Témoignage de Fanny

En mai 2016, après trois mois de relation, je suis tombée enceinte d’une magnifique petite fille (mais ça je ne le savais pas encore), il était hors de question d’avorter ou autres, le papa étant du même avis. Me voilà donc plongée dans une grossesse, avec tout ce que cela implique : les peurs, les questions, les doutes, la joie, l’impatience… Plus les jours passaient et plus j’avais l’impression d’avoir été projeté dans une autre planète : celle des parents. Les gens ne me regardait plus comme Fanny mais comme une maman, leur vocabulaire tournait autour de l’univers des bébés… Mais j’aimais ça, j’aimais cette nouvelle vie qui s’offrait à moi. Physiquement j’ai eu une grossesse de rêve, rien à signaler, mais petit à petit j’ai compris que cette nouvelle vie était loin d’être comme dans mes rêves, plus on avançait et plus le papa montrait son vrai visage. Nous étions en accord sur rien, avec aucun dialogue possible, le respect s’est évaporé, il me rabaissait, il me mentait, il est devenu violent, me manipulait, m’éloignant du monde extérieur…

Bref, en février 2017, je mets au monde ma plus belle réussite, ma fille. Malgré tout ce bonheur et cet amour qui m’ont submergés ce matin-là, c’est aussi le jour où j’ai compris que cet homme ne serait pas un bon père en plus d’être un mauvais « mari ». J’ai vu une personne égoïste, qui m’a gâché mon « après-naissance », ne prêtant pas attention au bien-être de notre fille, s’en servant pour amadouer les autres afin d’obtenir ce qu’il souhaitait. Dans les semaines qui ont suivi, en plus de m’en remettre physiquement, d’assumer un déménagement trois semaines post-accouchement, avec une merveille allaitée toutes les 2h, de gérer tout toute seule, j’ai aussi du faire face aux disputes (encore) et aux violences et menaces, tout en essayant de préserver ma fille. On va pas se mentir, c’est IMPOSSIBLE. Quand un enfant vit dans un climat tendu, que sa mère a une part d’elle détruite, l’enfant le ressent en décuplé. Dans cette nouvelle vie, j’avais gagné une maman en moi mais j’ai perdu la femme que j’étais.
Jusqu’à ce jour, ma fille allait avoir  quatre mois. Il m’a frappé de nouveau en me menaçant de m’étrangler. J’ai vu le regard de ma fille, avec son visage si doux et je n’ai plus eu peur, je me suis promis que plus jamais elle assisterait à ce genre de scène, que je devais la protéger de tout ça, et que ça passait par me protéger aussi. J’avais déjà trop accepté l’inacceptable, il fallait que je redevienne la femme que j’étais, pour pouvoir être la maman qu’elle méritait d’avoir. Ce soir-là j’ai donc été porter plainte, mais c’était pas le plus difficile, non, le plus dur a été d’accepter que je n’allais pas avoir la vie de famille que je m’étais façonnée, d’accepter d’être une mère seule, d’accepter que ma fille n’aurait pas de frères et sœurs de sang, d’accepter tout un tas de petits détails auxquels je n’avais jamais songé quelques mois auparavant. Parce qu’on imagine jamais le pire en fermant nos paupières le soir.

Et puis j’allais devoir me reconstruire en tant que femme, tout en me construisant en temps que Maman.
Quelques jours après ça, j’ai du faire face à l’épreuve la plus terrible dans ma vie de Maman. Ma fille est née avec une dilatation sur un rein, qu’on a du opérer. Alors oui il y a pire comme opération, mais c’était tout de même douloureux. Voir son bébé de  cinq mois partir 3h au bloc opératoire, la revoir branchée de partout, la voir mal et se sentir impuissante, mon cœur de maman était en miettes. Le papa était là le jour de l’opération et le lendemain, puis il est parti travailler à l’étranger.
J’essayais d’avoir des relations correctes et de maintenir le contact père/fille, j’étais encore dans l’utopie d’avoir un équilibre de vie concernant notre fille. Quelques jours après être sorties de l’hôpital, en retirant un drain ma fille a contracté un staphylocoque, et rebelote pour une semaine d’hospitalisation. Mes nerfs étaient à vif, je ne sais pas comment je tenais, je me demandais sans cesse comment ma vie avait pu prendre ce tournant. J’étais là, assise dans cette chambre d’hôpital, ma fille sous perfusion, son père absent, moi Fanny mère célibataire, seule à gérer. Quand on dit que nos enfants nous donnent la force, c’est totalement vrai. Ils nous donnent même plus que ça, puisqu’ils nous donnent pas le choix. On a pas le choix que d’avancer, que de prendre le bon chemin, que de leur apporter tout cet amour, que de se relever. On ne le fait pas pour nous, on le fait pour eux, c’est notre rôle, on naît pour ça, on donne la vie pour ça.

