Témoignage de Johanna

Témoigner sur ma vie de maman solo c’est compliqué… Quelque chose que je veux faire mais sans vraiment savoir par où commencer… Il y a tellement à dire… Chaque jours est un mélange de bonheur, de batailles gagnées, de rires mais aussi de larmes, d’échec, d’épuisement et de solitude. La monoparentalité pour moi ce n’est pas être séparé du père et la garde alternée, c’est avoir vécu sa grossesse seule, avoir tout à assumer et avoir à expliquer à son enfant pourquoi son père n’est pas là…

Quand j’ai fait mon test de grossesse, j’étais dans ma petite maison de bord de mer avec une amie. Un verre de rosé et une cigarette ! Je l’ai fait le soir sans suivre les recommandations et il a viré positif directement ! J’ai sauté de joie ! Puis j’ai bu une gorgé de rosé et fumé une cigarette ! Je savais qu’il ne serait pas là… Qu’il ne reviendrait pas… Qu’il ne m’aimait pas simplement… Moi si… Tellement. Et cet enfant tellement plus encore ! Comme un petit squatteur miraculeux dans mon ventre. J’ai passé une nuit blanche et le merveilleux voyage a commencé…

Merveilleux et difficile voyage. Quand on annonce une grossesse comme la mienne, ce ne sont pas des félicitations et cris de joie… « Ah bon tu le gardes ? Bah comment tu vas faire ? »
Oui c’est vrai ça… Comment je vais faire ?

J’ai choisi d’établir l’ordre des priorités et cette méthode a fonctionné…
Priorité une: arrêter de fumer ! Mon boulot ? J’étais en période d’essai… Il ne m’ont pas gardée… Ok, pas de problème du coup, la solution était de rentrer près de ma famille qui vivait à 300km de moi… Être mieux entourée c’est primordial pour vivre une grossesse sereine malgré la situation. Me revoici donc dans ma ville natale !
Ma priorité numéro deux était de nous construire un nid douillet. J’ai frappé à toutes les portes pour le trouver, sans emploi et enceinte ce ne fût pas facile, mais le hasard qui fait toujours bien les choses a mis sur ma route une maman solo directrice d’une antenne de logements sociaux qui m’a prise sous son aile. Le lendemain je visitais mon futur logement !

À chaque jour suffit sa peine et aujourd’hui encore je fonctionne comme cela sinon je suis vite submergée et apeurée… La peur oui. De l’avenir, ne plus pouvoir subvenir au besoins de mon enfant, de ne pas réussir à lui épargner la douleur de ne pas avoir son papa… Moi non plus je n’ai pas le mien… Je connais cette douleur.

Gabin est arrivé dans ma vie en 24h de douleurs intenses pour me faire oublier 33 ans d’une autre forme de douleurs. Je me suis sentie accomplie et parfaitement heureuse ! Je le ressens encore ! Peu de gens sont venus à la clinique. J’ai vu qui était là pour nous et j’ai appris a faire le tri pour ne pas exposer Gabin aux déceptions. Notre vie a suivi son cours remplie de notre amour mutuel… Mais avec peu de relais, on s’oublie vite… Parfois c’est usant et on est sur les nerfs, d’où l’importance d’être bien entourée.

Aujourd’hui mon trésor va avoir trois ans. Je suis toujours maman solo, car je ne me dégage que peu de temps pour moi. J’ai repris le travail et je me bats pour nous offrir le meilleur malgré la situation économique actuelle. Une famille « normale » oui ça me manque. Un deuil quasi impossible à faire pour moi, comme je rêve de donner un petit frère ou petite sœur à mon fils. Le sentiment d’injustice demeure aussi… Pourquoi moi ? Pourquoi lui ? Pourquoi nous ? Mais finalement si je pèse bien tout on est heureux et pas qu’un peu ! Et contrairement à ce que j’ai pu craindre on ne manque de rien ! Je développe le système D (bons plans, achats groupés, occasion, revente, etc.) et en cas de coup dur ou de besoins non essentiels j’ai ma famille qui nous gâte beaucoup et c’est une chance ! J’ai pris toute les dispositions également s’il m’arrivait quelque chose… Assurance vie et mes désirs pour l’avenir de Gabin (garde, éducation etc.). Des choses que les autres mamans n’ont pas vraiment à penser finalement.

Et lui dans tout ça ? Gabin est heureux et épanoui ! Super éveillé, il a demandé son papa dès seize  mois… Mon discours est rôdé, il connait le prénom de son papa et où il vit, je lui explique que celui-ci est malheureux et ne sait pas comment être heureux et que dans ses conditions il n’a pas souhaité rester avec nous afin que nous soyons heureux car moi je sais comment faire. Un jour il a dit : « J’ai pas de papa moi. » Je l’ai vite repris : « Si trésor, tu en as un comme tout le monde, seulement le tien n’est pas avec nous et pour le moment tu ne peux pas le voir… »
Sur les conseils de la psychologue de la crèche j’ai mis a sa disposition les photos de son papa. Ce fût un moment éprouvant pour moi mais qui lui a fait du bien je pense… Je réponds au mieux à ses questions, je n’hésite pas à lui parler de son père ce n’est pas tabou : « Maman toi tu as les yeux verts ! Moi marrons ! » « Oui chéri tu as les yeux de ton papa. » Et je lui répète souvent que s’il a des questions, je lui répondrai. Pour le moment je ne pense pas qu’il en souffre, même s’il recherche et appréhende à la fois la compagnie des hommes, je le vois bien…
En cas de doute sur la façon d’aborder les choses avec lui je contacte tout de suite un professionnel, je n’ai aucun problème avec ça, je préfère me faire aider dans mes démarches que mal faire.

Il y encore tellement à dire… Mais je peux dire que même si c’est dur en aucun cas je ne regrette mon choix et que je n’ai jamais été aussi heureuse que depuis qu’il est là ! Une amie maman solo m’avait dit pendant ma grossesse : « Tu verras, rien ne se passera comme tu voulais mais finalement tout ira bien. » Et c’est bien vrai…

Johanna

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