Témoignage de Laura

Débuts difficiles…

Maman d’une petite fille née le 25 mai 2017 que j’allaite toujours, je souhaitais allaiter mais je ne me mettais pas forcément la pression lorsque j’étais enceinte : ça marchait tant mieux, ça ne marchait pas tant pis. Et puis elle est arrivée et pour diverses raisons, malgré les difficultés, c’est devenu inconcevable pour moi de ne pas l’allaiter.
Ne connaissant personne ayant allaité dans mon entourage, j’avais été à une réunion de la Leche League un peu avant mon terme et ça m’a bien aidée, je me suis rendue compte que ce qui me semblait le plus naturel au monde n’était pas toujours si simple et que si c’était compliqué ou que c’était douloureux, c’est qu’il y avait un problème et qu’il fallait se faire aider. Par conséquent, je me suis mise en relation avec une conseillère en lactation IBLC avant mon accouchement.

La première mise au sein s’est bien passée, mais j’ai très vite eu des douleurs, suivies très rapidement (moins de 24h après l’accouchement) de crevasses. Sur les conseils d’une sage-femme à la maternité, j’ai utilisé des bouts de sein (je n’aurais pas pu continuer l’allaitement sans) combiné au lait maternel + crème à la lanoline pour faire cicatriser. Dès mon retour à la maison, ma conseillère en lactation est venue, on a corrigé la position (position « biological nursering » pour nous, de jour comme de nuit, qui convenait très bien par la suite aussi à mon bébé RGO et à un réflexe d’éjection fort) et ça allait beaucoup mieux.

Problème de frein de langue…

Après les crevasses, je continuais malgré tout d’avoir des douleurs, sans explication et malgré les exercices de succion chez l’ostéopathe. Finalement, la conseillère en lactation m’a recommandé d’aller consulter un ORL, trouvant son frein de langue et son frein de lèvre plutôt courts (pourtant vérifiés par le pédiatre et par l’ostéopathe). L’ORL a confirmé le diagnostic, il fallait les sectionner au laser, ce que l’on a fait. Ce n’était pas tellement pour les douleurs liées à l’allaitement, je m’y étais habituée, mais plutôt parce que cela peut entraîner des problèmes pour manger, de diction et que ça pouvait être la cause de son reflux.
Cependant, comme les vacances d’été étaient passées par là, ma fille avait déjà près de quatre mois quand on l’a fait et ça a été très douloureux pour elle (pas sur le coup mais après, avec les exercices pour la cicatrisation et rééducation). Nous avons vu à plusieurs reprises une ostéopathe spécialisée dans la succion pour la rééducation. On a revu l’ORL, on a fait des exercices de rééducation tous les jours pendant des mois, j’ai vu trois conseillères en lactation mais rien n’y a fait : ma fille tétait plus mal après l’opération qu’avant, elle ne prenait que le lait du réflexe d’éjection, ce qui a n’a pas arrangé son problème de reflux et a entraîné pour moi des difficultés à tirer mon lait à ma reprise du travail.

Allaitement et reprise du travail…

Ma fille a commencé son adaptation à la crèche vers ses trois mois et demi, un mois avant que je reprenne le travail. J’avais déjà des difficultés à tirer assez de lait à ce moment-là (le tire lait est toujours moins efficace que bébé et la mienne ne stimulait pas assez aussi), mais le stock que j’avais réussi à faire comblait ses besoin en trois biberons de 180ml par journée de crèche.
Elle n’a jamais eu de problèmes confusion/tétine, elle a pris mon lait au biberon à plusieurs reprises à quelques semaines de vie (complications en suites de couches, j’ai dû me rendre aux urgences à plusieurs reprises) et a très bien tété ensuite (les problèmes sont venus après la section du frein de langue). J’ai dû insister pour qu’elle puisse continuer de prendre mon lait à la crèche, la pédiatre référante m’ayant fortement incitée à la sevrer avant son adaptation. Un bébé allaité prend (en règle générale) moins de lait en quantité qu’un bébé au lait artificiel mais plus fréquemment, donc donner trois biberons au lieu de deux semblait leur poser de gros problèmes d’organisation. J’ai tenu bon.
À la reprise du travail, avec le stress, la fatigue, je ne tirais plus assez de lait et elle a eu un biberon de lait artificiel par jour, qu’elle a toujours aujourd’hui (intolérance aux protéines au lait de vache, elle ne mange pas de yaourts à la crèche donc elle a depuis ses six mois deux biberons par jour : un de lait maternel et un de lait artificiel).
J’ai soufflé, j’ai pu relâcher un peu la pression sur le stress d’avoir toujours des quantités suffisantes, d’autant plus que depuis mon retour de couches, j’ai une grosse baisse de lactation un peu avant mes règles et pendant.

Quelques semaines avant ma reprise du travail, je me suis renseignée sur les locaux où je pouvais tirer mon lait, en l’occurrence à la médecine du travail et j’ai averti ma hiérarchie. À la reprise du travail, j’ai averti mes collègues et j’ai trouvé ma routine : je tire mon lait deux fois dans la journée, en fin de matinée et en milieu d’après-midi, ça me prend 40/50min sur la journée, je m’adapte en fonction des réunions (pas de déplacements dans le cadre de mon travail).
Je n’ai jamais eu de remarques, je pense que la manière dont j’ai présenté les choses n’amenait pas de débat, je pense que c’est la clé : s’affirmer et affirmer sa position. Il y a peut-être des remarques dans mon dos du type : « Elle allaite ENCORE ! » mais jamais devant moi (jusqu’à présent) et on ne me pose aucune question : c’est comme ça.

Dans mon entourage aussi, à part ma belle-mère qui fait des remarques à mon conjoint du type « Mais elle va peut-être la sevrer là ? Elle a des dents. », je n’ai pour l’instant aucune remarque de mon entourage, en tous cas pas devant moi, alors que je sais bien que l’allaitement « long » (au-delà de six mois je dirais) pose souvent question en France.

Moi qui ne m’imaginais absolument pas continuer l’allaitement au-delà des premiers jours tellement je souffrais, puis au-delà de trois mois, puis au-delà de la diversification, me voilà à allaiter ma fille de bientôt onze mois, sans trop me poser de questions : tant qu’on y trouve notre compte toutes les deux, pourquoi arrêter ? Je le vis au jour le jour (quand je souffrais au tout début, me dire : « je tiens les prochaines 24h et je verrais ensuite. », m’a beaucoup aidée). C’est parfois difficile : cela me demande une grande disponibilité, ma fille tète toujours la nuit et beaucoup plus la journée que quand elle était nourrisson, ce sont les « tétées câlins », très nombreuses en cette période d’angoisse de la séparation mais j’apprécie aussi beaucoup ces moments.

Le seul conseil que je donnerai (en fait deux) ce serait de S’ÉCOUTER, se fier à son intuition de maman, de faire du mieux que l’on peut (on a toutes nos limites) et de savoir se faire aider par des personnes QUALIFIÉES (conseillère en lactation certifiée, Leche League).

Laura