Après être enfin rentrées de l’hôpital définitivement, j’ai également pris la décision de ne pas reprendre mon travail pour le moment et de m’occuper de ma fille, et ça m’a aussi permis de changer de milieu professionnel pour consacrer plus de temps à ma vie de maman. Je ne regrette pas ce choix, après toutes ces péripéties ma fille était extrêmement demandeuse, elle avait plus confiance en elle, elle avait besoin d’être rassurée, d’avoir un contact permanent… Notre nouvelle vie à deux commençait à trouver un bon rythme, mon bébé grandissait, et c’est elle qui me permettait de redevenir la femme que j’étais et la maman que je devenais.

Concernant le papa, ça a été digne des plus grands scénarios de films américains. Avec l’aide d’une amie psychologue, on a mis des mots sur ce qu’il est, c’est à dire un pervers narcissique. Pendant  quatre mois environ, un jour ça allait, il aimait sa fille plus que tout et voulait l’élever, le lendemain il voulait l’abandonner et faire sa vie sans enfant, ensuite plus de nouvelles, ensuite des mensonges, etc. Bref il y a cinq ou six mois j’ai dit STOP. Il est trop instable, en faisait qu’à sa sauce, il ne pensait qu’à sa vie et non à l’équilibre de notre fille, il ne peut pas être un jour « présent », le lendemain l’abandonner, la semaine d’après lui dire des atrocités, etc. Je ne pouvais, déjà moi, pas lui faire confiance, il ne m’a pas du tout prouver que la concernant il étais capable d’être un père. Je lui ai donc imposé que les visites se feraient en lieu médiatisé avec des jours définis pour le moment. Il n’a pas voulu, et les nouvelles qu’il donne c’est pour m’insulter ou dire des choses qu’il ne fera pas.

Bref, maintenant je m’y suis faite, je n’ai plus d’illusions le concernant, il peut faire ce qu’il veut, disparaître ou me mettre des bâtons dans les roues, je suis préparée à tout. Je n’ai rien à me reprocher, je ne cacherai rien à ma fille, et je suis prête pour toutes sortes d’épreuves à venir.

Au quotidien, être une maman qui élève seule son bébé c’est dur. On se sent seule le soir, seule quand bébé pleure, seule pour partager les progrès de notre enfant, on a aucun soutien direct, aucune épaule pour se reposer, aucun relai, seule responsable, c’est du H24 7/7j sans arrêt maladie, nous sommes seules émotionnellement, physiquement, et financièrement. Personne d’autres pour prendre des décisions, pour avoir un autre avis, les doutes se multiplient, on se demande combien de temps ça va durer, si un jour on pourra refaire confiance, si on aura le droit d’avoir une famille père-mère-enfants, comment on expliquera tout ça à nos enfants, quand et comment vont-ils souffrir de cette situation. Parce que oui ils vont souffrir un jour, ils vont transporter cette blessure ouverte toute leur vie, ils vont certainement nous en vouloir à un moment, et ça c’est angoissant pour une mère, on voudrait éviter qu’ils souffrent, avoir la réponse parfaite à leurs questions, être certain que ça n’affectera pas négativement leur propre vie de famille. Pour moi c’est ça le plus difficile, accepter qu’elle va en souffrir d’avance et ne rien pouvoir faire pour l’éviter.
Et on doit penser à tout ça, en assumant encore une fois seule tout le quotidien, ménage, administratif, courses, les rendez-vous, se rajoutant à cela le regard de la société. Parce qu’encore en 2018, une mère seule, c’est catalogué comme la casos’ qui a plein d’aides de la CAF (oui, ils me versent quelques millions mais je ne me suis pas encore installée sur mon île privée) à qui son enfant n’aura pas d’avenir et qu’on l’a bien mérité (bah oui fallait pas faire d’enfant). Oui les clichés ont la vie dure…

Mais pour moi être mère seule ça rime plutôt avec galères certes mais surtout avec courage et force. Je suis fière d’avoir traversé les tempêtes avec ma fille, fière d’avoir eu le courage de quitter son père, fière d’avoir eu la force de prendre des décisions pour la préserver, j’ai fait des erreurs et j’en ferais sûrement encore mais tout ce que je fais, je le fais dans son intérêt, par amour et avec amour, en lui montrant l’exemple des valeurs que je lui inculque.
Parfois les larmes veulent couler, parfois je n’ai plus la patience, parfois j’ai envie de m’enfuir en courant, parfois j’ai l’impression que je n’arriverais à rien… Mais il suffit d’un regard, un seul de mon bébé pour que tout ça soit balayé d’un revers de main!
Bref, être maman solo c’est vivre au jour le jour, traverser les soucis la tête haute, mais c’est essentiellement avoir cette chance d’être maman, de recevoir tellement d’amour qu’on peut soulever des montagnes.

Aujourd’hui, ma fille va très bien, on passe de super journées et l’avenir me fait moins peur, le meilleur est à venir. Je relativise beaucoup et je profite un maximum du moment présent. Pour ma part, je retrouve peu à peu confiance en moi.

Fanny