Témoignage de Marie

Quand tu es enceinte, tu as toujours le droit aux mêmes questions :

«  C’est pour quand ? »  , question tout à fait logique car les gens aiment pouvoir parler de la grossesse, donc c’est un bon début pour lancer le sujet. Après, la réponse est à relativiser, parce que la date prévue d’accouchement – d’ailleurs, « prévue » est un bien grand mot – n’est que théorique et dans la pratique, ce sera probablement tout autre chose. Notre petit A est donc « prévu » (je déteste ce terme, j’ai l’impression que l’on parle là d’un colis en attente de livraison) pour le 23 mars. Comme je suis convaincue qu’il montrera son petit nez un peu en avance, en général, j’annonce qu’il devrait arriver parmi nous courant mars. Comme ça, je suis large !

« Alors, fille ou garçon ? », là encore, c’est une question de base, dans l’ordre des choses. Elle enchaine parfois sur la fameuse : « Vous aviez une préférence ? » Et comme on ne devrait pas en avoir en tant que merveilleux futurs parents que nous sommes, nous répondons que « non », nous n’avions aucune préférence et nous en rajoutons une couche presque pour se convaincre que ça nous était vraiment égal : « Le principal c’est qu’il aille bien. », « C’est le premier, ça nous est égal. »
Dans le fond, je ne sais pas quel futur parent est honnête en disant cette phrase, mais peut être que ça existe ! Évidemment, le principal c’est que notre bébé aille bien. Nous avons eu bien peur au premier trimestre avec une échographie inquiétante, et franchement, le principal, c’est que bébé soit en bonne santé. Mais je pense, en tout cas c’est notre cas, que bébé a beau être le premier, les parents ont toujours une préférence. Et après, la fameuse question du prénom arrive ! Question épineuse, car, forcément, le prénom ne plaira jamais à tout le monde. Et toute personne qui donne son avis sans y être invitée devrait parfois le garder pour elle, surtout parce qu’elle n’a pas à le donner et qu’en tant que futur parent, il nous importe assez peu, car justement, nous n’avons besoin de personne d’autre que de notre conjoint pour choisir le prénom.  Les seules personnes légitimes à avoir leur mot à dire sont… Le futur papa et la future maman. Point. Bref, je m’égare !

Une autre question arrive souvent ensuite : « Tu vas l’allaiter ? » Sujet épineux, qui fait polémique, qui met mal à l’aise et qui peut faire culpabiliser lorsqu’on ne suit pas la tendance du moment. Alors je le dis maintenant. Non, je n’allaiterai pas notre petit bout à venir. Pour plein de raisons différentes.

Comme je le disais, pour plein de raisons, je ne souhaite pas allaiter. Alors je me suis tout de même posée la question jusqu’à cinq mois de grossesse environ, mais au fond de moi, je pense que je connaissais dès le début l’aboutissement de ma réflexion. J’avais sans doute peur qu’on me juge ou de devoir expliquer mes motivations. Partout autour de nous, on nous vante les bienfaits de l’allaitement maternel, pour la santé du bébé, pour notre perte de poids, pour le lien que l’on va créer avec son tout petit ou même pour une question de praticité. On nous montre de jolies photos où la maman, son bébé au sein, a un sourire et un regard comblés par le fait de nourrir son bébé de cette manière. La société veut que la maman allaite. Sur les groupes ou forums de grossesse, des futures mamans font la morale à d’autres si ces dernières évoquent, timidement ou non, envisager de donner le biberon. D’autres essayent même de les faire changer d’avis. Et on doit se justifier, sans cesse. Alors que la maman qui allaite ne doit rendre de comptes à personne, elle.

Je ne suis pas du tout attirée par l’allaitement. Je sais que c’est mieux, éventuellement, pour bébé. Je dis « éventuellement » car du point de vue des apports et de la qualité du lait, il n’y a rien de mieux que le lait de sa maman. Mais un allaitement par obligation ne sera jamais le meilleur pour bébé. Mieux vaut, je pense, un biberon donné avec plein d’amour, qu’un allaitement au sein fait à contrecœur. Je trouve beau une maman qui allaite, et ça ne m’a jamais dérangée. Mais lorsque j’ai dû me projeter en tant que maman allaitante, j’ai principalement vu les contraintes que cela comportait plutôt que ses avantages. Et puis, c’est sans doute ridicule, mais le côté « animal » me gène un peu. Nous sommes des mammifères, mais j’ai du mal avec cette idée. Le pire, c’est le tire-lait. Rien que l’idée, je trouve ça atroce. Je ne dois pas être prête, tout simplement.

De plus, je voulais que le papa soit impliqué, et c’était son choix également. Nous voulions pouvoir partager ces moments de repas ensemble. Je ne voulais pas non plus être, ou plutôt que ma poitrine soit, le doudou de notre bout de chou. Et puis les désagréments qui peuvent survenir, toutes les joyeusetés qui sont assez fréquentes ont rajouté du poids en faveur du biberonnage.

Et enfin, autre raison, c’est que nous nous marions en juin prochain. Mais quel rapport ? Notre petit A aura deux mois et demi s’il naît à terme. Je sais qu’un allaitement est souvent long à mettre en place. Les premières semaines sont compliquées, laborieuses pour certaines. Il faut un peu de temps. Et je sais d’avance que pour notre mariage, bébé devra être nourrit au biberon. Déjà, parce que le jour J je ne pourrai pas l’allaiter car je refuse la simple idée du tire-lait, et enfin, nous partons en voyage tout de suite après le mariage et je ne pourrai pas faire autrement que d’avoir sevré notre petit bonhomme avant de partir. Alors si c’est pour commencer la mise en place d’un allaitement pendant un mois et enchainer sur un sevrage une semaine plus tard, je ne vois pas l’intérêt. Et les circonstances font que ce sera compliqué de faire autrement qu’avec le biberon.

Même si au fond de moi j’assume ce choix, et que je suis absolument sûre de moi, j’ai toujours cette appréhension lorsque le sujet est abordé. Est-ce que mes raisons sont égoïstes ? Suis-je ou serais-je une mauvaise mère de vouloir garder mes seins rien que pour moi ? Alors je n’ose pas le dire. Si on me pose la question, j’aligne les arguments comme si j’en avais besoin pour convaincre la personne en face de moi. Mais ai-je vraiment à convaincre quelqu’un ? À me justifier ? C’est mon choix, et à moins qu’un évènement particulier intervienne, comme une grande prématurité par exemple, je ne souhaite pas allaiter. Mais c’est difficile de le revendiquer devant des pro-allaitement.

Dans l’état actuel des choses, je n’allaiterai pas. D’autres le font. Et dans tous les cas, le principal est de prendre du plaisir dans la relation avec son bébé pendant tous les moments que l’on passe avec lui, en particulier dans ce moment de partage qu’est le moment où on le nourrit. Les bébés sont des éponges, ils ressentent énormément d’émotions. Alors une maman comblée n’est-elle pas le meilleur pour lui ? Ce qui est le mieux pour certaines ne l’est peut-être pas pour d’autres. Ce qui est considéré comme « bien » ou « mal » diffère d’une personne à l’autre. Mais chacune, et plus généralement chacun, dans tous les domaines et toutes les situations, est libre de faire comme il l’entend. Je fais ce que je veux, comme je veux, différemment de la copine ou pareil que l’autre. Et je n’ai pas à être jugée, tout comme vous n’avez pas à l’être pour toutes les décisions que vous prenez. Un simple mot pour finir : tolérance…

Marie

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