Témoignage Anonyme

Allaiter a toujours été pour moi une évidence. La démarche, le geste, l’attachement induit par cette façon de nourrir mon enfant m’inspirait beaucoup pendant ma grossesse. Pour moi c’était évident, j’allaiterais, sans me mettre la pression et j’arrêterais si ça ne marchait pas, tout simplement !
Après un accouchement idéal dont je garde un merveilleux souvenir, les sages-femmes m’ont mis Gabriel au sein. J’ai beaucoup aimé ce moment et je me souviens m’être dit : « Comme je m’y attendais, allaiter c’est naturel ! » Ce que j’ai pu être naïve !

Les premiers jours à la maternité, on m’affirmait que mon fils tétait très bien, et c’est ce qui me semblait également. Alors malgré les douleurs (crevasses, montée de lait), je considérais que mon allaitement se passait bien et j’en était très heureuse, d’autant plus que j’avais beaucoup de lait ! Et puis, de retour à la maison, ça s’est compliqué.
Après la disparition des douleurs intenses des dix premiers jours, qui me faisaient me mordre les joues et broyer la main de mon mari à chaque tétée, je commençais à prendre enfin un peu de plaisir. Mais je me suis aperçue que Gabriel avait tendance à « s’étouffer » avec mon lait, et surtout, le plus difficile à vivre, il se tortillait, grimaçait, rejetait la tête en arrière et se mettait à pleurer après chaque tétée.

À ma grande déception (voire jalousie en regardant les bébés de mes copines… Ah l’erreur de la comparaison…), j’ai assez peu connu cet état béat du bébé qui s’endort de satisfaction, tout serein et repu. L’après-tétée a été pendant tout mon allaitement une phase stressante que j’appréhendais car l’intensité de la gêne/douleur et des pleurs associés était imprévisible.
À force de recherches, au bout d’un mois, j’ai compris que j’avais un REF (Réflexe d’Ejection Fort) : mon trop fort débit de lait avait tendance à étouffer mon fils et à lui donner très mal au ventre. J’ai appliqué les recommandations pour diminuer ce REF et les choses se sont améliorées, un vrai bonheur, pendant quatre jours…

Et puis c’est le reflux gastro œsophagien (RGO) qui a fait son apparition. Il paraît que souvent, REF, coliques et reflux sont liés, sinon ce n’est pas drôle ! Il s’agissait d’un reflux interne donc difficilement détectable.
Ce sont ma mère et ma pédiatre qui m’ont mis sur la voie. Quand je mettais mon bébé au sein, il se mettait rapidement à crier semblait à la fois vouloir boire mais en même temps refuser car cela lui était trop douloureux. Il semblait gêné toute la journée, ne parvenait pas à dormir, si bien que je devais le porter constamment en écharpe (j’ai absolument tout fait avec lui en écharpe, la cuisine, le ménage, et même… Enfin passons !). Certaines nuits, il se réveillait en hurlant, visiblement très gêné par cette douleur dans la gorge. Évidemment, à l’approche des fameuses six semaines, j’étais épuisée, moralement et physiquement et de plus en plus angoissée, je commençais à désespérer, mais sans pour autant avoir envie de jeter l’éponge de l’allaitement.
Je ressentais aussi beaucoup de frustration car j’ai toujours trouvé mon bébé serein et tendre depuis sa naissance, mais son état de gêne constante me permettait très peu de profiter de cet état si paisible et agréable quand par miracle, nous avions droit à une accalmie.

Et puis, un vendredi, à six semaines, je suis allée voit le pédiatre car j’avais un mauvais pressentiment, le comportement de mon bébé avait changé, la tonalité de ses pleurs était plus plaintive et intense, son sommeil très chaotique (il se réveillait toutes les deux heures en hurlant). Je suis ressortie rassurée par le pédiatre qui m’a dit gentiment de laisser grandir mon enfant. Mais le dimanche, l’état de Gabriel s’est détérioré, il est devenu hypotonique, très fiévreux (39°C), gris, geignard… C’était parti pour les urgences et une hospitalisation de trois jours sous perfusion d’antibiotiques après prise de sang et ponction lombaire : un virus mal toléré. L’horreur absolue bien-sûr, mais ce n’est pas le sujet de cet article ! L’allaitement a vraiment commencé à partir en vrille à partir de là. En plus de son reflux et de ses coliques intensifiées par les antibiotiques, j’ai accusé une baisse de lactation. Il s’énervait de plus en plus au sein. C’est là que nous avons commencé à introduire un biberon de lait artificiel, un soir, à la sortie de l’hôpital, quand nous avons dû nous précipiter à la pharmacie de garde pour pallier mon manque de lait. Dans cette détérioration générale, notre chance a été qu’à l’hôpital, les médecins ont remarqué son RGO et des médicaments anti-reflux nous ont été prescrits. Les choses se sont nettement améliorées de ce côté-là.

J’ai continué d’allaiter, voulant à tout prix m’accrocher, mais ma lactation diminuait et Gabriel s’énervait au sein dès les premières secondes, hurlait, grognait et me « tapait », frustré je pense qu’il n’y en ait plus autant qu’avant alors que ses besoins augmentaient. Je pense aussi que pendant ces pugilats qu’étaient les tétées, il avalait de l’air et ses coliques sont reparties de plus belles.
Au moment de ses deux mois, je suis partie chez mes parents pour une semaine, épuisée par les nuits sans sommeil, angoissée par son état suite à l’hospitalisation et complètement découragée. C’est là que j’ai vraiment pris la décision d’arrêter l’allaitement. Ni lui ni moi ne prenions de plaisir dans cette vraie bataille qu’était devenu ce moment censé être un moment magique de fusion mère-enfant. Quelle déception pour moi d’avoir trop peu connu cela…

À partir de là, il a bu ses biberons avec tellement de sérénité et de facilité que je n’ai plus eu de regrets sur mon arrêt d’allaitement. J’ai enfin découvert la qualité du lien mère-enfant au moment de l’alimentation. Merci !!!
Du jour au lendemain, plus d’énervements/pleurs/tortillements pendant les « repas » et nuits bien meilleures avec endormissement plus simple et apparition d’un vrai rythme de journée avec repas à heures fixes et quelques siestes également ! Cerise sur le gâteau, quand je lui redonnais occasionnellement mon sein ou du lait tiré, il le vomissait intégralement… Décidément « quand ça ne veut pas, ça veut pas », comme on dit !

En conclusion, je pense qu’il n’y a pas deux expériences d’allaitement similaires et je pense que je tenterai à nouveau pour mon/mes autres bébé(s). La déception sera sans doute moins grande si ça ne fonctionne pas, maintenant que je sais à quel point l’allaitement est loin, très loin d’être gagné d’avance.