienne d’urgence, mon col n’a jamais ouvert au-delà de six et s’est même refermé à cinq. Je me suis sentie déchirée, mais surtout, j’ai eu cette horrible impression que mon bébé et moi avons été arrachés l’un à l’autre.

La tétée d’accueil s’est très bien passée bien que je fus totalement droguée par la double dose de péridurale. J’ai eu le droit à la fameuse « nuit de java », cette nuit où bébé tète non-stop, ce fut le cas pendant 5h d’affilées où j’alternais chaque sein allongée sur le côté, mon bébé dans le lit comme je ne pouvais pas encore bouger à cause de la sonde qui m’avait été posée. J’ai reçu des encouragements des sages-femmes qui m’aidaient dans ce projet si important pour moi.
Ma montée de lait s’est bien faite pendant le séjour à la maternité, malgré quelques crevasses facilement soignées et l’obligation de devoir extraire du colostrum à la main pour le donner à la cuillère à bébé qui ne savait pas encore téter correctement (normal, il n’avait que deux jours !).

Le retour à la maison cinq jours après fut assez périlleux avec des contraintes que je n’imaginais pas.
À une semaine, j’ai commencé à faire un engorgement avec fièvre au sein droit. Malgré toutes les techniques appliquées (position de la louve pendant tétées, massages, application chaud/froid, utilisation d’un tire-lait entre les tétées), cet engorgement n’a jamais vraiment été enrayé à 100%. Je commençais tout doucement à désespérer et à vouloir abandonner. Ma sage-femme ne savait plus quoi faire pour m’aider.
Aux trois semaines de bébé, je remarque une boule douloureuse dans le sein droit ainsi qu’une rougeur avec légère fièvre : avec tout ce que j’ai lu, je soupçonne une mastite. Je pars au service urgences de la maternité où j’avais accouché le lendemain soir. Une consultation d’à peine 10min me confirme la mastite mais selon eux non infectieuse : recommandations habituelles : chaud/froid etc. avec une prise d’ibuprofène.

Je continue l’allaitement malgré tout, je veux y croire mais je souffre énormément. Le papa, plus que présent ne cesse de m’encourager, me dire que je vais y arriver, tente même de drainer le sein…
Trois jours passent, la fièvre continue, la douleur augmente, le sein rougit et la masse grossit. Je retourne donc aux urgences. On me confirme une mastite infectieuse et on me prescrit des antibiotiques (Floxapen) en plus de l’ibuprofène toutes les 8h.
48h passent, je ne sens aucune amélioration notable.

On me fait une échographie détaillée, une collection s’est créée, c’est un abcès. Le jour même on me tente une ponction sans anesthésie, j’ai hurlé de douleur. Une seringue de presque 20ml de lait infecté en est sorti. Staphylocoque doré soupçonné. Cette douleur se trouvait être pire que les contractions subies post-pose de perfusion d’ocytocine. J’ai littéralement hurlé  : « Au secours ! » aux médecins…
Suite à cette ponction, on tente de me faire changer d’antibiotiques et je passe sous Augmentin. On m’explique par ailleurs que si rien n’évolue, une opération sera à envisager.
Je me sens dépitée, seule au monde, mauvaise mère même pas capable de nourrir son fils, j’ai envie de sauter par la fenêtre, de ne plus exister, mon petit bout qui ne cessait de pleurer de faim, de coliques, que sais-je encore ? Je n’y croyais plus, je ne voulais plus prendre de médicaments, j’avais beau tout faire, ce sein ne voulait pas se débloquer.

Je souffrais à l’idée de devoir subir une deuxième intervention chirurgicale alors que je venais de me faire ouvrir le ventre pour aller chercher mon bébé. Mes parents, ma belle-famille ni même ma meilleure amie ne me soutenaient dans mon choix, me suppliaient d’arrêter l’allaitement, me disaient qu’il y avait une différence entre : « persévérer » et « s’acharner ».

Bref, j’étais au bout du rouleau…
Une semaine plus tard, l’évolution est trop faible, il est décidé de procéder à une incision : opération prévue pour le lendemain. Cela s’est passé tellement vite que je n’ai même pas eu la possibilité de tirer du lait pour mon fils afin qu’il puisse avoir de quoi se nourrir pendant mon absence.
Rongée par la fatigue et par l’opération, les infirmières et le papa me conseillent de me reposer et donc bébé ne passe pas la nuit avec moi à l’hôpital et se fait nourrir pour la première fois au lait maternisé… J’ai ainsi passé ma première vraie « nuit » depuis sa naissance malgré des réveils toutes les trois heures pour tirer mon lait : quel soulagement de voir ce sein droit enfin se vider correctement, voir enfin du lait en couler !
Le lendemain, on me retire la mèche (drain) et je sors de l’hôpital.
S’en sont suivies de venues quotidiennes d’infirmières à la maison, pour changer mon pansement, nettoyer la plaie, m’aider à drainer le sein droit auquel bébé n’avait pas le droit…
J’enchaînais les journées et nuits compliquées, je continuais d’allaiter bébé avec le sein gauche et je complétais avec désarroi au lait relais maternisé.
Une dizaine de jours après mon opération (et d’allaitement mixte forcé), j’ai revu par hasard le gynécologue de mon accouchement qui me confirme que bébé peut reprendre mon sein droit malgré la plaie (protégée par pansement occlusif) et qu’il est même fortement recommandé de le faire, sauf si la douleur est insupportable. Il m’a par ailleurs donné rendez-vous avec une consultante en lactation spécialisée en abcès et qui m’a confirmé cette information.

J’ai eu très peur de souffrir à nouveau, mais j’ai essayé et persévéré, je n’ai rien lâché… Je ne voulais pas d’allaitement au biberon, je voulais allaiter mon Bébé au sein, prendre cette revanche sur mon accouchement « raté », prolonger notre relation fusionnelle.
Les efforts ont payé, je suis maintenant à dix mois d’allaitement et il est hors de question que je m’arrête de sitôt. Je vois cette cicatrice toujours présente comme une blessure de guerre, qui fait toute ma force, je suis fière de moi, de nous car cette aventure lactée est une expérience magnifique pour nous deux et je suis reconnaissante chaque instant de ces moments rien qu’à nous.
Je souhaite que ce témoignage puisse apporter à toutes futures ou jeunes mamans espoir mais aussi force et croyance car oui mesdames, quand on désire vraiment quelque chose, on PEUT le faire ! Il est tellement important de se faire guider par les bonnes personnes. Sans mon gynécologue, le soutien de certaines mamans sur Instagram et mon conjoint sans oublier le plus important mon Ptit Cœur qui aimait trop téter, j’aurais sans doute abandonné.
Faites-VOUS confiance et faites confiance à votre BÉBÉ, c’est ESSENTIEL pour un allaitement réussi. Au diable les remarques désobligeantes, les conseils à deux balles pour limiter les tétées ou ses durées : si bébé veut téter quinze/vingt fois pendant 30min, c’est dur, long, presque insupportable mais laissez-le faire, ne vous posez pas plus de questions, il en a besoin, il sait ce qu’il fait. N’abandonnez pas si vous souhaitez continuer votre allaitement.

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