Témoignage de Naëlle

Quand je suis tombée enceinte, il était hors de question pour moi d’allaiter. D’abord parce que je n’ai jamais eu cette vision de la maman allaitante, car ma mère nous a donné le biberon à mon frère et moi. Ensuite parce que je suis très pudique. Le fait de sortir mon sein en public était impossible. J’avais cette vision de la vache qui donne à manger à ses petits. Cette décision, je l’ai maintenue tout au long de ma grossesse. J’ai eu beaucoup de critiques de la part de ma belle-mère qui pour elle est tout à fait normal d’allaiter.
Pour ne pas me fermer totalement, j’ai quand même choisi de participer au cours sur l’allaitement qui faisait partie des cours de préparation à l’accouchement. Pendant ce cours, j’ai beaucoup été jugée par la sage-femme et les futures mères. En gros, on a des seins, c’est fait pour nourrir ses enfants. Mais ce qui m’a le plus effrayée, c’était la question que la sage-femme nous a posé dès le départ : « Combien de temps êtes-vous prête à consacrer à votre bébé par jour ? »
Allaiter, ce n’est pas une mince affaire. Il faut que le bébé à force de téter provoque la montée de lait. Et pour cela, il faut stimuler le sein très, très, trop souvent pour moi. Bref, être à dispo jour et nuit pour son bébé. Ma vision de la maternité n’était pas la même. Je voulais que papa puisse aussi nourrir son bébé. Que l’on puisse s’entraider au mieux pour ne pas craquer. À ce moment-là, je ne me suis pas non plus intéressée au tire-lait, car la sage-femme était contre. Elle ne voyait pas l’intérêt de tirer son lait, le mieux étant le sein quoi qu’il arrive.
Je me suis donc braquée, de plus en plus au fur et à mesure que ma grossesse avançait. Mon mari m’a toujours soutenue dans cette décision, même s’il aurait préféré que j’allaite, par souci de santé, pour ma fille, et d’économie, pour le porte-monnaie. Il s’est beaucoup renseigné auprès de parents à ce sujet. Il a appris que l’allaitement fatiguait beaucoup la maman et que cela pouvait être compliqué si la maman n’aimait pas cela, forcément le bébé le ressentirait et il ne voulait pas de ça. Lui aussi, voulait que l’arrivée de ce premier bébé se fasse sans pression sociale.
Quand j’ai perdu les eaux, et que je suis arrivée à la clinique, on m’a annoncé que je risquais d’avoir une césarienne car mon col n’était pas favorable. On a tout fait pour que cela n’arrive pas, c’est ce qui a fini par arriver. Je n’ai pas eu de vrai travail, ni de contractions. Elles ont été déclenchées. J’ai été très frustrée, car ce n’était pas l’accouchement que je pensais avoir. Quand ils ont retiré mon bébé de mon ventre et qu’ils l’ont approché de moi, la première chose qu’elle a faite à été de me caresser le visage avec sa petite main, comme pour me dire que tout allait bien et que tout se passerait bien par la suite. Ça, ajouté à la séparation d’avec mon bébé pendant ses trois premières heures de vie, a réveillé quelque chose en moi. Mon rapport à la maternité a totalement changé. Quand ils m’ont enfin amené auprès de ma puce, je voulais lui donner tout ce que je pouvais : mon temps, mon énergie et même mon lait. C’était elle ma priorité !
C’est pourtant mon mari qui lui a donné son premier biberon et, c’est aussi lui qui a fait le premier peau contre peau. J’ai été frustrée. Il a adoré. C’était une expérience unique et magique qu’il ne regrette pour rien au monde. Il se sentait enfin proche de sa fille, ce qui n’avait pas été le cas lorsqu’elle était dans mon ventre.
Quand j’ai commencé à parler aux infirmières de mon regret de ne pas allaiter, on a beaucoup discuté pour trouver une solution, car il n’est jamais trop tard pour changer d’avis, mais on m’a prévenue que le processus serait long, car le bébé a pris l’habitude de boire au biberon, et moi j’étais épuisée par ma césarienne. Ajouté à cela, des petites complications de santé en étant sous antibiotiques plusieurs semaines, ce qui est contre-indiqué avec l’allaitement. J’ai donc pris la décision ferme de ne pas allaiter.
Même si je me suis sentie coupable, je ne regrette pas cette décision. L’avantage c’est que donner le biberon, c’est facile. Le bébé se règle vite et ne perd pas du poids. Elle n’a jamais eu de pleurs du soir et elle a fait ses nuits à un mois. Papa était ravi de participer et moi ça m’a beaucoup soulagée. L’inconvénient : c’est assez galère de trouver le lait qui conviendra au mieux à bébé. J’ai détesté lui donner le lait anti-colique. C’est également un coût non négligeable.
En conclusion, je pense qu’il ne faut pas se braquer et restée ouvert à la possibilité d’allaiter ou non. Le biberon, comme l’allaitement ont chacun leur avantage. Ne vous laissez pas influencer sous prétexte que l’allaitement, c’est mieux pour le bébé, car il faut le sentir pour réussir. J’ai beaucoup de copines qui pensaient donner le sein six mois minimum et qui se sont arrêtées au bout d’un mois car elle n’arrivait pas à assumer, et d’autres pour qui l’allaitement a été un bonheur. Il ne faut pas se culpabiliser de quoi que ce soit, ni par rapport à sa famille, ni par rapport à soi-même.
Pour moi, la maternité est devenue innée dès que j’ai posé mes yeux sur mon bébé. L’allaitement est un choix personnel, tout comme donner le biberon. Ça ne regarde personne. N’hésitez pas à faire appel à des personnes compétentes sur le sujet pour envisager toutes les possibilités. Aujourd’hui, maintenant que je suis informée, je pense donner le sein à mon deuxième bébé, car j’en ai envie. Et si cela ne marche pas, je reviendrai au biberon, du moment que tout se passe bien.

Naëlle L.

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